La Bourse de Casablanca toujours en crise

Après un plus haut de 5,8% à  fin mars, le MASI replonge à  1,5%. Les volumes s’effritent de plus en plus, que les cours soient en hausse ou en baisse. Les particuliers absents, les institutionnels locaux limités dans leur capacité et les étrangers peu actifs.

La Bourse de Casablanca est encore loin d’avoir redécollé. Malgré quelques rebonds ponctuels, les indices ne cessent de s’enfoncer et les transactions de s’affaiblir. En effet, après un plus haut de 5,8% enregistré à fin mars, notamment grâce à l’optimisme des investisseurs qui tablaient sur des résultats annuels 2013 en hausse, le MASI a repris son trend baissier pour clôturer la séance du 22 juillet sur une performance de 1,5% seulement. En cause, essentiellement, les bénéfices des sociétés cotées qui ont enregistré un recul plus important que prévu par les professionnels les plus pessimistes.
Dans ce contexte, les analystes qui étaient autrefois divisés sur la solidité de la reprise affichée depuis fin 2013, sont aujourd’hui unanimes à affirmer que la place est toujours en crise. Ils sont confortés en cela par la faiblesse des volumes traités. En effet, le volume moyen quotidien enregistré depuis le début de l’année affiche une baisse de 24,5% par rapport à la même période de l’année dernière qui, elle-même, était en recul par rapport à 2012.

En fait, la bourse n’intéresse plus grand monde. En effet, les particuliers sont quasiment absents et n’agissent que lorsqu’il y a des opportunités certaines; les institutionnels, de par l’obligation réglementaire de constituer une partie de leurs portefeuilles titres en actions, limitent actuellement leurs interventions à des activités d’arbitrage, et les étrangers représentent une faible part dans les échanges quotidiens. Les professionnels tablaient sur un regain d’intérêt de cette dernière catégorie d’investisseurs, notamment avec le relèvement du poids du Maroc dans l’indice mondial des pays émergents. Ce qui devait aussi encourager les investisseurs locaux à revenir sur le marché. Mais peu d’intérêt a été manifesté pour la place jusqu’à présent. En même temps, la lenteur de la reprise économique à l’échelle nationale ne favorise pas un retour de la confiance au niveau de la bourse.
Il faut noter par ailleurs qu’en dépit de la baisse des cours qui dure depuis 2008, la Bourse de Casablanca n’a toujours pas atteint un niveau de valorisation attractif. Elle traite à un PER de 17,5 alors qu’il est de 11 en Turquie et de 14,5 en Tunisie. Même la Bourse du Caire dont l’indice s’est envolé de plus de 20% depuis le début de l’année demeure moins chère avec un PER de 15,2. Le directeur d’une société de bourse nuance : «Historiquement, la bourse a traité à des multiples beaucoup plus bas que les niveaux actuels. Toutefois, la valorisation d’aujourd’hui est plus intéressante que celle observée pendant les années fastes de la bourse, vu la dégringolade des cours à un rythme plus élevé que les bénéfices». Par ailleurs, certains secteurs sont plus porteurs actuellement que d’autres (voir encadré).

Trois introductions en bourse en cours de préparation

Jusqu’à quand cette léthargie ? Certains professionnels parlent des introductions en bourse comme éléments indispensables à une reprise durable. Selon l’un d’entre eux, «le marché devrait accueillir des opérations de taille pour que les investisseurs locaux et étrangers reprennent confiance en la capacité du marché à attirer les gros émetteurs en quête de financements. Aussi, les IPO devraient leur proposer une alternative aux valeurs actuelles» puisque, il faut le dire, les projecteurs du marché sont braqués sur une dizaine de valeurs, considérées comme des locomotives. En tout cas, les bruits qui courent font état de trois opérations d’introduction qui pourraient se réaliser dans les 6 à 12 mois à venir.

Une performance de 5,7% attendue à fin septembre

D’autres opérateurs ne partagent pas cet avis. Ils estiment que les introductions en bourse ne doivent en aucun cas constituer une condition pour la reprise du marché. «Elles doivent représenter un déclencheur seulement aux yeux des investisseurs. Si le redressement du marché n’est basé que sur ce genre d’opérations, on assistera encore une fois à des comportements spéculatifs de la part de particuliers et à de simples transactions de la part d’institutionnels marocains et étrangers, comme c’est le cas actuellement». Or, le principal chantier que doivent mener les autorités de tutelle concerne l’élargissement et la fidélisation de la base des petits porteurs pour un investissement en bourse à long terme. Un objectif qui ne peut être atteint qu’à travers la mise à la disposition de l’ensemble des acteurs des produits financiers plus développés.

D’où l’urgence d’accélérer les réformes engagées depuis des années, à l’instar de la mise en place du marché à terme et du prêt-emprunt de titres. Si ces produits existaient déjà en 2006 et 2007, le marché n’aurait pas enregistré l’envolée des cours de l’époque, encore moins la chute qui dure depuis 2008.
Par ailleurs, certains produits lancés il y a quelques années déjà dans le but d’attirer les particuliers vers la bourse n’ont pas connu le succès escompté et ont ainsi besoin d’un remodelage. Allusion faite au plan d’épargne actions qui n’a pas été confectionné tel que certains professionnels l’ont proposé. Même si elles sont conscientes de cet échec, les autorités de tutelle tardent à revoir le mécanisme.
Dans ces conditions pour le moins difficiles, les analystes ne souhaitent plus vraiment se livrer au jeu des pronostics. Il est donc difficile d’anticiper l’évolution du marché sur les prochains mois. Une chose est toutefois certaine : les volumes devraient rester faibles tant que les investisseurs auront adopté cette attitude d’attentisme. Cela dit, les analystes sceptiques considèrent que le marché devrait poursuivre sa tendance baissière empruntée depuis 2008 vu qu’il n’existe aucun signe de reprise. «La conjoncture économique n’est pas au beau fixe, les introductions en bourse se font toujours attendre, les réformes législatives prennent du retard et les résultats des sociétés cotées ne devraient pas être très encourageants. Je ne vois pas comment la bourse pourrait renverser sa tendance pendant le reste de cette année», se désole l’un d’entre eux.

Une poignée d’analystes demeurent tout de même optimistes. Ceux d’Upline Securities estiment que, pendant le second semestre, l’arbitrage en faveur du marché actions devrait être de mise grâce à la baisse tendancielle des taux des bons du Trésor, conséquence de l’amélioration des finances publiques.
Ils mettent en avant également la situation macroéconomique dans sa composante non agricole qui est en phase de redressement ainsi que la reprise des investissements publics. Pour la société de bourse, le MASI devrait atteindre à fin septembre 9 640 points, ce qui devrait hisser sa performance depuis le début de l’année à 5,77%.