Investir tout en faisant du caritatif, le pari des fonds éthiques

Cinq OPCVM gérés par Wafa Gestion et BMCE Capital reversent tout ou partie
de leurs gains à  des Å“uvres caritatives.
Trois investisseurs sont ciblés :
les souscripteurs donateurs, passifs, et de partage.
Frais, modes
de gestion…,
tout ce qu’il faut savoir sur
ces fonds.

Peut-on faire fructifier son épargne tout en Å“uvrant pour une bonne cause ? Il existe une catégorie d’investisseurs et d’épargnants qui attachent de l’importance à  ce qu’une partie de leurs gains aillent dans des actions caritatives. Et pour les satisfaire, les financiers ont inventé ce qu’on appelle les «fonds éthiques». Il s’agit d’Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) ayant pour objectif d’affecter la totalité ou une partie des revenus réalisés à  des Å“uvres caritatives ou actions d’intérêt général (solidarité, social, santé, éducation, environnement…). Ces fonds sont gérés par les sociétés de gestion de la même manière que les fonds ordinaires.

Au Maroc, les fonds éthiques existent depuis 1996. S’ils ressemblent beaucoup aux OPCVM ordinaires, les fonds éthiques présentent quelques particularités qu’il convient de connaà®tre.

Wafa Gestion et BMCE Capital sont les seuls à  investir ce créneau
Aujourd’hui, les fonds éthiques de la place sont au nombre de cinq, dont quatre gérés par Wafa Gestion, filiale du groupe Attijariwafa bank. FCP Cap Al Moucharaka est le premier OPCVM humanitaire que la société de gestion a mis en place. Créé en novembre 1996, il est investi au moins à  hauteur de 85% en actions cotées à  la Bourse de Casablanca. Sa durée de placement recommandée est de 4 à  5 ans et sa politique d’affectation des résultats est la capitalisation des revenus (dividendes et intérêts). Le fonds a réalisé une performance de 154% sur deux années glissantes en date du 26 octobre 2007.

Attakafoul est le deuxième fonds éthique de Wafa Gestion. Il est également investi en actions de sociétés cotées et a un horizon de placement de 5 ans. L’affectation des résultats se fait en revanche par une distribution annuelle. Cet OPCVM a enregistré une performance de plus de 317% sur deux années glissantes.

Ces deux OPCVM ont la particularité de respecter les préceptes de l’islam. En effet, ils sont investis exclusivement dans les titres de sociétés ayant des activités industrielles ou commerciales portant sur la fabrication de produits licites (la production de boissons alcoolisées, par exemple, est bannie). De même, ils excluent les sociétés opérant dans le secteur bancaire et financier ainsi que les instruments de taux générateurs d’intérêts.

L’autre fonds éthique d’Attijariwafa bank, FCP Cap Générosité, est classé dans la catégorie «diversifié» puisque investi à  hauteur de 60% maximum en actions, le reste étant placé dans les obligations et autres titres de créances négociables. Sa durée d’investissement recommandée est de 4 ans minimum et l’affectation des résultats se fait par distribution annuelle des revenus. Sa performance sur deux années glissantes s’est établie à  315,9%, soit l’une des meilleures réalisations de la place.

Enfin, FCP Cap Solidarité, quatrième fonds de Wafa Gestion, est investi principalement dans les bons du Trésor à  moyen et long terme et recommande une durée de placement de 3 ans minimum. L’affectation des résultats se fait par distribution annuelle. La progression qu’a réalisée cet OPCVM sur deux années glissantes est de 4,8% seulement. Elle s’est effritée suite au renversement de tendance qu’a connu le marché obligataire depuis le début de l’année 2007.

Quant au cinquième fonds éthique de la place, il est géré par BMCE Capital Gestion. Baptisé FCP Medersat.com, il est adossé à  la Fondation BMCE Bank dans le cadre du programme des écoles communautaires rurales. Le fonds est diversifié (60% maximum en actions). La durée minimale de placement recommandée est de 2 ans et la politique d’affectation des revenus se base sur la distribution annuelle. Sa performance sur deux années glissantes s’est établie à  246%.

