La première année baissière du marché des actions…depuis 2002 !

Le Masi a clôturé l’année sur une baisse de près de 13%. La capitalisation boursière a fondu de 51 milliards de DH par rapport à  2007.
De bons résultats pour les sociétés cotées et des introductions en Bourse pourraient relancer un marché à  propos duquel beaucoup craignent une reprise en 2010 seulement.

Après une performance de 17,7%atteinte le 13 mars dernier, personne n’envisageait que la Bourse de Casablanca allait terminer l’année 2008 dans le rouge. Certains analystes financiers et responsables de la Bourse avançaient même que le marché allait achever l’année sur une note positive d’aumoins 20%. L’impensable s’est pourtant produit et la place casablancaise a clôturé l’exercice avec une contre-performance de près de 13% (variation annuelle du Masi au 30 décembre), soit une capitalisation boursière qui s’est effritée de 51 milliards de DH. 2008 devient ainsi la première année baissière après cinq ans de croissance continue, soit depuis 2002. Il faut dire que pendant les trois premiersmois de l’année la Bourse de Casa était encore sur sa lancée spectaculaire entamée il y a deux ans, dopée par la succession des introductions en Bourse, les bons résultats des sociétés cotées et le regain de confiance des investisseurs.Le 13mars, et au vu du comportement du marché par la suite, tout prête à croire que la place avait atteint son pic de croissance. La preuve : durant les sixmois qui ont suivi, les cours ont évolué en dents de scie, sans aucune tendance claire.C’est que l’attentisme s’est emparé des investisseurs.

La séance du 15 septembre a marqué le début de la crise
Personne ne le disait officiellement mais pratiquement tous les professionnels le pensaient, les cours avaient en effet atteint des niveaux de valorisation très élevés. «L’euphorie du marché durant des années masquait en quelque sorte la déconnexion de cours des fondamentaux des sociétés cotées. Cette situation a entrainé le marché dans une phase d’hésitation qui a duré jusqu’à début août», analyse Kamal Bennani, directeur commercial d’Orange Asset Management.
A cela s’ajoute la suppression des avantages fiscaux qui étaient accordés aux institutionnels, mesure prise dans le cadre de la Loi de finances 2008 qui ne les encourageait plus à accompagner le marché sur le long terme, et la mise en place du nouveau système de cotation de la Bourse qui ne permettait plus aux petits porteurs de connaître les prises de positions des gros investisseurs (anonymat des ordres et des transactions). L’attentisme a fini ensuite par céder la place à un mouvement de panique généralisé. La séance du 15 septembre a marqué en effet le début de la crise et le marché a chuté en trois jours de près de 9%.Malgré les quelques séances haussières qui ont suivi l’inscription de la Bourse dans une tendance baissière de fonds était palpable, puisque les cours finissaient toujours par dégringoler.
Contamination psychologique par la crise financière internationale, impact de l’affaire des ventes à découvert soupçonnée d’avoir causé la chute du marché, et par la suite l’éclatement du scandale de la fuite d’informations confidentielles sur les ordres de Bourse à cause d’une défaillance dans le nouveau système de cotation, ce sont là autant d’éléments qui ont contribué à la baisse.Les programmes de rachat d’actions, qui étaient censés soutenir le marché en cette période difficile, ont en plus été bloqués à cause de la notion de cours minimum d’achat.
Résultat : 64 valeurs sur les 77 de la cote ont vu leurs cours baisser, et les principales capitalisations qui maintenaient le marché à la hausse auparavant ont fini par le plonger. Addoha etAttijariwafa bank sont, selon les analystes, les plus gros contributeurs à la chute du marché, vu leur taille, avec des contre-performances de -34,8% et -12,3%.D’autres grosses capitalisations ont aggravé la tendance, notamment le CIH (-33,3%), Lafarge Ciments (-21,9%), la CGI (-9,5%) et l’Ona (-17%).
Dans le palmarès des plus importantes baisses, les pertes vont jusqu’à -70%, notamment pour Mediaco qui a chuté de 68,7%. Le secteur informatique a été le plus touché, des baisses importantes, allant de -55%à -65%, ayant concerné cinq des six sociétés qui le forment.
Ces contre-performances auraient pu impacter davantage lemarché si ce n’est une dizaine de titres qui ont pu limiter les dégâts en évoluant positivement. Il s’agit principalement deMarocTelecom (+6,1), Afriquia Gaz (+23,9%) et les valeurs du secteur agroalimentaire (+38% pour Cosumar et +36,1% pour Lesieur).
Pour l’année 2009, plusieurs professionnels estiment que le marché ne réussira pas à sortir de sa tendance baissière, à moins que d’importantes introductions et de bons résultats annuels ne parviennent à rétablir la confiance des investisseurs au milieu de l’année.Beaucoup pensent qu’une reprise pérenne de la Bourse n’interviendra qu’en 2010, quand les scandales qui ont frappé la place seront oubliés, quand les fondamentaux rattraperont les cours et quand les effets de la crise sur les sociétés cotées seront quantifiés.