Les cimenteries cotées continuent de séduire les analystes

Ils demeurent positifs sur Lafarge et Ciments du Maroc, mais partagés sur Holcim. La poursuite de la baisse des ventes du ciment devrait affecter la rentabilité des industriels à  Les sociétés restent confrontées à  une concurrence accrue et à  la hausse des coûts énergétiques.

Les cimenteries affichent des réalisations en baisse au terme du premier semestre de cette année. Les bénéfices des trois sociétés cotées du secteur ont totalisé 1,4 milliard de DH, en recul de 11,4% par rapport à la même période de l’année dernière. En cause, une conjoncture nationale défavorable marquée par le repli de la consommation nationale du ciment de 12,6% à fin juin. D’autant que la concurrence à laquelle se livrent les industriels, surtout avec la montée en puissance de la cimenterie du groupe Sefrioui, ne manque pas d’affecter la rentabilité des opérateurs historiques.
Le contexte actuel demeure inchangé avec une consommation toujours en baisse. A fin octobre, elle s’est contractée de 9,13% pour atteindre 12,3 millions de tonnes comparativement à la même période de l’année écoulée. Cependant, les analystes restent optimistes quant aux perspectives de croissance que présente le secteur d’ici la fin de l’année prochaine, compte tenu de l’important déficit en logements dans le pays. En outre, l’introduction de nouvelles mesures incitatives pour favoriser l’accès au logement devrait booster la demande en ciment sur les dix prochaines années.
Ainsi, Upline Securities et BMCE Capital Bourse recommandent d’accumuler le titre Lafarge Ciments dans les portefeuilles malgré la baisse potentielle de son cours. La première société de bourse le valorise à 1 141 DH, tandis que la deuxième prévoit un cours cible de 1 090 DH. Le titre devrait donc baisser respectivement de 17,5% et 21,2% par rapport à son niveau actuel (1 384 DH au 11 novembre).

Il faut dire que les prévisions de croissance du groupe sont favorables puisque l’industriel anticipe une reprise de la demande à moyen terme. Il compte donc poursuivre son programme d’investissement dans une nouvelle cimenterie à un coût de 2,8 milliards de DH et d’une capacité de production de 1,2 million de tonnes à Aït Baha. En parallèle, Lafarge continue d’axer sa stratégie sur l’optimisation des coûts de production. Notons dans ce cadre que l’usine de Bouskoura fonctionne à 100% à l’énergie éolienne. Cela dit, compte tenu du poids des investissements et de la situation actuelle du marché, Lafarge devrait enregistrer, selon BKB, une rentabilité en baisse de 4,5% à fin 2013, à 1,2 milliard de DH. Mais celle-ci devrait se redresser en 2014 avec des bénéfices en progression de 5,8%, à 1,27 milliard de DH. Pour sa part, Upline prévoit un résultat net part du groupe en amélioration de 5%, à 2 milliards de DH en 2014 contre une augmentation de seulement 1%, à 1,27 milliard de DH à la fin de cet exercice.

Contrairement à la politique de Lafarge axée sur la poursuite des investissements, Ciments du Maroc, étant moins confiante en la reprise de la demande, préfère mettre en stand by son plan de développement. Ce dernier consiste en l’extension de sa couverture territoriale en construisant une nouvelle usine au Nord d’une capacité de production pouvant aller jusqu’à 2 millions de tonnes avec une enveloppe budgétaire maximale de 3 milliards de DH. En prenant en compte l’installation de Lafarge dans sa zone de prédilection et l’anticipation d’une baisse de la consommation nationale de 8% à la fin de l’année, BKB recommande de conserver la valeur et table sur un cours cible de 714,7 DH, soit 10,6% de moins que le cours actuel de 800 DH. Upline Securities, de son côté, recommande de le renforcer avec un objectif de cours de 759 DH, soit une baisse potentielle de 5%. Ainsi, le premier intermédiaire financier s’attend à un bénéfice en baisse de 2,5%, à 639,6 MDH pour l’exercice courant. En revanche, il devrait s’améliorer en 2014 de 3,8% pour s’élever à 663,8 MDH.

Holcim, quant à elle, divise les analystes. Pour Upline Securities, le titre est à alléger puisqu’il devrait atteindre un cours de 1 333 DH, ce qui présente une contre-performance de 15% par rapport au cours du 11 novembre de 1 571 DH. Selon BKB, il faudrait le conserver car le cours devrait se situer à 1492,20 DH, soit une baisse potentielle limitée à 5%.
En fait, Holcim est le plus pénalisé par son positionnement en raison, d’une part, de l’atonie du marché de Fès et de l’Oriental, et, d’autre part, de la concurence directe de Ciments de l’Atlas à travers son unité de Ben Ahmed. D’ailleurs, la société affiche un faible taux d’utilisation de son outil industriel qui se situe à 60% seulement. Ceci ne l’a pas empêché de mettre en place un projet d’extension de son usine de Fès en vue de porter sa capacité de production à 1,2 million de tonnes. Ce qui lui permettrait de disposer d’un bon positionnement en cas de reprise de la demande sur cette région.
En outre, la société compte poursuivre sa politique de développement de son réseau de distribution Batipro qui compte 220 franchisés. Celui-ci représente près de 30% des ventes de Holcim et ses délais de livraison ont été réduits à 2 jours.

Dans ces conditions, BKB table sur une dépréciation de la rentabilité de la société de 23,2%, à 376,6 MDH à fin 2013 alors qu’Upline prévoit une dépréciation plus accentuée de 35,2%, à 318 MDH. En revanche, l’exercice 2014 promet de bonnes perspectives avec un bénéfice en hausse de 5%, à 396 MDH et 16,4%, à 370 MDH respectivement pour les deux sociétés de bourse.
En dépit des perspectives favorables dressées par les analystes, il reste que les sociétés du secteur devraient continuer à faire face à des coûts énergétiques élevés et à la poursuite de la montée en régime de Ciments de l’Atlas. Par ailleurs, le secteur pourrait être confronté à de possibles importations en provenance de l’Union Européenne et des pays arabes suite aux accords de libre-échange, mais aussi de l’Espagne, surtout après la chute de la consommation dans ces pays.