Les valeurs technologiques ont du mal à  séduire le marché

Le secteur affiche des indicateurs boursiers intéressants et des fondamentaux solides.
Pourtant, les valeurs ont enregistré des performances modestes, voire négatives en 2007.
L’intérêt des investisseurs ne porte que sur les grosses capitalisations.

Jusqu’à  septembre 2006, le secteur informatique n’était représenté à  la Bourse de Casablanca que par une seule société, IB Maroc. Plusieurs opérateurs de renom ont par la suite rejoint la cote pour former un ensemble représentatif de ce secteur qui occupe désormais une place importante dans l’économie marocaine. Il s’agit de sociétés de distribution de matériels informatiques, à  savoir Distrisoft et Matel PC Market, ainsi que de prestation de services, en l’occurence Involys, HPS et M2M Group. Cet ensemble sera renforcé par une septième entité, Microdata, qui s’introduira en Bourse durant ce mois de décembre (voir article page 66).
En annonçant lors des Offres publiques de vente (OPV) des perspectives de croissance prometteuses, toute la communauté financière croyait que ces sociétés auraient un parcours boursier brillant. Elle a fini par déchanter. En effet, alors que le Masi, indice général de la Bourse de Casablanca, affichait une progression annuelle de 32% au 11 décembre 2007, les sociétés de solutions informatiques n’ont enregistré qu’une performance de près de 14% et les distributeurs de matériels n’ont évolué que de 17%. Distrisoft, introduite en septembre 2006, n’a progressé que de 16% en 2007 et de 27,7% depuis son entrée en Bourse. M2M Group, qui a rejoint la cote en juillet 2007, affiche carrément une contre-performance de
-15,9% au 10 décembre. Quant à  IB Maroc, bien qu’elle a enregistré une croissance honorable cette année (+86%), elle affiche toujours une baisse de -45% par rapport à  son prix d’introduction en Bourse en 2001.
Qu’est-ce qui fait que ces valeurs réalisent une faible performance boursière ?
«Les investisseurs, particuliers et institutionnels, se penchent plus sur les grosses capitalisations que sur les nouveaux secteurs de la cote comme l’informatique, les loisirs et hôtels et la chimie», explique un analyste financier. Et d’ajouter : «Le grand public préfère miser sur des valeurs sûres plutôt que de prendre un risque en investissant dans des titres qu’il ne connaà®t pas bien».

Le secteur informatique reste sous-évalué
En effet, l’essentiel de la demande et du volume transactionnel sur le marché boursier reste concentré sur les banques, les cimenteries, les holdings et les valeurs de l’immobilier. A fin novembre 2007, BMCE Bank a totalisé un volume de 28,6 milliards de DH depuis le début de l’année, soit 18% des transactions sur le marché central. Addoha et CGI affichent respectivement un volume de 23,1 et 16,3 milliards de DH, soit 14,5% et 10,2% du volume global enregistré depuis le début de l’année. Quant à  l’Ona, il a réalisé un volume de 12,3 milliards de DH, équivalent à  7,6% des transactions globales du marché.
Cet engouement a fait que ces valeurs enregistrent des progressions très importantes. Les cours des banques ont évolué de 50,6% depuis janvier 2007. Ceux des cimenteries ont enregistré à  peu près la même performance (50,2%) et ceux de l’immobilier ont crû de 84,4%. Quant aux cours des holdings, certes ils n’ont progressé que de 7% en 2007, mais cela après avoir augmenté de plus de 40% en 2006.
Face à  ces performances faramineuses, des progressions très modestes pour le secteur informatique. Pourtant les sociétés qui le forment affichent des indicateurs intéressants, tant au niveau boursier qu’au niveau des fondamentaux.
En effet, les distributeurs de matériels informatiques ont un PER (Price earning ratio, rapport entre le cours boursier et le bénéfice par action) de 13,1 pour l’année 2007, avec 9,9 pour Distrisoft et 15,7 pour Matel PC Market. Les sociétés de services informatiques affichent, pour leur part, des PER 2007 de 19,1 pour HPS, 8,3 pour Involys et 20 pour M2M Group. Ces niveaux montrent que ces valeurs sont sous-évaluées, d’autant plus quand on sait que le marché traite à  un PER de 26 et que des secteurs comme l’immobilier et les mines affichent des PER de 82 et 38.

