Les fonds actions malmenés par la volatilité de la Bourse

La baisse du marché a entraîné dans son sillage tous les OPCVM actions.
Globalement, ils affichent une croissance à  deux chiffres.
Les fonds qui ont le mieux résisté sont ceux formés des
titres les moins soumis à  variation.
Le degré de réactivité des gestionnaires a fait le reste.

Depuis le début de l’année, les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) investis en actions ont suivi les mêmes tendances que celles du marché boursier, mais avec des différences relativement importantes pour quelques-uns d’entre eux. Des différences à  saluer quand ces fonds sur-performent le marché, à  déplorer dans le cas inverse.

Sur le plan du volume, l’euphorie est de mise. Au cours du premier semestre 2006, la Bourse a connu un engouement exceptionnel qui a profité à  tous les OPCVM actions. Au 9 mai, le Masi, indice de toutes les valeurs cotées, avait progressé de 54% depuis le début de l’année. Deux fonds ont fait mieux. Les autres sont plutôt restés à  des niveaux de performance moins importants. L’explication réside dans le fait que, le marché ayant trop pris, les gestionnaires ont préféré se positionner sur des valeurs qui ne risquaient pas de trop baisser. Mais la correction n’a épargné aucun fonds. En un mois, le Masi a cédé plus de 18,5%, ramenant sa performance annuelle de 54% à  21% le 9 juin. Pour certains fonds, la chute a été maà®trisée. C’est le cas, par exemple, de CFG Emergence et Attakafoul, fonds qui ont le moins baissé. Mais d’autres ont été plus impactés, comme AFG Dynamic Fund de Gestar, qui a baissé de 27% au 23 juin. Actuellement, les performances des OPCVM actions sont revenues à  des niveaux supérieurs. Elles sont de l’ordre de 30% pour les plus élevées d’entre elles, par rapport à  un marché qui affiche, à  l’heure actuelle, près de 24% de performance annuelle.

Qu’est-ce qui fait qu’un fonds progresse plus que le marché ou baisse plus rapidement que ce dernier ? Est-ce dû à  la politique d’investissement de chacun, au style de gestion ou au manque d’anticipation et de réactivité des gestionnaires ? Ces questions ont été posées à  quelques-uns d’entre eux, qui ont donné des explications sur les spécificités et le comportement de leurs fonds actions depuis le début de l’année.

Les fonds investis en small caps ont été moins impactés
Chez CFG Gestion, dont les fonds ont accusé une baisse moindre, la performance suit à  peu de choses près celle du marché, bien que leurs fonds actions n’aient pas le Masi pour indice de référence. Cela ne concerne pas, bien entendu, le fonds CFG Emergence qui, lui, est investi dans les petites et moyennes capitalisations. En effet, CFG Performance et CFG Valeurs étaient à  53% de performance annuelle quand le marché était à  54%. Ils ont par la suite connu une baisse du même ordre que le marché (-18,5%) durant le mois de correction, puis se sont stabilisés à  un niveau un peu plus élevé que l’indice.

Les responsables de CFG Gestion expliquent que ces deux fonds sont gérés de manière à  reproduire l’indice CFG 25, avec, toutefois, un mode de gestion plus dynamique pour CFG Valeurs. Les responsables ajoutent que ces deux fonds actions sont principalement impactés par les performances des grosses capitalisations, qui ont connu une forte volatilité à  la Bourse ces derniers mois. A contrario, CFG Emergence suivait des chemins décalés de ceux du marché. Au moment o๠ce dernier était à  54% de performance annuelle, le fonds se limitait à  33%. Et inversement, en période de baisse, il a limité la sienne à  -9,4%, alors que le marché avait baissé de -18,5%. CFG Gestion affirme que les valeurs formant ce fonds ont un parcours différent par rapport à  celui des grandes valeurs de la cote. Elles ont été délaissées par les investisseurs sur le marché en faveur des grosses capitalisations, ce qui explique le décalage de performance du fonds.

Baisse de 9,6% seulement pour Capital Participation, investi dans les valeurs industrielles «halal»
Il en a été de même pour FCP Capital Participation, OPCVM actions géré par BMCE Capital Gestion. Ce dernier est en effet investi dans les valeurs industrielles dites «halal», n’incluant pas les banques, assurances, holdings et autres, qui ont connu une forte volatilité depuis le début de l’année. C’est la raison pour laquelle, expliquent les analystes de la société de gestion, le fonds a connu un parcours également différent de celui du marché. Ainsi, sa performance jusqu’au 5 mai a été de 45%, sa baisse ayant été limitée à  près de 11% durant le mois de correction, et au 23 juin, elle a été ramenée à  9,6%. Le fonds sur-performe actuellement le Masi de près de 6 points. Pour les autres OPCVM actions de BMCE Capital Gestion, ils se répartissent en un fonds indiciel et deux autres gérés de manière plus active. FCP Capital Indice a suivi la tendance du marché depuis le début de l’année. Maroc Valeurs et FCP Imtiyaz Expansion, investis dans les grosses capitalisations, ont été plus volatiles, mais ils l’ont été moins que le marché grâce à  leur gestion dynamique.

D’autres sociétés de gestion ont changé leur objectif de reproduire la performance du marché dès les premiers mois de 2006. Alistitmar Chaabi, par exemple, en constatant la ruée des investisseurs institutionnels vers les grandes capitalisations de la cote, a jugé trop risqué d’adopter une gestion passive pour suivre l’évolution du marché. La société de gestion a donc préféré réorienter ses investissements vers des titres qui ne sont pas trop surévalués, malgré qu’elle a dû le faire dans un marché très cher, ce qui a atténué la performance de ses fonds. FCP Kenz Actions et Alistitmar Chaabi Actions n’ont enregistré en effet «que» des performances annuelles de l’ordre de 40% au 5 mai. Mais les changements adoptés par la société de gestion au niveau de ses politiques de gestion ont limité la chute de ses fonds par rapport au marché durant le mois de correction.

