La dette bancaire moyenne des ménages en hausse de 5,4%

Elle s’établit à 40700 DH à fin 2015, selon la dernière enquête de BAM.Le poids des salariés et fonctionnaires des régions de Casablanca et Rabat recule dans la production des crédits à l’habitat. 73% des crédits à la consommation ont profité aux personnes âgées de plus de 40 ans.

Bank Al-Maghrib a réalisé sa 11e enquête annuelle sur la dette bancaire des ménages, sous forme de crédits à l’habitat et à la consommation, auprès des banques et des sociétés de crédit à la consommation. Ses résultats donnent des informations riches sur l’endettement des ménages et l’évolution de ses différentes caractéristiques, obtenus à partir d’un échantillon composé de 9 banques et 11 sociétés de crédit à la consommation, représentant 99% des parts de marché sur les deux segments de crédit concernés.

Ainsi, l’encours de la dette bancaire des ménages s’est élevé à 297 milliards DH à fin décembre 2015, marquant une hausse de 5,1% contre 4,8% en 2014. Il est porté à la fois par l’augmentation des crédits à l’habitat et à la consommation. Notons que l’encours de la dette des ménages pèse près de 36% des concours des établissements de crédit, contre 35% une année auparavant. Rapporté au PIB, il représente 30%, en retrait d’un point par rapport à son niveau de 2014. La part du crédit à la consommation dans l’endettement bancaire des ménages s’est maintenue à 36% et celle du crédit à l’habitat à 64%. Les banques portent près de 85% de ces créances, au même niveau que celui de l’année précédente.

Ainsi, le niveau d’endettement moyen par ménage, qui a doublé sur les dix dernières années, a poursuivi sa tendance haussière en s’établissant, à fin décembre, à 40700 DH contre 38 600 DH une année auparavant ; soit une hausse de 5,4%.

Le nombre de bénéficiaires de crédit logement en baisse

En détail, dans le crédit à l’habitat, ce segment n’a pas brillé en termes de production en 2015, malgré la baisse significative des taux d’intérêt. En effet, la production a accusé un recul de 1,6%, soit l’équivalent de près de 27 milliards de DH, après une hausse de 12% une année auparavant. Ce repli qui cache des évolutions contrastées des établissements bancaires a concerné principalement les prêts encouragés par l’Etat. Suivant la même tendance baissière, le nombre des bénéficiaires a diminué de 9%, à près de 74 200 clients, traduisant une baisse de 9% pour les prêts libres et de 10% pour les prêts encouragés par l’Etat. Il en résulte un montant moyen de crédit de 362 000 DH, en hausse de 26 000 DH d’une année à l’autre. Ainsi, l’encours brut du crédit à l’habitat s’est établi à 189,4 milliards DH, en hausse de 4,6% contre 6,7% une année auparavant. Sur ce total, l’encours brut des prêts libres, représentant une part de 80%, a marqué une hausse de 4,6%, contre 5,2% en 2014. Pour leur part, les prêts encouragés par l’Etat ont vu leur encours se bonifier de 4,6%, faisant suite à une progression de 13,4% en 2014. Ils se sont ainsi établis à 37,1 milliards de DH, dont près de 19,6 milliards au titre des prêts garantis par les fonds FOGALEF -destinés à financer l’accès à la propriété des adhérents de la Fondation Mohammed VI de Promotion des Œuvres Sociales de l’Education-Formation- et FOGALOGE -Prêts au logement en faveur du personnel du secteur public-, 13,5 milliards au titre des prêts garantis par le fonds FOGARIM -pour les ménages à revenus irréguliers et modestes- et 4 milliards de DH au titre du programme de l’Habitat Bon Marché.

La part des crédits assortis de taux fixe s’est de nouveau accrue pour ressortir à 98% en termes de production, soit 3 points de plus par rapport à l’année passée et à 89% en termes d’encours, en hausse de 5 points. Pour sa part, le taux d’intérêt moyen appliqué au crédit à l’habitat a marqué un nouveau repli de près de 20 points de base, à 5,21%, après une baisse de 5 points de base enregistrée en 2014. Ainsi, près de 70% des crédits ont été accordés à un taux inférieur à 6% contre 63% une année auparavant.

Par ailleurs, Bank Al Maghrib a procédé à l’analyse du profil des bénéficiaires du crédit à l’habitat selon 4 critères, dont l’âge. A l’image des années précédentes, les personnes âgées de plus de 40 ans ont été à l’origine de près de 64% des dossiers de crédit à l’habitat en 2015, contre 29% pour les personnes âgées de 30 à 40 ans. Les personnes ayant moins de 30 ans représentent le reste. Le deuxième critère est celui du revenu. Les personnes percevant un revenu inférieur à 4 000 DH ont bénéficié de près de 32% des crédits distribués en 2015, en baisse de 6 points par rapport à l’année précédente. En revanche, les personnes ayant un revenu compris entre 4 000 et 10000 DH, ont vu leur part s’accroître de 4 points, à 38% contre 2 points à 30%, pour la catégorie qui perçoit un revenu supérieur à 10 000 DH.

