La flambée des métaux risque de perdurer

28% de hausse pour l’or et 32% pour l’argent métal depuis le début de l’année. Pour les analystes, même si cette flambée est purement spéculative, elle va se poursuivre.

Les cours de l’or et de l’argent ne cessent d’aligner des records sur les marchés internationaux. Le métal jaune était, au 16 septembre, à plus de 1 800 dollars l’once, soit une hausse de 28% depuis le début de l’année et de 41% sur une année glissante. Celui de l’argent dépasse actuellement les 40 dollars l’once, soit une performance de 42% par rapport à fin 2010 et de 95% sur 12 mois. Cette envolée résulte d’un engouement particulier des investisseurs pour les métaux précieux. En effet, dans un contexte mondial marqué par la persistance de la crise des dettes publiques et les soulèvements populaires dans les pays de la région Mena, les capitaux s’orientent, chaque jour davantage, vers le marché des matières premières, spécialement celui des métaux.

Ce n’est, de fait, nullement la situation du marché physique des métaux qui explique l’envolée des cours. Si pour l’or, la demande dépasse certes l’offre sous l’effet de la constitution de réserves par les banques centrales et du développement économique que connaissent certains pays (Chine et Inde notamment), ce qui pourrait expliquer une partie de la hausse du prix du métal, pour l’argent, le marché physique est carrément en surproduction compte tenu de l’abondance de ce métal par rapport aux besoins industriels. Cela se passe donc uniquement sur les marchés financiers. Les contrats à terme sur l’or et l’argent sont en effet cotés en Bourse, et les spéculateurs les achètent et les revendent à volonté, sans viser la livraison du stock adossé aux contrats quand ils arrivent à échéance. Avec la chute des marchés actions, en raison des craintes sur les banques cotées qui détiennent la dette des pays fragiles de la Zone euro, et la forte volatilité des taux obligataires qui réagissent à la moindre rumeur ou dégradation des notes souveraines, les investisseurs se ruent sur ces «valeurs refuge», que sont les contrats d’or et d’argent et augmentent artificiellement leurs prix, au point de déconnecter leur cotation par rapport au marché physique des métaux. A cela s’ajoute l’affaiblissement du billet vert qui rend les matières premières, libellées en dollar, plus attractives pour les détenteurs d’autres devises. Selon une banque d’affaires suisse, la demande d’investisseurs spéculatifs sur les métaux a bondi de 47% en 2010 et la tendance se maintient en 2011.

Pour nombre d’analystes, il s’agit bien d’une bulle qui se forme autour de l’or et de l’argent. Une bulle qui, par définition, peut éclater à tout moment. Cependant, la poursuite de l’affaiblissement du dollar, les menaces persistantes de crises souveraines en Europe et les troubles politiques qui perdurent dans certains pays de la région Mena devraient permettre à la tendance haussière des cours de se maintenir encore longtemps.  Certains banquiers prévoient un cours de plus de 2 000 dollars l’once pour l’or et de plus de 50 dollars pour l’argent avant la fin de l’année.