Le patrimoine financier des ménages atteint 700 milliards

Ces avoirs sont en hausse de 7,1% par rapport à 2014. Les dépôts en représentent 82%, les valeurs mobilières 10,8% et l’assurance-vie 8%. L’endettement des ménages augmente à un rythme moins soutenu.

Le patrimoine financier des ménages marocains enregistre une croissance de plus en plus dynamique. C’est ce qui ressort de la dernière analyse réalisée par Bank Al-Maghrib dans son rapport annuel sur la stabilité financière au titre de l’année 2015. En effet, la valeur des avoirs financiers des ménages a atteint 700 milliards de DH à la fin de l’année dernière, en progression de 7,1% par rapport à 2014, année au cours de laquelle elle avait crû de 6,8%.

Mais si la croissance du patrimoine financier est plus forte, sa ventilation est restée stable depuis 2013, avec un poids toujours important des dépôts bancaires, à 82%, tandis que les placements en valeurs mobilières et en assurance vie n’en représentent respectivement que 10,8% et 8%. Ainsi, la bonne progression des avoirs des ménages résulte principalement d’un rythme de progression soutenu des dépôts. Ces derniers ont évolué de 13,5% depuis 2013 et de 44,5% par rapport à 2008. En détail, les dépôts à vue, qui pèsent 56% de l’ensemble des dépôts, ont crû de 7% par rapport à 2014, à 320 milliards de DH. Les comptes d’épargne représentent, eux, 24% de leurs dépôts avec un encours de 135 milliards de DH, en hausse de 6,6%. Quant aux dépôts à terme, ils se sont maintenus à 19% de ces avoirs, et ce, malgré une croissance moins soutenue qu’en 2014 (4,6% après 7,1%), pour totaliser 108 milliards de DH. Notons à ce sujet que les taux appliqués aux DAT, qui sont librement négociables, ont enregistré un repli courant de 2016 en raison de l’amélioration de la situation de liquidité des banques, le ralentissement du crédit et la baisse des taux de refinancement auprès de BAM suite à la révision à la baisse du taux directeur. En effet, le taux des placements sur 3 mois se négocie actuellement à partir de 2,25% contre 2,75% en 2015 ; les placements pour une durée de 6 mois se font à partir 2,35% contre 3% il y a un an ; et les taux relatifs à des périodes de 12 mois et de 24 mois se négocient respectivement à partir de 2,50% et 2,75% contre 3,25% et 3,50% l’année dernière. «Les taux applicables actuellement peuvent être légèrement revus à la hausse pour les clients privilégiés, dont le placement dépasse les 4 à 5 MDH», indique le directeur d’une agence BMCE Bank.

Les actions en tête des valeurs mobilières détenues par les ménages

Hormis les dépôts bancaires, les ménages détiennent 74 milliards de dirhams sous forme de valeurs immobilières, un patrimoine en progression de 10,9% après 9,8% une année auparavant, soit 7 milliards de plus qu’en 2014. Une hausse provenant en premier lieu de l’évolution des placements en titres de propriété, qui représentent 88% de l’encours global et qui se sont bonifiés de 12,8%, à 65 milliards de DH. Les titres de créances privées se sont également renforcés de 6 milliards sur une année, atteignant un encours de 9 milliards de DH. La part des placements en titres d’Etat a régressé  à moins de 1%.

Enfin, les ménages détiennent 55 milliards de DH en contrats d’assurance vie, en progression de 6,4% en 2015.

L’année précédente a également été marquée par le creusement de la dette financière des ménages de 5,1%, à 297 milliards de DH, contre 4,8% en 2014. Rapporté au PIB, le ratio de la dette s’élève à 30%, un niveau quasiment similaire à celui de l’année précédente. Dans le cadre d’une étude benchmark effectuée par la banque centrale, ce ratio est plus élevé que celui des pays en développement et émergents. Toutefois, il demeure inférieur au niveau observé dans les économies avancées (au Royaume-Uni, ce ratio s’élève à 179%). Globalement, la répartition de la dette financière est restée stable. En moyenne, les crédits à l’habitat ont représenté, l’année dernière, environ 64% de l’encours global, contre 36% pour les crédits à la consommation.

Les crédits à long terme contractés pour le financement de l’achat de biens immobiliers ont poursuivi leur décélération entamée depuis 2010. Après une croissance de 6,7% en 2014, l’on est passé à 5% une année plus tard. Ceci intervient dans un contexte caractérisé par une baisse de 3,5% des ventes des biens immobiliers résidentiels et une hausse de leur prix de0,9%.

