Les secteurs porteurs en Bourse cette année

Les analystes recommandent de se repositionner sur le marché actions
à  petites doses. Misez sur les secteurs agroalimentaire, immobilier, automobile et télécoms. Prudence sur les valeurs bancaires et du BTP.

La Bourse de Casablanca semble reprendre des couleurs en ce début d’année. En effet, elle a réalisé depuis le 1er janvier une performance de 0,60%, rompant ainsi avec le repli affiché ces cinq dernières années. A titre comparatif, le Masi avait reculé une année auparavant de 4% sur la même période. Cette reprise qui a été amorcée depuis octobre 2013 est toutefois accompagnée d’un faible volume de transactions. En date du 4 février, les échanges sur le marché central ont totalisé 53 MDH en moyenne quotidienne, accusant un retrait de 59,5% par rapport à la même date de l’année précédente. Ce qui rend certains analystes prudents, qualifiant cette reprise de rebond technique qui finira par s’estomper en raison d’un marché qui n’a toujours pas consommé son potentiel de baisse. «La hausse du marché boursier ne peut être confirmée que si elle est accompagnée d’une hausse de la masse bénéficiaire globale de la place. Ce qui, à mon sens, ne devrait pas être effectif pour l’exercice 2013», estime le directeur d’une société de gestion. Ce professionnel table sur une baisse de 5% des résultats globaux de la cote et une stabilité au titre 2014. Cela tient aux difficultés toujours éprouvées par l’économie marocaine pour se redresser malgré les différents signes de reprise (allègement du déficit budgétaire, redressement de la balance des paiements…).

D’autres analystes se montrent plus confiants. Selon eux, «le marché ne devrait pas connaître une reprise importante. Mais l’année devrait afficher de meilleures performances, comparativement à 2013». Ces performances seraient alimentées par une pluviométrie moyenne ainsi que par une reprise de la valeur ajoutée non agricole. A côté de cela, la détente des taux des bons du Trésor, consécutivement au redressement des finances publiques, devrait profiter au marché actions.

Quoi qu’il en soit, tous les professionnels contactés recommandent de revenir sur le marché boursier progressivement, en privilégiant les secteurs affichant des perspectives de croissance prometteuses pour 2013 et 2014. Les sociétés de bourse contactées évoquent dans ce sens la bonne tenue ainsi que le potentiel de croissance de secteurs comme l’immobilier, l’agroalimentaire, les télécoms et l’automobile. Elles restent par ailleurs réservées sur les valeurs bancaires et du BTP et déconseillent les secteurs minier et informatique (voir encadré).

«Il est vrai que les années fastes sont révolues pour le secteur immobilier, mais il continuera d’afficher une croissance correcte», explique un analyste. Pour lui, le secteur devrait continuer de tirer profit du déficit de logements estimé à 840 000 unités ainsi que du fort positionnement des sociétés opérant dans le segment social sur l’axe El Jadida-Kénitra. Pour sa part, Upline Securities estime que la politique adoptée par les sociétés pour optimiser leur investissement (notamment en foncier) devrait impacter favorablement leur trésorerie et donc leurs charges financières. Par ailleurs, la progression du secteur devrait être confortée par le développement de plus en plus marqué des sociétés en Afrique subsaharienne. A ce titre, Addoha vise la construction de 20 000 logements sociaux dans plusieurs pays au moment où Alliances compte mettre en œuvre 10000 logements économiques en Côte d’Ivoire. En tout cas, «2014 serait l’année de récolte des préventes réalisées entre 2009 et 2012, ce qui contribuerait à améliorer les revenus des promoteurs», précise un directeur recherche et analyse de la place.
Les secteurs agroalimentaire et des «utilities», eux, sont recommandés constamment à l’achat de par leur nature anticyclique par excellence. Pour le premier, en dépit de la volatilité des prix des matières premières à l’international, les filières des huiles et du lait devraient continuer à afficher des marges en amélioration du fait de la poursuite de la hausse de la consommation des Marocains même en période de crise. Pour sa part, le segment des boissons alcoolisées et gazeuses devrait bénéficier d’un mois de consommation plein en août, contrairement aux deux dernières années où elles étaient pénalisées par Ramadan. Le deuxième secteur qui regroupe notamment Afriquia Gaz, Lydec et Jlec, se distingue par un rendement sécurisé, conforté par une progression continue de la consommation énergétique.

Les analystes manquent de visibilité par rapport à la stratégie future d’Etisalat

En dépit du repli de ses résultats, Maroc Telecom continue de séduire les professionnels de la place. «L’opérateur devrait certes assister à une poursuite de la baisse de sa marge d’exploitation, qui devrait atteindre près de 51% à terme, mais celle-ci reste à un niveau largement confortable», reconnaît un analyste. D’autant que la société reste indétrônable en termes de rendement du dividende. Toutefois, les analystes manquent de visibilité sur la stratégie future d’Etisalat tant en termes de rémunération des actionnaires que d’accompagnement des filiales africaines.
Le secteur automobile n’est pas en reste. En effet, Auto Hall devrait poursuivre le renforcement de son positionnement sur le marché grâce essentiellement à la marque Ford qui, à elle seule, accapare 10% de parts du marché marocain. Cela dit, l’application de la taxe sur les voitures de luxe devrait affecter les concessionnaires de ce type de voitures à l’instar d’Auto Nejma.
Contrairement à ces secteurs, les analystes gardent les banques et les cimenteries sous haute surveillance. En effet, le secteur du BTP est légèrement choyé par les analystes après qu’ils l’aient boudé l’année dernière. Selon eux, l’atténuation de la baisse de la consommation nationale de ciment en 2013 présage une relance de l’activité du secteur. Mais, le marché est toujours en surcapacité de production et dépend largement de la reprise des chantiers et des projets d’infrastructures.

Sonasid n’est pas en reste. Le sidérurgiste devrait être moins affecté par la concurrence des autres opérateurs suite à la mise en place par le ministère chargé du commerce extérieur des mesures de sauvegarde pour une durée de 4 ans. Cependant, ces mesures excluent les importations du rond à béton et du fil machine en provenance de certains pays, à l’instar de la Turquie. Ce qui pourrait exposer l’industriel à la montée en puissance des importations en provenance de ce pays.

Enfin, les banques devraient continuer à enregistrer une rentabilité en hausse modérée suite notamment au tassement de leur activité. En fait, leurs performances sont étroitement corrélées à l’évolution du contexte économique global, avec comme seul bémol la poursuite de la montée des risques. Toutefois, la solidité financière des banques et le niveau suffisamment élevé des provisions constituées pour faire face aux impayés devraient leur permettre de lisser leurs résultats sur les années à venir.