Les produits d’épargne retraite au banc d’essai

Les cotisations minimales, les frais et les taux de rendement diffèrent d’une
compagnie d’assurance à  l’autre.
Les pénalités de rachat varient de 3% à  10% de l’épargne constituée.
Les contrats en unités de compte sont plus rentables que les formules classiques
mais beaucoup moins accessibles.

Souscrire à  un produit de complément de retraite est aujourd’hui un acte nécessaire. Les prestations servies par les régimes traditionnels, à  savoir la CNSS et la CIMR pour les salariés du privé, et la CMR et le RCAR pour les fonctionnaires, ne suffisent plus, dans la plupart des cas, pour assurer un train de vie décent une fois l’âge de la retraite atteint.
Comme ailleurs à  travers le monde, les compagnies d’assurance locales ont toutes élaboré des formules d’épargne qui permettent de doper les revenus des retraités. Il s’agit de contrats de capitalisation par lesquels les souscripteurs versent périodiquement des cotisations et ce, jusqu’à  une date convenue (âge de 55 ou 60 ans). En contrepartie, les compagnies d’assurance s’engagent à  servir aux souscripteurs une somme d’argent sous forme de rente à  vie, de capital ou une combinaison des deux.

Avant de souscrire à  un produit d’épargne retraite, il faut étudier plusieurs caractéristiques afin de s’assurer que la formule est accessible, rentable et engendre le moins de frais possible. En effet, si la majorité des plans d’épargne proposés par les compagnies d’assurance se ressemblent, il existe quelques différences et nouveautés qui peuvent s’avérer déterminantes dans votre choix.
Commençons d’abord par les contrats dits «en dirhams» qui sont des formules classiques d’épargne retraite commercialisées par les compagnies d’assurance depuis de nombreuses années.

En 2007, les taux de rendement ont varié entre 5,4% et 7,02%

En ce qui concerne les cotisations, il faut savoir qu’il y a un minimum à  verser par mois, trimestre, semestre ou année, selon le choix du souscripteur, et dont le montant change d’une compagnie à  l’autre. Ces cotisations minimales peuvent aller de 100 DH par mois (chez Wafa Assurance) jusqu’à  250 DH (chez Axa Assurance). En outre, les souscripteurs peuvent effectuer des versements libres, à  tout moment, avec des montants minimums allant de 500 DH (par exemple chez Atlanta) à  1 000 DH (chez RMA Watanya).

L’ensemble des versements est revalorisé par un taux de rendement qui résulte des placements effectués par les compagnies d’assurance durant l’année écoulée. Le taux de rémunération moyen annuel servi par Wafa Assurance sur la période 1992-2006 est de 7,38%. Le taux de rendement le plus élevé en 2006 (servi en 2007) est celui d’Atlanta. Il s’est établi en effet à  7,02%, contre 6,50% pour la CNIA, 6,10% pour RMA Watanya et 5,40% pour Axa Assurance.

Le taux de rendement est calculé sur la base d’un taux minimum semestriel (qui ne dépasse pas 2,70% pour le premier semestre de 2008), auquel les compagnies ajoutent le taux de participation aux bénéfices qui est généralement de 90%. «La participation aux bénéfices est un revenu variable servi en fonction des gains nets dégagés par le placement des fonds collectés dans les marchés financiers», explique un agent général d’une compagnie d’assurance.
à€ titre d’illustration, une personne âgée de 25 ans qui commence à  cotiser à  hauteur de 500 DH par mois aura droit à  l’âge de 60 ans à  une rente annuelle certaine étalée sur 10 ans de 91 037 DH ou un capital de 387 540 DH et ce, sur la base d’un taux de rendement annuel net de 6%. Un autre souscripteur qui commence à  verser 1 000 DH par mois dès l’age de 35ans aura droit à  l’âge de 65 ans à  une rente certaine annuelle sur 10 ans de 129 174 DH ou un capital de 605 013 DH sur la base du même taux de rendement.

    Par rapport aux frais, il faut savoir qu’il y a des charges d’acquisition et des charges de gestion. Les premières s’appliquent aux versements effectués. Elles sont de 3% chez CNIA, RMA Watanya et Axa Assurance, et de 4% chez Atlanta et Wafa Assurance. Les deuxièmes s’appliquent annuellement à  l’épargne constituée. Elles varient de 0,5% à  0,6%.

