Investir dans les diamants ne rapporte pas assez !

Un bijou serti en diamant est revendu au mieux à  80% de sa valeur initiale. Les pierres peuvent rapporter près de 10% mais sur le long terme. Une association de bijoutiers a été créée pour mettre à  niveau la profession.

Le diamant est un actif qui garde bien sa valeur. Sur le plan international, il va même jusqu’à prendre la place de l’or en tant que valeur refuge. En cause, une demande qui ne cesse d’augmenter, notamment de la part des investisseurs et des collectionneurs qui ont été secoués par la crise financière de 2008. Ils se sont davantage dirigés vers le diamant depuis que l’or a emprunté une tendance baissière en 2012. Et bien qu’il y ait une reprise des cours du métal jaune en ce début d’année (+3%), il ne s’agit pas forcément d’un trend haussier confirmé.

En tout cas, la demande sur les diamants est portée surtout par les Etats-Unis et la Russie. La demande américaine représente même plus de 40% sur le marché mondial. La Chine et le Moyen-Orient ont également renforcé leurs achats. Du coup, les prix augmentent et devraient se maintenir sur cette tendance pendant les prochaines années (voir encadré). Par exemple, à 100 dollars le carat en 2009, le diamant brut est monté jusqu’à 180 dollars en 2013.
Qu’en est-il du marché du diamant au Maroc ? Les diamantaires contactés affirment dans leur globalité que le marché marocain est porteur et que la demande va crescendo d’année en année. Pour preuve, plusieurs enseignes internationales se sont installées dans le pays. «D’autant plus qu’il n’existe aucune restriction réglementaire d’importation du diamant, que ce soit en matière de qualité, de poids ou même de provenance. Mis à part l’autorisation spéciale délivrée par l’Office des changes, tous les types et tous les carats sont autorisés, contrairement à l’or», explique Mohamed Aziz Benbrahim, gemmologiste propriétaire d’Emmanuèle Moretti et expert assermenté près les tribunaux. Les joailliers importent de la Belgique surtout le diamant taillé, prêt à être utilisé dans la pièce à porter, mais qui nécessite toutefois un travail de design.

Par ailleurs, il existe certes une multitude de types de diamants, classés selon un certain nombre de critères dont la taille, la couleur, la coupe et la clarté. Mais, «le type le plus demandé est le diamant dont le carat varie de 0,30 à 0,50 et dans une moindre mesure les diamants dont le poids dépasse 1 carat» précise Sanaa De Gyvès, présidente de Mauboussin Maroc. Un autre joaillier confirme que près de 95% de la demande porte sur le diamant rond, dit brillant et qui englobe 57 facettes, de qualité et de couleur moyennes.

Les prix, pour leur part, suivent la tendance mondiale. La plupart des bijoutiers professionnels se basent sur les prix fixés à l’international dans le fameux «Rapaport report» (voir encadré). Actuellement, et à titre d’exemple, une bague en or blanc sertie d’un diamant de 0,32 carat, couleur blanc extra avec de minuscules inclusions peut coûter 12 000 DH. La même bague avec les mêmes caractéristiques mais avec une pierre de 0,50 carat, peut être vendue à partir de 14 000 DH.

Il faut savoir cependant que l’investissement dans les bijoux en diamants ne rapporte pas gros en dépit de la hausse continue des prix. Les joailliers assurent qu’au moment de la revente, un bijou serti peut perdre jusqu’à 20% de sa valeur. En effet, le joailler réduit la marge bénéficiaire qu’il a appliquée sur le prix de vente initial ainsi que le coût du travail qu’a nécessité la mise en forme du bijou, à savoir la main-d’œuvre, le design et la précision du façonnage. Qui plus est, les bijoux en diamants de seconde main ne sont pas très demandés par les diamantaires. Contrairement aux pièces en or qui peuvent être refondues et retravaillées, le diamant, lui, ne peut être réutilisé, «à moins que le joaillier confectionne une pièce du même type et la remet en vente en la présentant comme étant une oeuvre neuve», met en garde un diamantaire. Ce qui est une pratique assez courante sur le marché, notamment auprès des bijoutiers de petite taille. Quoi qu’il en soit, un bijou en diamant de 0,50 carat acheté à 13 000 DH peut être revendu au mieux à 10500 DH.

En revanche, un diamant sous forme de pierre est plus intéressant en termes d’investissement car il préserve sa valeur initiale. Il reste certes plus cher et moins demandé parce qu’on ne peut le porter, mais en tant que placement, il est le plus recommandé par les professionnels du marché. Néanmoins, comme le prix du diamant n’enregistre pas de progression remarquable sur le court terme, à moins d’une crise comme celle de 2008, il faut le considérer comme étant un investissement de moyen et long terme. Par exemple, une pierre d’un carat, dont le prix peut aller de 20000 DH pour la fourchette basse de qualité à 250000 DH pour la meilleure, peut être revendu 10% plus cher sur un horizon de placement de 8 à 10 ans. Par contre, si la pierre est cédée au bout d’une année, l’investisseur ne peut espérer en tirer un gain.

Exigez un certificat d’authenticité au moment de l’achat

Quoiqu’il en soit, au moment de l’achat, ces pierres sont délivrées avec un certificat d’authenticité ou de gemmologie qui précise les caractéristiques du diamant. Il inclut tant le type et la qualité que la couleur et l’année d’acquisition. Ce document est indispensable parce qu’il écarte toute possibilité,  qu’il s’agisse d’une imitation ou d’un diamant synthétique.

Notons toutefois que si ces certificats accompagnent nécessairement les pierres au moment de l’achat ou de la revente, ce n’est pas automatique pour les bijoux en diamant. Seules les enseignes de renommée délivrent cette attestation, et encore ! Plusieurs raisons expliquent cette pratique. Tout d’abord, «les certificats d’authenticité sont remis par des experts assermentés. Or, tous les bijoutiers ne le sont pas forcément», souligne M. Benbrahim. D’autant que faire l’expertise d’une pièce engendre un coût dont plusieurs bijoutiers préfèrent s’en passer. Ensuite, «nombre de joailliers préfèrent ne pas disposer de ce certificat pour ainsi pouvoir modifier les prix à la hausse», confie un joaillier du marché. Autrement dit, si les caractéristiques d’une pièce sont inscrites sur le certificat, cela voudrait dire que son prix est également connu, ce qui laisse peu de marge de manœuvre au diamantaire d’imposer le prix souhaité au bijou en question. Enfin, les bijoutiers malveillants tirent profit de la méconnaissance du secteur par les consommateurs pour les tromper sur la qualité des diamants proposés.

Se heurtant à l’absence de certificat, les investisseurs connaisseurs du marché du diamant s’orientent plutôt vers le marché international pour acquérir les pièces souhaitées avec un certificat scellé. Mais les professionnels marocains comptent s’organiser, près de 600 bijoutiers se sont rassemblés en association, nommée Association des bijoutiers du Grand Casablanca, servant d’interlocuteur avec les pouvoirs publics. Le but étant de mettre à niveau le métier, d’assainir le secteur des bijoutiers non professionnels et de défendre les intérêts de la profession. L’association a aussi pour objectif de lancer la certification dans l’objectif de booster les ventes sur le marché local. Selon un de ses membres, «le marché marocain recèle un potentiel de croissance important. Mais il reste désorganisé, mal connu du fait de sa technicité et faisant l’objet d’escroquerie». L’appel est donc à une réglementation du secteur.