Par ailleurs, les analystes d’Alistitmar Chaabi affirment que le basculement vers une stratégie plus active, surtout dans un contexte de marché très cher, implique des coûts élevés suite au prélèvement des différentes commissions sur les transactions, affectant ainsi la rentabilité des fonds, et cela sans parler de l’effort à  fournir en matière de suivi des valeurs de la cote. C’est ce qui a empêché en effet certains gestionnaires de réagir face à  la forte volatilité que connaà®t la Bourse depuis le début de l’année, laissant leurs fonds dégringoler au rythme du marché, voire plus fortement.

Trois questions
Les gérants de portefeuilles sont limités en termes d’outils de gestion

Rachid zraigui Directeur analyse financière Atlamed Corporate Investment
La Vie éco : Selon vous, o๠se positionne la gestion de portefeuilles au Maroc par rapport aux marchés financiers développés ?
R. Zraigui : Il faut rappeler que la gestion de portefeuille au Maroc n’en est qu’à  ses débuts. A titre d’exemple, l’actif net géré par les OPCVM au Maroc ne représente que 25% du PIB, chiffre qui est très loin des performances des pays développés o๠l’on raisonne en multiples du PIB (à  Hong-Kong, l’actif net est de trois fois le PIB). Bien entendu, il faut nuancer ces chiffres car ces marchés sont ouverts sur le plan de la libre circulation de leurs monnaies.

Comment peut-on qualifier les styles et les outils de gestion adoptés par les gestionnaires marocains ?
En terme d’outils de gestion, les gérants sont très limités. Il n’existe pas de produits de couverture en cas de retournement de marché. En outre, la réglementation est très sévère. Les fonds actions aujourd’hui sont de deux types : ceux à  60%, ne bénéficiant pas de l’avantage fiscal, mais qui restent plus souples à  gérer en période de crise ; et ceux à  85%, qui bénéficient de l’avantage fiscal, mais présentent l’inconvénient d’être plus sensibles aux variations du marché. D’autre part, la réglementation prévoit un ratio émetteur à  10%, sachant que certaines valeurs au niveau des indices dépassent ce ratio. Il est donc difficile pour le gérant de portefeuille indiciel de coller à  la performance du benchmark. En terme de style, les gérants ne se démarquent pas particulièrement. En fait, ils mixent leurs portefeuilles en les pondérant avec des titres de «croissance» et des titres «valeur».

Quels sont selon vous les avantages et les inconvénients de la gestion passive et de la gestion active dans le contexte du marché financier marocain ?
La gestion active suppose la mise en place de modèles de portefeuilles qui répondent à  une logique principalement technique, combinée à  une analyse fondamentale des valeurs suivies. Elle requiert plus de temps et d’efforts de la part du gérant (qui, au Maroc, est également négociateur), mais offre des perspectives de rentabilité plus importante. Elle pose l’hypothèse que les marchés sont inefficients. Ce mode de gestion est particulièrement adapté au marché marocain en raison de l’inefficience flagrante de la place de Casablanca. La gestion passive, par contre, assimilée à  une gestion indicielle qui réplique l’indice de référence, soulage le gérant du suivi quotidien des valeurs mais n’offre théoriquement aucun surplus de performance par rapport à  l’indice. Des fonds indiciels existent au Maroc, mais ne répliquent pas de manière parfaite l’indice.
Il n’en demeure pas moins que les théoriciens des marchés financiers, qu’ils soient partisans d’une gestion active ou passive, s’accordent sur une même conclusion qui voudrait que, sur le long terme, ces deux types de gestion offrent les mêmes niveaux de rentabilité à  quelques exceptions près.

Méthodes
Gestion active et passive, les ficelles utilisées par les gestionnaires de fonds

Les techniques utilisées pour la gestion de portefeuilles sont multiples. Pour atteindre ses objectifs de rendement, tout en respectant les contraintes de risque et d’allocation d’actifs, le gestionnaire a le choix entre deux méthodes.
La première se base sur les techniques traditionnelles d’analyse financière, c’est-à -dire que le gestionnaire étudie, économiquement parlant, les supports de placement, puis fait ses arbitrages selon le potentiel de hausse ou de baisse qui ressort de son étude.
La deuxième, elle, est basée sur les techniques de gestion quantitative, qui font appel aux mathématiques et aux statistiques pour étudier le comportement des cours. Dans les deux cas, le gestionnaire peut gérer librement son portefeuille, ou l’adosser à  un indice de référence (benchmark). C’est ce qui a donné lieu à  la gestion active et passive, deux déclinaisons de la gestion dite «benchmarkée».
La gestion active a pour objectif de parvenir à  une performance supérieure à  celle du benchmark. Elle se fonde sur l’hypothèse que le marché ne reflète pas sur le champ le potentiel de hausse ou de baisse des valeurs le constituant. La gestion active consiste donc à  tirer profit des courtes périodes o๠la valeur théorique et la valeur de marché d’un actif sont différentes.
Quant à  la gestion passive, elle a pour objectif de reproduire exactement la performance de l’indice de référence. Elle repose sur le fait que le marché finit toujours, à  moyen ou long terme, par s’ajuster, donc il suffit que le gestionnaire opte pour les mêmes pondérations des valeurs dans son portefeuille que sur le marché.