Outre ces frais, il faut compter également les pénalités de rachat. En effet, l’un des inconvénients de ce genre de contrats est l’indisponibilité de l’épargne pendant une certaine durée. Atlanta applique une pénalité de 5% sur l’épargne constituée si un rachat total intervient durant les dix premières années du contrat. RMA Watanya et Wafa Assurance optent pour le même taux de pénalité mais se contentent d’une durée d’indisponibilité de 3 ans (pour RMA Watanya, la pénalité continue d’être appliquée durant la quatrième année mais avec un taux de 3% seulement). Quant à  Axa Assurance, elle prélève 10% de l’épargne si le rachat intervient durant la première année et 5% à  partir de la deuxième et jusqu’à  la quatrième année.

Cela dit, toutes les compagnies d’assurance offrent la possibilité de procéder à  des rachats partiels et ce, sans pénalités. Elles permettent en effet d’effectuer au maximum deux rachats durant la durée de vie du contrat avec des montants ne dépassant pas 50% de la valeur de l’épargne constituée.

Par ailleurs, le souscripteur peut demander une avance à  hauteur de 80% de l’épargne pour faire face à  un besoin imprévu. L’avance est accordée chez toutes les compagnies d’assurance moyennant une retenue de 2% de sa valeur. Cette avance doit être remboursée en totalité ou en partie à  la compagnie, selon les modalités convenues, sous peine d’être déduite du capital constitué.
S’agissant de l’aspect fiscal, l’épargne constituée est assujettie à  l’Impôt sur les revenus (IR) si elle est retirée durant les 10 premières années du contrat. Au-delà  de cette durée, et si l’âge du souscripteur dépasse 50 ans, elle bénéficie d’un abattement de 40% de l’IR.

En cas de décès du souscripteur avant le terme du contrat, les compagnies d’assurance versent aux bénéficiaires désignés ou, à  défaut, aux ayants droit, l’épargne constituée augmentée du capital décès qui diffère d’une compagnie à  l’autre. En cas d’invalidité du souscripteur avant le terme du contrat, les compagnies d’assurance lui versent le capital constitué.

  Outre ces produits d’épargne retraite classiques, un nouveau concept a été lancé au Maroc. Il s’agit du contrat en unités de compte. A ce jour, il n’existe sur le marché qu’un seul produit du genre, baptisé «Vital Retraite Multisupport». Il est proposé par La Marocaine Vie, filiale du groupe Société Générale.

Contrairement aux produits classiques, cette formule offre l’avantage de pouvoir répartir l’épargne entre 8 instruments différents, à  savoir un support en dirhams, qui assure la garantie du capital et un rendement régulier, et 7 supports OPCVM (Organismes de placement collectifs en valeurs mobilières) gérés par la société de gestion Gestar et qui peuvent réaliser des gains très importants.
Ainsi, le souscripteur peut choisir entre 3 profils de versements. Le premier, dit «Prudence», est destiné aux personnes proches de l’âge de la retraite car il offre plus de sécurité que de rendement. Il consiste à  mettre 40% de l’épargne dans le fonds général de la compagnie d’assurance, 30% dans les OPCVM investis en obligations et 30% dans les OPCVM actions et diversifiés.

Le deuxième profil, «Equilibre», vise à  répartir l’épargne entre le support en dirhams à  hauteur de 20%, les OPCVM investis en obligations à  hauteur de 30% et les OPCVM actions et diversifiés à  hauteur de 50%.
Quant au troisième profil, «Dynamique», il est conseillé pour les jeunes cotisants qui peuvent encore prendre des risques. Il donne la possibilité au souscripteur de répartir ses versements entre les OPCVM obligations à  hauteur de 20% et les OPCVM actions et diversifié à  hauteur de 80%.

A la signature du contrat, le souscripteur doit effectuer un dépôt initial d’un minimum de 15 000 DH pour ensuite procéder à  des versements mensuels de 3 000 DH minimum, ce qui n’est pas accessible à  toutes les tranches de la population. Des versements libres peuvent également être effectués avec un montant minimum de 5 000 DH. Pour ce qui est du rachat, le souscripteur peut à  tout moment reprendre totalement ou partiellement son épargne. En ce qui concerne le rachat partiel, il peut être effectué au maximum à  deux reprises durant la vie du contrat ou à  trois reprises si aucune avance sur capital n’a été demandée.

S’agissant des frais, il faut compter 3% sur chaque versement pour l’acquisition des parts. Il y a également des frais de gestion qui s’élèvent à  0,6% par an de l’épargne placée dans le fonds général de la compagnie et à  0,24% trimestriellement pour les unités de compte. Finalement, il faut savoir que ce nouveau produit bénéficie du même avantage fiscal que les formules d’épargne retraite classiques.