Investissez dans les Å“uvres d’art, leur prix peut tripler en quelques années

Mahi Binebine, Fouad Bellamine, Mohamed Kacimi…, certaines signatures ont vu leur cote exploser en moins d’un an. D’autres noms sont prometteurs. La demande pressante et la production créent les conditions d’une flambée des prix. Photographies, sculptures… d’autres techniques prennent de la valeur.

C et été, un événement atypique a mis en émoi le microcosme artistique marocain. Les faits remontent à juin dernier. Lors d’une vente aux enchères, une œuvre de Mahi Binebine, peintre sculpteur, a pulvérisé la barre du million de dirham…

Une première et un ordre de prix que l’on pensait impraticable sur le marché de l’art marocain, il y a quelques années encore. Feu de paille ou tendance lourde ? Cette transaction est-elle annonciatrice d’une nouvelle donne sur ce marché ?

A en croire les connaisseurs, une production artistique limitée et une demande de plus en plus pressante constituent, aujourd’hui, les ingrédients d’une flambée des prix. «La valeur globale du marché sera multipliée par 10 dans quelques années», prédit Aziz Daki, critique d’art et commissaire d’exposition. L’expert juge même «risibles» les niveaux de prix actuels. C’est dire qu’il est particulièrement opportun de faire aujourd’hui des placements dans l’art. Les professionnels de la gestion de patrimoine l’ont bien compris, qui donnent de plus en plus à leur clientèle le conseil d’investir dans des toiles de maître.

Reste encore à savoir où investir quand on est profane. Sur quel artiste miser ? Quelles œuvres choisir ? Quelles sont les règles pour être assuré d’une bonne rentabilité ? Quels sont les pièges à éviter ?

Les signatures historiques comme valeurs de fonds de portefeuille
Premier conseil de professionnel : pour peu que l’on mise sur les bons artistes, investir dans l’art est toujours gagnant. Les galeristes l’assurent, la toile d’un artiste de renom ne peut pas perdre de sa valeur. Voilà qui change du yoyo boursier (voir page 58) ! C’est le contraire qui se passe dans ce domaine, et de manière spectaculaire. «Nous avons connu sur les 5 dernières années des augmentations prodigieuses.

La cote de certains artistes a doublé, voire triplé en moins d’un an ou d’un an et demi», témoigne Hicham Daoudi, gérant de la Compagnie Marocaine des Œuvres et Objets d’Art (CMOOA), à Casablanca.

Qui sont précisément les artistes les plus cotés ? De manière schématique, le marché comprend deux catégories de peintres. Les peintres historiques et ceux dits de seconde génération. Les premiers tirent leur légitimité de leur statut de pionnier.

Il s’agit pour ne nommer que les plus connus de Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui, Miloud Labied, Farid Belkahia, Saad Bencheffaj, Hassan El Glaoui ou encore André El Baz. Leurs œuvres s’échangent à des prix atteignant parfois six chiffres, et sont à considérer en terme de placement, comme des valeurs de fonds de portefeuille. A noter qu’il existe des artistes historiques non encore reconnus. Une fois dénichés, les prix de leurs œuvres devraient exploser.

Globalement, les peintres historiques ont déjà concrétisé une grande partie de leur potentiel de croissance. Le renchérissement de leur valeur s’opérera donc de manière relativement lente dans les années à venir.

Recelant beaucoup plus de marge de croissance, les œuvres des peintres de seconde génération devraient connaître des augmentations de prix d’autant plus rapides. Il s’agit notamment des Mahi Binebine, Fouad Bellamine, Mohammed Kacimi et autre Abdelkbir Rabi.

A côté de ces deux catégories de base, on trouve des noms qualifiés de prometteurs. Ceux-ci invitent d’ailleurs à explorer d’autres pistes que la peinture.
L’avenir est à la photographie et à d’autres nouveaux supports, selon M. Daoudi. Le gérant cite notamment Hassan Chair, Safa Rouass, Hassan Darssi, Amina BenBouchta, Hicham Bnouhoud ou encore Hassan Hajjaj. Des artistes dont les œuvres, pour l’heure, valent entre 30 000 et 50 000 DH, mais qui devraient progresser très rapidement.

Mais, qu’elle soit historique, plus récente ou simplement prometteuse, la signature n’est pas tout. «Chaque œuvre est à considérer qualitativement, indépendamment du nom de l’artiste», explique M. Daoudi. Du moins, sa valeur sera déterminée comme telle.

