La reprise du marché boursier est-elle pérenne ?

Pour les analystes, la hausse des cours résulte d’une demande ‘‘opportuniste’’. La consolidation de la reprise dépend de l’amélioration de la conjoncture économique sur le moyen terme. Le marché devrait finir l’année sur une performance comprise entre 5% et 10%.

La Bourse de Casablanca poursuit son redressement. Le Masi a même atteint un niveau qui dépasse de loin les attentes. Alors que les analystes tablaient en début d’année sur une hausse modérée avoisinant les 5%, l’indice de toutes les valeurs affichait le 17 mai une performance de près de 11%, un plus haut depuis plusieurs années. Cette reprise, entamée depuis février dernier, est favorisée par plusieurs éléments, dont le bon cru des sociétés cotées au titre de l’année 2015. Contre toute attente, les publications ont reflété une certaine résilience des principaux secteurs représentés à la cote, et la masse bénéficiaire globale s’est bonifiée de presque 2%, à 26,8 milliards de DH.

L’amélioration des fondamentaux de la cote a induit une augmentation des cours de plusieurs valeurs, dont principalement les grandes capitalisations qui continuent de séduire les investisseurs. Maroc Telecom, notamment, affiche une performance annuelle d’environ 20%. Le groupe qui, après avoir publié des indicateurs globalement en amélioration en 2015, a continué de consolider ses résultats au 1er trimestre 2016 avec une accélération de la croissance du chiffre d’affaires de 10,2% et du résultat net part du groupe de 16%. Au Maroc, le chiffre d’affaires de l’opérateur a renoué avec la croissance (+0,9%) malgré une baisse de 30% des prix du mobile.

L’immobilier a également contribué à la hausse du marché dans son ensemble. La restructuration du groupe Addoha et les bonnes réalisations de Résidences Dar Saada ont redonné confiance aux investisseurs qui ont dopé les cours des valeurs avec leurs demandes d’achat. L’indice du secteur immobilier affiche même une performance de plus de 60% depuis le début de l’année.

Le secteur du bâtiment et matériaux de construction n’a pas démérité non plus. Les résultats des cimentiers Lafarge et Cimar ont été accueillis favorablement par le marché. Du coup, l’indice sectoriel atteint une variation annuelle de plus de 20%.

La surliquidité, la baisse des taux et le ralentissement du crédit boostent les cours

A côté des grosses capitalisations, les entreprises de taille moyenne n’étaient pas non plus sans attrait pour les investisseurs, surtout les institutionnels. Ces derniers investissent généralement dans des valeurs dites défensives ou de fond de portefeuille, dont le cours ne croît pas forcément mais qui rémunèrent en termes de dividendes. Sauf que cette année ces titres ont combiné à la fois performance et rendement. On peut citer à titre d’exemple Taqa Morocco (+19%), Lydec (+21%) ou encore Total Maroc (+34%). Le secteur des nouvelles technologies a également la cote auprès des institutionnels et réalise des performances à deux chiffres, notamment S2M (+24%), Disway (+20%), HPS (+12%), et M2M (+12%). Ce secteur offre un potentiel de croissance et de rendement intéressant sur les prochaines années, surtout que l’Etat renouvelle son parc informatique et réinvestit dans les systèmes d’information après avoir levé le pied sur les investissements en technologie ces dernières années à cause du creusement du déficit budgétaire.

Une autre raison explique l’envolée des cours depuis le début de l’année : la baisse des taux depuis décembre 2014. Une baisse à la fois de la courbe des taux des bons du Trésor suite au désendettement de ce dernier et du taux directeur pour relancer le crédit bancaire et l’économie. Et ce, parallèlement à la reconstitution des réserves de change suite à l’amélioration du solde commercial du Maroc qui a induit une résorption du déficit de liquidité sur le marché. Ces facteurs ont fait que les investisseurs se retrouvent avec beaucoup de cash et un marché des taux de moins en moins rémunérateur. Ils s’orientent donc de plus en plus vers le marché actions, d’autant plus qu’il affiche des signes de rétablissement. Mais tous se posent une question sur cette reprise ‘‘inattendue’’ de la bourse : va-t-elle s’essouffler ou se consolider dans le temps ?

Fondamentalement, les perspectives économiques sont pour le moins défavorables. La croissance devrait être faible en 2016, dépassant à peine le 1%, avec un PIB non agricole qui devrait boucler l’année sur une hausse de 2,9%. Ce qui est loin d’être suffisant pour un pays en voie de développement, comme le Maroc, qui devrait réaliser au moins 7% de croissance, et de façon pérenne, pour rattraper son retard. Evoluant dans cette conjoncture morose, les entreprises marocaines, dont celles cotées à la Bourse de Casablanca, devraient encore accuser le coup cette année. Toutefois, certains secteurs pourraient tirer leur épingle du jeu.