Par ailleurs, sur fond de baisse des taux d’intérêt des crédits à l’habitat, les ménages ont continué à préférer l’endettement à taux fixe. Ce dernier a représenté 89% de leurs crédits à l’habitat contractés en 2015, une part qui a continué à augmenter d’une année à l’autre. En face, l’engouement pour les taux variables n’est plus au rendez-vous. Alors qu’en 2007, la moitié de l’encours des crédits accordés consistait en prêts à taux variable, la tendance a nettement changé au fil des années : en 2010, 84% des crédits nouvellement souscrits ont été à des taux fixes. Une situation expliquée par la faiblesse historique des taux de crédit immobilier au Maroc, qui rend les taux fixes attractifs, aux dépens de ceux variables dont l’aspect volatil freine les emprunteurs. Cette tendance des taux variables devrait se maintenir au courant de 2016, compte tenu de la surliquidité qui continue de caractériser le marché et le maintien du taux directeur à 2,25%.

La dette des MRE représente le tiers de leurs transferts

En tout cas, les ménages contractent des crédits immobiliers sur des durées de plus en plus longues, reflétant une relative pression sur leurs revenus. En effet, 57% de l’encours des crédits sont d’une durée de remboursement de 20 à 30 ans ; soit 2 points de plus qu’en 2014. En face, les crédits d’une durée de 10 à 20 ans représentent 35%, contre 37% en 2014.

L’analyse du profil des bénéficiaires de ce type de crédits fait ressortir une baisse de la part des ménages percevant un revenu inférieur à 4000 DH, à 32% contre 40% en 2013. La part de la catégorie dont le revenu est compris entre 4 000 DH et 10000 DH a augmenté de 34% à 38%. Enfin, les ménages dont le revenu est supérieur à 10 000 DH ont bénéficié de 30% des crédits au lieu de 28% en 2014.

Pour sa part, l’encours du crédit à la consommation a augmenté de 5,8%, à 106,4 milliards de DH. Cette dette est destinée, essentiellement, au financement des projets personnels, avec une part de 63%, puis aux achats de voitures (36%). A l’instar des crédits à l’habitat, les particuliers recourent de plus en plus à des crédits à la consommation à échéances de remboursement plus longues. Ainsi, la part des crédits contractés sur des maturités dépassant 5 ans est passée de 49% en 2009 à 64% en 2015.

Par milieu de résidence, les ménages résidant au Maroc ont totalisé une dette de 276 milliards de DH, soit une hausse de 4,6% en 2015 contre 5,3% en 2014. A côté, la dette cumulée par les MRE a enregistré une progression de 12%, représentant à peu près le tiers de leurs transferts. Ce ratio est resté quasi stable depuis 2009.

En outre, le taux de défaut de paiement est passé à 7,5% après 7,8% en 2014, témoignant du recul des défauts sur les crédits à l’habitat. Rappelons que le taux de défaut correspond à la part des dettes en souffrance rapportée à l’ensemble de la dette financière. Ainsi, le taux de défaut des ménages a atteint 6,1% pour les prêts à l’habitat et 10% pour ceux à la consommation, contre 6,4% et 10,4% respectivement une année auparavant. Dans le même sillage, le taux de défaut des ménages non résidents s’est établi à 6,9%, contre 7,7% en 2014 pour les crédits à l’habitat et 6,3% contre 8,7% pour ceux à la consommation.

La ventilation des ménages bénéficiaires de crédits à la consommation est restée globalement stable. La catégorie des fonctionnaires demeure celle qui a contracté le plus de crédits, avec une part de 43% contre 43,5% en 2014. Leur charge d’endettement moyenne en 2015 s’élève à 32,5% contre près de 30% une année auparavant. En deuxième position, les salariés constituent près de 36%, avec un taux d’endettement représentant près de 31% de leurs revenus contre 31,6% en 2014. Pour leur part, les retraités et les personnes exerçant une profession libérale constituent respectivement 14,2% et 6,9%. Ils supportent une charge d’endettement de 27,6% et de 30,1%. Par ailleurs, les ménages qui affichent les taux d’endettement les plus importants sont ceux disposant de revenus plus élevés. En effet, ceux dont les salaires dépassent 6 000 dirhams sont endettés à hauteur de 33% de leurs revenus, ceux dont le salaire est compris entre 4 000 et 6 000 DH disposent d’une dette avoisinant 31% de leurs revenus tandis que ceux avec un revenu inférieur à 4 000 dirhams ont un taux d’endettement moyen situé à près de 27%.

Les ménages à charge d’endettement supérieure à 40% par rapport à leur revenu ont représenté 25,1% de l’ensemble de l’échantillon étudié, contre 23,1% comparativement à 2014. Cette catégorie est constituée, en majorité, de fonctionnaires et salariés (83,9%) et de particuliers bénéficiant d’un salaire supérieur à 6.000 DH (67,1%). En outre, plus les emprunteurs sont âgés, plus leur taux d’endettement est élevé. En effet, les individus âgés de plus de 51 ans représentent près de 40% de la population dont le taux d’endettement dépasse 40% des revenus, suivis par la tranche d’âge 41-50 ans avec une part de 26,2%, puis ceux dont l’âge est situé entre 31 et 40 ans avec une part de 25,4%. Les ménages âgés de moins de 30 ans ne représentent que près de 9% de cette population.