Hormis ces deux sociétés de gestion, aucune autre ne commercialise des fonds à  vocation humanitaire.
Trois profils d’investisseurs sont visés
Les fonds éthiques visent trois types d’investisseurs. Les premiers sont dits «souscripteurs donateurs». Ils s’engagent à  céder irrévocablement la totalité du montant investi ainsi que les plus-values réalisées aux fondations et associations caritatives associées aux OPCVM concernés. Ces institutions procèdent périodiquement à  des appels de fonds lorsqu’elles ont besoin de financement.

Deuxième type d’investisseurs, ceux qu’on appelle les «souscripteurs de partage». Ils s’engagent à  verser aux fondations la totalité ou une partie des dividendes distribués par les OPCVM et/ou les plus-values réalisées à  l’occasion de tout rachat. Ils restent cependant propriétaires des parts souscrites. Au moment de la souscription, ils peuvent choisir entre deux options. La première, dite «partage total», consiste à  autoriser expressément la société de gestion à  prélever et à  verser aux associations caritatives la totalité des dividendes distribués et/ou la totalité des plus-values réalisées à  l’occasion de tout rachat. La deuxième option, dite de «partage partiel», permet aux souscripteurs de n’autoriser la société de gestion à  prélever qu’une partie des dividendes distribués et/ou des plus-values réalisées à  l’occasion des rachats. La proportion à  prélever est à  définir au moment de la souscription.

Troisième type d’investisseurs, les souscripteurs dits «passifs». Ces derniers peuvent en effet ne rien reverser aux fondations et associations (ni capital, ni dividendes, ni plus-values). Cela dit, ils contribuent tout de même au financement de ces institutions car les sociétés de gestion reversent à  ces dernières une partie des frais de gestion.

Par ailleurs, il faut savoir que ces trois types de souscripteurs ne sont pas admis par tous les fonds éthiques de la place. En effet, certains OPCVM n’acceptent que les souscripteurs donateurs, d’autres peuvent intégrer uniquement les souscripteurs de partage total. Il convient donc de se renseigner avant de souscrire.
Frais et commissions varient entre 0% et 3%

Quid des autres frais ? Attakafoul, Cap générosité et Cap solidarité de Wafa gestion n’appliquent aucune commission de souscription ou de rachat. Seuls les frais de gestion sont facturés. Ils sont de 1,5% des parts pour le premier fonds, 1,25% pour le deuxième et 1% pour le troisième. Cap Al Moucharaka, pour sa part, donne lieu au paiement d’un droit d’entrée de 1,20% et d’un droit de sortie de 0,5%, plus des frais de gestion de 2%. Quant à  Medersat.com de BMCE Capital Gestion, il applique une commission de souscription de 3%, une commission de rachat de 1,5% et des frais de gestion de l’ordre de 2%.

Pour ce qui est du contrôle des fonds éthiques, il faut savoir que des commissions scientifiques fixent les critères d’éligibilité des bénéficiaires (associations et fondations) et que des commissions de gestion veillent au respect de la vocation des fonds et de la politique de versement des revenus réalisés. Ces commissions sont le plus souvent composées de membres d’associations indépendantes. Ce contrôle est, bien entendu, exercé en plus de celui du CDVM (Conseil déontologique des valeurs mobilières) qui, lui, veille au respect de la déontologie, de la primauté des intérêts du public et du traitement égalitaire des souscripteurs.

Il faut dire qu’avec cinq structures seulement, l’activité des fonds éthiques au Maroc reste à  développer. Le nombre de fonds demeure très faible en comparaison avec d’autres pays, arabes et étrangers, et même en interne puisque la place casablancaise compte 126 OPCVM grand public. En terme d’actifs nets, Cap Solidarité est à  1,4 MDH seulement alors que des fonds ordinaires investis en obligations dépassent le milliard de DH. De même pour Attakafoul et Cap Générosité qui sont à  7,8 et 6,4 MDH alors que d’autres fonds actions et diversifiés sont à  des centaines de millions de DH. Reste à  savoir si cela résulte d’un déficit de communication de la part des sociétés de gestion ou du faible intérêt des Marocains pour ce type de placements qui n’offre par ailleurs aucun avantage fiscal (voir encadré en page 47).