Les prévisions économiques de 2017 très attendues

C’est le cas du secteur bancaire qui devrait améliorer ses revenus grâce à une légère reprise du crédit bancaire, tel qu’attendu par Bank Al-Maghrib, mais surtout aux activités de trading qui connaissent un fort développement, stimulées par la baisse des taux. Aussi, le secteur des télécoms devrait consolider ses revenus, à la faveur d’une concurrence qui s’est atténuée, les opérateurs ayant stabilisé leurs parts de marché et visent dorénavant la rentabilité. Pour leur part, les promoteurs immobiliers et les fabricants de matériaux de construction devraient bénéficier d’un redressement de leurs indicateurs financiers suite à la reprise attendue de la demande et aux plans de restructurations initiés. Enfin, les industries agroalimentaires devraient rester résilientes malgré une campagne agricole globalement faible.

Dans ces conditions, les analystes estiment qu’il n’y aura pas de fortes corrections de l’indice général du marché sur les prochains mois. Le Masi devrait boucler l’année sur une performance entre 5 à 10%, «à moins qu’il y ait de mauvaises surprises lors de l’annonce des résultats semestriels des sociétés cotées», selon un analyste. Cela dit, l’on pourrait assister à  une accélération de la tendance haussière si la surliquidité augmente, les taux restent bas et que le crédit bancaire poursuit son ralentissement. Mais «si le marché boucle l’année à 10% ou plus, ce ne sera pas à l’image de l’économie, ce sera purement financier à cause de la surliquidité», tient à préciser notre analyste. Quand le niveau de liquidité reviendra à des niveaux normaux, les investisseurs devraient probablement réallouer leurs fonds en dehors du marché actions, notamment vers des sous-jacents plus sûrs et intéressants en termes de rendement.

En somme, la reprise que connaît le marché aujourd’hui est qualifiée d’opportuniste, mais elle pourrait se consolider dans le temps et devenir structurelle si la situation économique devient plus favorable en 2017.

Les analystes de CFG estiment que le secteur immobilier devrait regagner la confiance des investisseurs, après des années 2014 et 2015 très difficiles. Ils recommandent de se positionner particulièrement sur Résidences Dar Saada compte tenu de son potentiel de croissance et de génération de cash sur les prochaines années, ainsi que sur Addoha qui a dépassé les objectifs fixés dans son Plan Génération Cash. Aussi, le secteur agroalimentaire continue d’offrir un réel potentiel boursier, selon CFG qui recommande de se positionner sur Cosumar. Le groupe devrait améliorer ses bénéfices grâce à la très bonne campagne sucrière 2014/2015 et à la forte chute des prix du fuel industriel. S’agissant du secteur de la distribution, les analystes ont une préférence pour Auto Hall qui devrait tirer profit de l’effet positif de l’Auto Expo et de la poursuite de la montée en puissance de Nissan (le groupe compte doubler la part de marché de Nissan à l’horizon 2020). Les analystes recommandent également Salafin qui devrait profiter de la poursuite de l’atténuation de la concurrence des banques sur les crédits personnels et de l’effet positif de l’Auto Expo sur les crédits automobiles, combinés à une nouvelle réduction du coût des ressources en lien avec la baisse des taux. Toujours selon les estimations de CFG, Risma devrait redresser ses comptes grâce à l’amélioration tendancielle des arrivées et des nuitées touristiques au Maroc, la montée en puissance des hôtels ouverts sur les 2 à 3 dernières années, les bienfaits de sa stratégie axée sur le développement dans le segment économique et l’arrêt des investissements dans l’hôtellerie haut de gamme.

Le taux de rendement des dividendes moyen relatif à 2015 ressort à 4%. Sur 56 sociétés ayant rémunéré leurs actionnaires, 36 ont fait mieux que la moyenne et 6 secteurs sur 18 ont surperformé le marché. Maroc Telecom qui devrait distribuer un dividende de 6,40 DH par action offre un taux de rendement de 4,8% sur la base d’un cours de 131,55 DH au 16 mai. Le secteur des matériels, logiciels et services informatiques offre l’un des taux de rendements les plus élevés de la cote, soit 6,14%. Exemple, Disway affiche un taux de rendement de 7,5% pour un dividende de 20 DH par action. Aussi, Microdata compte distribuer un bénéfice de 12,50 DH, offrant ainsi un taux de rendement de 9% Le secteur bancaire rémunère quant à lui à 2,92%, un niveau en deçà de la moyenne du marché. CIH et BMCI offrent les dividend yield les plus élevés du secteur. CIH compte verser à ses investisseurs 14DH par action, soit un taux de rendement de 5%, et BMCI qui va distribuer 30 DH de dividende offre un taux de rendement de 4,8%.