Des résultats en forte progression et des perspectives prometteuses
D’autres indicateurs confirment que les cours des valeurs informatiques sont à  un niveau bas, notamment le P/B (Price to book, rapport entre la capitalisation boursière et les fonds propres). Celui de Distrisoft et Matel PC Market est à  2,6 pour l’année 2007, et celui d’Involys est à  peine de 1,4. Alors que le P/B du marché est à  4,6 et ceux de certains secteurs comme l’assurance et le ciment sont à  6,7 et 6,1.
Outre ces indicateurs boursiers, les fondamentaux des valeurs informatiques sont des plus intéressants de la place. La majorité des sociétés du secteur ont publié des résultats satisfaisants au titre de 2006 et du premier semestre de 2007 et ont dépassé les prévisions annoncées lors des introductions en Bourse.
Distrisoft a réalisé en 2006 un chiffre d’affaires de 362 MDH, en hausse de 31,3% par rapport à  2005. Son résultat net s’est établi à  16 MDH, en progression de 60% et dépassant le chiffre annoncé dans son business-plan. HPS a, de son côté, généré un chiffre d’affaires de 126 MDH, en hausse de 64% par rapport à  2005 et a dégagé un bénéfice net de 26,7 MDH, en progression de 42%. Au 30 juin 2007, la société a publié un volume d’affaires de 67,5 MDH, en appréciation de 23%, et un résultat net de 21,7 MDH, en hausse de 177% par rapport à  fin juin 2006. Quant à  IB Maroc, elle a réalisé de bonnes performances au titre de son exercice à  cheval sur 2006 et 2007, avec un chiffre d’affaires en évolution de 14%, à  220 MDH, et un résultat net de 10,5 MDH contre 3,3 MDH une année auparavant. La seule société à  avoir publié des résultats en retrait est Involys et ce, suite à  des reports de contrats pour un montant de 17 MDH. Elle a réalisé en effet un chiffre d’affaires en recul de 13,5%, à  29,5 MDH, et un bénéfice net de 2,2 MDH, en baisse de 60%. Mais Involys s’est rattrapée cette année en signant des contrats d’un montant de 40 MDH, ce qui devrait améliorer sensiblement ses résultats annuels de 2007.
Côté perspectives, la croissance prévisionnelle des valeurs technologiques est l’une des plus importantes de la place. Le chiffre d’affaires prévisionnel de Distrisoft pour l’année 2007 est de l’ordre de 420 MDH, soit une progression de 16% par rapport à  2006. La société prévoit le même taux de croissance pour 2008, ce qui porterait son volume d’affaires à  485 MDH. Pour M2M Group, le chiffre d’affaires prévu en 2007 est de 93,2 MDH, en hausse de 30%. Son résultat net devrait s’établir à  34,4 MDH cette année, en croissance de 52% par rapport à  2006, et à  47 MDH en 2008, en appréciation de 35%. Matel PC Market, pour sa part, devrait générer un chiffre d’affaires de 795 MDH en 2007 (+8,2% par rapport à  2006) et de 890 MDH en 2008 (+12% par rapport à  2007). Son bénéfice est appelé à  connaà®tre une plus forte croissance pour s’établir à  26,6 MDH en 2007 et à  34,6 MDH en 2008. Quant à  Involys, elle attend des taux de progression importants pour les années prochaines. Son chiffre d’affaires devrait doubler en 2007 pour s’établir à  62,6 MDH et croà®tre de 50% en 2008 pour atteindre 95 MDH. Alors que son résultat net devrait passer de 2,2 MDH en 2006 à  10 MDH en 2007 et à  18,5 MDH 2008.
Les sociétés du secteur informatique ont jusqu’à  présent respecté leurs business- plan d’introduction en Bourse et certaines ont même fait mieux. Ce qui veut dire qu’en mars 2008, elles publieront certainement des résultats en forte progression par rapport au titre de l’année 2007. Espérons que cela aura un impact positif sur leurs cours boursiers, pour les porter à  un niveau en phase avec le rythme de développement du secteur.