«Les investisseurs étrangers n’ont pas quitté le Maroc»

Bachir Tazi, Directeur exécutif, CFG Capital Markets

L’impact du relèvement du taux directeur n’est pas aussi conséquent sur le marché actions. L’allocation du portefeuille dédiée au frontier market a diminué en 2021. Les fondamentaux, à eux seuls, ne déterminent pas l’évolution du marché boursier.

• La hausse du taux directeur aurait-elle créé un effet d’éviction des investisseurs vers le marché obligataire ?
Le relèvement du taux directeur a pour but essentiel de contrer l’inflation. Aussi, cette hausse devra-t-elle entraîner une augmentation du coût de l’argent et, de facto, une baisse des marges de certaines sociétés cotées, comme celles du secteur bancaire, industriel et autres. L’impact n’est pas aussi conséquent pour que le marché s’effondre ou que les investisseurs le désertent. D’ailleurs, le marché actions a baissé de 6% les 5 jours suivant l’annonce, pour se stabiliser après.
Ceci dit, il va falloir distinguer deux types de réactions qui dépendent de la typologie d’investisseurs et de leurs horizons de placement. Ainsi, les particuliers, certains fonds d’investissement et OPCVM à tactique court-termiste ont eu une réaction immédiate après l’annonce de BAM. Ce qui traduit une augmentation de l’aversion au risque du compartiment actions et une anticipation de correction à court terme. Ceci les pousse à réduire leur exposition en attendant que le marché atteigne un nouveau plancher intégrant la nouvelle donne des taux. En revanche, les investisseurs long-termiste, notamment les institutionnels, procéderont eux à un arbitrage dans la durée, puisqu’ils ne peuvent pas changer leur allocation de manière immédiate, vu leur taille. La nouvelle donne de la courbe des taux donnera lieu à une réallocation graduelle des actifs selon leurs exigences de rendement et leur stratégie d’allocation Actif/Passif.
De plus, la Bourse de Casablanca, contrairement à d’autres places, notamment des pays du Golfe, n’est pas dominée par une catégorie de spéculateurs court-terme et n’offre pas encore de produits de placement tels que le prêt-emprunt de titres ou la vente à découvert. Et c’est justement ce genre d’investisseurs ou de produits qui contribuent à la volatilité d’un marché. En gros, le marché continue à évoluer au gré des annonces faites ci et là et en fonction des fondamentaux économiques, sans grand chamboulement.

• Cette situation, disons confortable, du marché actions, représente-t-elle un argument pour un renforcement de position des investisseurs internationaux ?
Il est important de noter tout d’abord que pendant la crise sanitaire un mouvement de panique s’est emparé de ces investisseurs vis-à-vis de la plupart des marchés financiers emergings et frontiers. Mais ils n’ont pas quitté le marché marocain, pour plusieurs raisons dont sa stabilité, sa résilience et aussi sa gestion de la pandémie. Toutefois, un exit a été remarqué au début de 2021 de cette catégorie de marchés, alimenté par un renouvellement d’allocation sur certains marchés en fonction des données fondamentales post-Covid. Des arbitrages ont donc été réalisés en défaveur de certains pays comme l’Egypte, la Tunisie, le Sri Lanka, mais aucunement contre le Maroc, dont la part reste stable, sans renforcement, ni réduction. Cela dit, à partir du moment où l’allocation du portefeuille frontier market a été réduite, le poids du Maroc en a pâti, de façon mécanique. Il s’agit de cycles de placement auxquels obéit cette catégorie d’investisseurs et qui durent entre 2 et 5 ans, en termes de sorties et de retours. Celui-ci a été entamé il y a un an et demi et nous nous attendons à une réactualisation de portefeuille de placement.

• Comment CFG prévoit le comportement du marché actions d’ici la fin de l’année ?
Fondamentalement, l’économie marocaine se porte bien. Plusieurs indicateurs favorables plaident pour une poursuite de la bonne tenue de l’économie (budget, transferts MRE, phosphates…). Toutefois, en cette période, ce ne sont pas seulement ces fondamentaux qui déterminent l’évolution du marché boursier mais plutôt les données exogènes qui évoluent au gré des dirigeants des pays surtout. Pour cela, il est difficile de prévoir même une fourchette dans laquelle pourrait évoluer l’indice. Mais, en général, l’orientation du marché devra dépendre de deux facteurs dont l’évolution de la masse bénéficiaire, qui même flatte représentera une bonne nouvelle dans ce contexte et le comportement de la courbe des taux qui, elle, sera tributaire de l’inflation, du déficit budgétaire, des réserves de change.