Les relations publiques sont nécessaires pour déceler les tendances
Mais l’on n’en est pas à cette subtilité près. Car, s’il est attrayant, le marché de l’art est aussi très atypique. Pour y investir il est donc nécessaire d’obéir à certaines règles. Paradoxalement, se focaliser sur le gain est une stratégie perdante, de l’avis de plusieurs conseillers.

Il faut avoir un intérêt réel pour l’art. «On peut boursicoter sans être financier, on peut acheter de l’immobilier sans être promoteur, mais il vaut mieux ne pas acheter de l’art si on n’y goûte pas», résume Abderahman Saâïdi, gérant de la maison de vente aux enchères Memo Arts, à Casablanca. Mis à part la conviction et le plaisir qu’il apporte, l’achat coup de cœur permet aussi de se prémunir contre les faussaires. Ces derniers connaissant bien les préférences des spéculateurs.

En tout cas, qu’il s’agisse d’achat rationnel ou à l’émotion, il faut essayer de suivre la tendance. A ce titre, les œuvres à succès peuvent être plus ou moins anticipées. A noter que, pour l’heure, ce sont «les peintures décoratives qui ont la faveur du public, mais ce sont les œuvres génératrices d’émotions qui devraient être de plus en plus prisées», révèle M. Daoudi.

Qu’est-ce qui fait donc la tendance, et comment l’anticiper ? «Tout est question de relations publiques», selon M. Saâïdi. Pour peu que sa peinture soit valable, un artiste est propulsé dès qu’il se fait une réputation, explique-t-il.

Et pour être au courant des noms les plus en vue, il est indispensable de se maintenir informé. Assister aux expositions, aux ventes aux enchères et se constituer une culture artistique doit aller de pair avec l’acte d’investir.

En plus de toutes ces spécificités, le marché de l’art présente des difficultés d’ordre structurel. Peu transparent et confrontant peu d’acheteurs à peu de vendeurs, «le marché de l’art marocain ne rassemble pas les conditions d’un marché de concurrence pure et parfaite», estime M. Saâïdi. La liquidité des biens échangés en pâtit, mais pas seulement.

En fait, «le prix d’une transaction n’est pas la cote», estime un gérant de galerie à Casablanca. Il en ressort une difficulté à valoriser telle ou telle signature, les prix auxquels sont opérées les transactions étant très erratiques.

L’offre et la demande sont menacées à long terme
Des avancées, le marché de l’art au Maroc en a pourtant accomplies. «Bien du chemin a été parcouru depuis les escroqueries qui étaient courantes jusque dans les années 80. Le marché a beaucoup gagné en crédibilité, suscitant un énorme engouement du public», résume M. Daoudi. La demande s’est consolidée, d’où la tendance haussière des prix.

C’est en termes de perspectives que l’on manque de visibilité. L’avenir n’est pas rose, de l’avis de certains professionnels, offre et demande étant menacées.
D’une part, la demande arrivera nécessairement à saturation, une fois toute la clientèle potentielle équipée. L’essoufflement de la demande intérieure ne pourra même pas être compensé par un éventuel marché international, les œuvres marocaines ayant beaucoup de mal à s’exporter, pour des considérations légales notamment.

A ce titre, et selon plusieurs professionnels, les taxes à l’import et à l’export des œuvres d’art gagneraient à être allégées. La réglementation douanière et les procédures administratives se doivent également d’être assouplies pour faciliter l’ouverture à l’international. A noter que la TVA à l’importation des œuvres d’art est de 20% contre une moyenne de 3,5 à 5% dans le monde. Selon M. Daoudi, «il faudrait créer un cadre juridique approprié, que l’on pourrait calquer sur le modèle français ou anglais, car les deux pays ont une gestion intelligente du patrimoine artistique».

Scénario inverse et tout aussi plausible, le réservoir d’œuvres d’art disponible au Maroc s’appauvrirait davantage, tirant les prix à la hausse.Très particulier et excercé en environnement peu transparent, l’investissement en art est donc plutôt épineux.

Se faire conseiller est donc particulièrement indiqué. Cette prestation est généralement fournie par les galeries d’art. Les spécialistes qui les gèrent se tiennent prêts à renseigner le collectionneur amateur. Une manière comme une autre de développer un rapport de confiance et de fidéliser une clientèle sur le long terme, explique Sofia Tebba, gérante de la galerie «Noir sur Blanc», à Marrakech.