Le marché de la dette privée peine à  redécoller

Les émissions des titres de créances négociables ont chuté de 26% à  fin septembre, à  29,7 milliards de DH. L’amélioration du déficit de liquidités a poussé les banques à  réduire leur recours aux certificats de dépôts. Le segment des bons des sociétés de financement reprend progressivement son dynamisme.

Le marché des titres de créances négociables n’attire plus autant les émetteurs. Bien que les taux aient baissé depuis le début de l’année consécutivement à la détente des taux des bons du Trésor, sur lesquels sont indexés les TCN, cette situation n’a pas suscité l’engouement attendu par les professionnels du marché. En effet, les émissions des certificats de dépôts, des billets de trésorerie et des bons de sociétés de financement ont totalisé un montant de 29,7 milliards de DH à fin septembre, selon les données de Bank Al-Maghrib, en recul de 26% par rapport à la même période de l’année précédente.

Pour rappel, le marché de la dette privée avait suscité ces dernières années un intérêt particulier car le contexte global s’y prêtait. Le marché actions était morose, ne présentait pas de signe de reprise et donc aucune opportunité de placement ou de levée à saisir. En face, les banques avaient durci les conditions d’octroi des crédits en raison du manque de liquidités qui caractérise le secteur et de la montée des impayés. Cette situation orientait les émetteurs vers le marché des TCN et les investisseurs y trouvaient des rendements intéressants. Actuellement, la donne a changé. En effet, la bourse s’est ressaisie depuis le début de l’année avec une performance de 10% et les banques commencent à bénéficier d’une situation de trésorerie moins tendue, ce qui leur permet plus de souplesse dans l’octroi du crédit et leur évite un recours massif au marché de la dette privée pour se refinancer. Pour leur part, les investisseurs ne sont plus intéressés par les niveaux de rendement qu’offrent les TCN, qui sont de plus en plus bas. Ils préfèrent orienter leurs placements plutôt vers les fonds de gestion collective qui affichent de bonnes performances ou encore garder leurs investissements jusqu’à confirmation de la hausse de la bourse ou de la consommation du potentiel baissier des taux des bons du trésor.
Quoi qu’il en soit, le repli des émissions de TCN est imputable principalement aux certificats de dépôts, qui continuent de dominer ce marché. Avec une part de 80%, les banques ont émis des titres pour un montant de 23,8 milliards de DH, en recul de 28% par rapport aux neuf premiers mois de l’année précédente. Même si les taux ont baissé sur toutes les maturités (ils varient actuellement dans une fourchette allant de 3,8% à 4,9%, en retrait de 30 à 47 points de base sur une année glissante), les banques n’éprouvent plus un grand besoin de refinancement. La BCP, par exemple, n’a pas fait appel à ce mode de financement depuis le début de l’année.

Le segment des billets de trésorerie (BT) est également à la traîne avec des émissions en repli de 35,2%, à 4,6 milliards de DH. Même si le marché a accueilli de nouveaux entrants à l’instar de Oulmès, Jet Alu ou Résidences Dar Saada, le montant de leurs émissions reste faible comparativement aux émetteurs historiques. A eux trois, ils ont totalisé 764 MDH, soit à peine 16,7% du montant global. En face, certains opérateurs ont largement réduit leurs recours aux BT. Tel est le cas de Maghreb Steel qui a limité ses émissions à 1,6 milliard de DH, soit une diminution de 52,7%. Par ailleurs, le gros des levées a été réalisé sur les maturités allant de 93 jours à une année avec des taux compris entre 4,15% et 5,97%, alors qu’une année auparavant, les sociétés préféraient se financer sur l’échéance de moins de 92 jours à des taux variant de 4,95% à 5,97%.
Les bons des sociétés de financement, eux, se portent plutôt bien. A fin septembre 2014, les levées ont pointé à 1,3 milliard de DH et ont été effectuées par 4 sociétés (Eqdom, Sogelease, wafasalaf et RCI Finance) alors que l’année dernière, seule une société de crédit (Taslif) avait eu recours à ce marché en levant un montant de 40 MDH. Même sur ce segment, les taux se sont contractés, s’établissant à 5,3%, soit une baisse de 82 points de base. Le retour progressif des sociétés de financement vers ce segment s’explique essentiellement par la raréfaction de leurs ressources financières et la montée de leurs créances en souffrance. Parallèlement, la demande sur les crédits à la consommation reprend timidement. Cette situation pousse ces établissements à recourir à ce type de financement en même temps que le financement auprès des banques.
Par ailleurs, l’encours des titres de créances négociables s’est accru de 10,6% à fin mai (dernières données complètes) pour atteindre 78,9 milliards de DH. L’encours des certificats de dépôt s’établit à 62 milliards de DH avec une part de 78%, soit une hausse de 23%. Celui des billets de trésorerie s’est situé à 4,5 milliards de DH, enregistrant une croissance de 17% alors que celui des bons des sociétés de financement a essuyé une perte de 27% pour totaliser 12,5 milliards de DH.