En se basant sur le critère socioprofessionnel, l’on constate que les salariés et les fonctionnaires continuent de constituer les catégories qui recourent le plus au crédit avec des parts respectives de 46%, contre 51% en 2014 et de 33%, contre 35% une année avant. La catégorie des commerçants et artisans a vu, quant à elle, sa part augmenter de 8 points, à 14%. Enfin, l’analyse du profil des bénéficiaires selon la répartition géographique, permet de constater une poursuite de la concentration des prêts au niveau des régions de Casablanca à 36% contre 33% une année auparavant, et de Rabat à 18% contre 16% en 2014.

Les banques de plus en plus agressives sur le crédit à la consommation

Au niveau du segment des crédits à la consommation, la tendance favorable s’est poursuivie en 2015, soutenue par une évolution maîtrisée des prix à la consommation, tirant profit de la bonne dynamique constatée au niveau des transferts des MRE et de la réalisation d’une campagne agricole exceptionnelle. Ainsi et après une légère reprise en 2014, le crédit à la consommation a connu une progression plus importante, son encours brut ayant augmenté de 5,8%, à 107 milliards de DH. Cette tendance est plus importante chez les banques que chez les sociétés de crédit à la consommation.

Au même titre que le crédit à l’habitat, le suivi du profil des bénéficiaires du crédit à la consommation est effectué sur la base de l’âge, le revenu, la catégorie socioprofessionnelle et la résidence. Selon l’âge, les personnes ayant plus de 40 ans ont bénéficié de près de 73% des crédits octroyés en 2015, contre 20% pour les personnes âgées de 30 à 40 ans. Celles ayant moins de 30 ans ont un taux de détention encore très faible, soit 7%.

Du point de vue revenu, les personnes percevant un revenu inférieur à 4000 DH ont bénéficié de près de 46% des crédits, en repli de 2 points par rapport à 2014. Cette baisse a bénéficié aux personnes ayant un revenu compris entre 4 000 et 10 000 DH, dont la part s’est accrue d’un point à 35% et à celles ayant un revenu supérieur à 10 000 DH, dont la part s’est élevée à 19%, en hausse d’un point également.

Pa ailleurs, l’analyse en fonction du critère socio-professionnel démontre que les salariés et les fonctionnaires ont disposé, en 2015, de 39% et 36% des crédits, contre 39% et 37% en 2014. La part des autres catégories socioprofessionnelles s’est accrue d’un point à 7% pour les commerçants et artisans et à 13% pour les retraités.

Enfin, il apparaît que selon la localisation géographique, les bénéficiaires des crédits à la consommation demeurent concentrés au niveau des agglomérations urbaines de Casablanca (30%), Rabat (23%) et Marrakech (10%).

L’encours des créances en souffrance détenues sur les ménages a progressé de 0,8%, à 22,2 milliards de DH contre 12,2% une année auparavant. Ces créances ont été couvertes par les provisions à hauteur de 70% contre 67% en 2014. Le taux de risque sur les ménages s’est par conséquence amélioré, passant de 7,8% à 7,5%, à la faveur d’une baisse du taux de risque de 6,4 à 6,1% pour le crédit à l’habitat et de 10,4 à 10% pour le crédit à la consommation. L’amélioration a concerné aussi bien les ménages résidents qui ont vu le taux de risque diminuer de 7,7 à 7,4% que les MRE, dont le taux de risque a baissé de 8,7 à 8,2%. Pour les banques, l’encours des créances en souffrance sur les ménages a augmenté de 3,3%, à 16,8 milliards de DH, en nette décélération par rapport au niveau de 2014 qui était de 20%. Par conséquent, le taux de risque a légèrement baissé à 6,7%.

BAM a suivi les mesures prises par les établissements de crédit pour se mettre en conformité avec les dispositions de la loi n°31-08 relative à la protection du consommateur. Elle a également contribué à la mise en place des textes régissant certaines dispositions de cette loi couvrant le secteur bancaire, notamment celles portant sur la question de l’endettement. Ses travaux ont porté sur les dispositions visant, entre autres, à assurer une information appropriée et claire du consommateur sur les produits financiers qu’il utilise, à garantir sa protection quant aux clauses contenues dans les contrats de consommation, notamment les clauses abusives et celles relatives aux services financiers, aux crédits à la consommation, aux ventes à distance et aux démarchage. De plus, Bank Al-Maghrib a activement contribué à l’élaboration de six textes réglementaires relatifs aux modèles-types des offres préalables de crédit et des bordereaux détachables de rétractation, au taux maximum des intérêts de retard ; à la méthode de calcul de la valeur actualisée des loyers non encore échus ; au montant des frais d’étude du dossier et au montant de l’indemnité exigée au titre des intérêts non échus en cas de remboursement par anticipation.

Loubna Chihab