Les Bourses de la région ont fait mieux que la place de Casablanca

Les Bourse d’Egypte et de Turquie ont réalisé des performances de plus de 50%. La Tunisie et la Jordanie ont limité leurs pertes à  3% et 2% respectivement. L’apaisement du climat politique et économique a favorisé la reprise des marchés arabes.

On pourrait penser que le marché boursier casablancais s’est mieux comporté par rapport aux bourses des autres pays à économie comparable, vu la stabilité politique du Royaume et la bonne tenue de ses principaux secteurs d’activité. Mais il n’en est rien. Au moment où la Bourse de Casablanca a essuyé des pertes de l’ordre de 15% en 2012, celle de la Tunisie a limité sa baisse annuelle à -3%, alors que celle de la Jordanie a cantonné son recul à -1,9% sur l’année. Les Bourses de la Turquie et de l’Egypte ont fait beaucoup mieux. Elles ont terminé l’année sur une progression de 52,6% et 50,8% respectivement.

Si les raisons de l’atonie du marché boursier casablancais sont connues (manque de visibilité, valorisation élevée, absence de papier frais, retard des réformes…), qu’est-ce qui explique les performances des bourses de la région ?
En fait, alors que les pays de la zone euro pâtissent toujours de la crise économique internationale, la Turquie s’en est plutôt bien sortie. Grâce à une demande interne qui reste soutenue, au maintien des exportations et aux performances du secteur touristique, la croissance économique du pays s’est établie à 3,2% au troisième trimestre de cette année. Cela n’a pas manqué d’impacter favorablement la sphère financière surtout après que l’agence Fitch Rating ait augmenté la note de crédit du pays. Par ailleurs, la Bourse turque traite à des niveaux de valorisation très intéressants. Avec un PER de 11,3 et un taux de rendement des dividendes de 2,6%, les investisseurs étrangers, en quête de bonnes opportunités de placement, ne peuvent que se ruer vers ce marché prometteur.

La bourse d’Egypte, pour sa part, s’est redressée d’une manière spectaculaire en 2012. Cette performance est toutefois à relativiser puisque la place boursière a chuté une année auparavant de 50%, dans la foulée du printemps arabe et de la chute du régime Moubarak. Ainsi, sur l’année 2012, la Bourse est à peine parvenue à annuler les pertes de 2011.

Il faut dire qu’un regain de confiance a eu lieu par rapport au contexte économique et politique à partir de juin 2012, avec la nomination du nouveau président égyptien. L’élaboration et le vote d’une nouvelle Constitution ont également exercé un impact favorable sur le climat général. Ce qui a aidé les investisseurs, aussi bien nationaux qu’étrangers, à revenir sur le marché égyptien où les opportunités à saisir sont des plus intéressantes. La Bourse du Caire est en effet valorisée à un PER de 11,3, soit presque le même niveau que celui de la Turquie, et elle affiche un taux de rendement de dividende moyen de 3,3%.

Pour ce qui est de la Tunisie, la Bourse de Tunis a entamé l’année 2012 entre attentes et espoir après avoir concédé en 2011 sa première baisse depuis 9 ans, établie à 8%. Après une année 2011 révolutionnaire qui a fait baisser le PIB à 1,8% avec des niveaux d’inflation et de chômage élevés, le climat s’est adouci et l’indice général du marché a gagné près de 11% à juillet 2012. Le regain de confiance se poursuivait jusqu’au 14 septembre (date de la prise d’assaut de l’ambassade américaine par des manifestants), où la Bourse a chuté pour atterrir sur un territoire négatif, sur fond de mouvements de prises de bénéfices et de fuite des investisseurs étrangers notamment. Les locaux, eux, se sont tournés vers des valeurs refuge représentées notamment par le secteur immobilier et la distribution, délaissant ainsi les autres titres cotés.

Dans ce contexte politico-économique toujours perturbé, les agences de notation Standard & Poor’s et Fitch ont abaissé la note de la dette à long terme de la Tunisie, ce qui a légèrement affecté la confiance à peine rétablie des investisseurs. D’autant plus que le marché tunisien demeure chèrement valorisé par rapport à ses voisins. Sa valeur est estimée à 18,5 en termes de PER et son rendement de dividendes se limite à 2,3%

Malgré ce paysage défavorable, la bourse a annoncé sept introductions en bourse au titre du premier trimestre de cette année, dont Onatech qui a réalisé un chiffre d’affaires de 230 millions d’euros à fin 2011.
Quant à la Bourse de la Jordanie, elle a limité ses pertes au terme de l’année dernière à près de 2%, contre 15% une année auparavant. Elle s’est ainsi relevée après une année de soulèvements populaires qui ont poussé certains investisseurs à déserter la Bourse d’Amman. Ce sont les secteurs financier et industriel qui ont permis au marché de sortir la tête de l’eau. Cela étant, la bourse est valorisée à un PER de 15 pour un rendement des dividendes de 4,5%.
Du côté des perspectives, les professionnels sont plutôt optimistes pour l’ensemble de ces marchés. Ils s’attendent à plus de stabilité politique couplée à une reprise économique et, du coup, à des résultats meilleurs que ceux des deux dernières années. Par conséquent, ils prévoient un retour imminent des investisseurs vers les marché actions et une meilleure performance boursière.