Fort engouement pour les produits d’épargne des assureurs

Contribution libératoire, amélioration de la liquidité bancaire, vulgarisation du produit…, plusieurs facteurs expliquent la tendance. Les primes émises au premier semestre sont en hausse de 18%, à 4,38 milliards de DH. La baisse des taux de rendement et le plafonnement de la déductibilité fiscale sans impact.

Les produits d’épargne commercialisés par les compagnies d’assurance, directement ou via le réseau bancaire (épargne retraite, éducation…) connaissent un engouement sans précédent. Pour preuve, les primes émises par les assureurs dans cette branche ont crû de 18,3% au cours du premier semestre 2016, à 4,38 milliards de DH, selon les derniers chiffres de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS). Ce qui représente plus de 72% des primes émises du segment assurance vie. Cette tendance haussière est visible chez toutes les compagnies d’assurance de la place, notamment celles cotées en bourse. Par exemple, Wafa Assurance, leader du marché, a bouclé les six premiers mois de l’année sur une progression de 12,3% de son activité épargne, à 1,3 milliard de DH de primes émises.

Cette effervescence s’explique par plusieurs facteurs. Les professionnels contactés avancent en premier les retombées de la contribution libératoire au titre des avoirs et liquidités détenus à l’étranger, mesure décidée par le gouvernement en 2015. Les fonds rapatriés (plusieurs milliards de DH) ont été en partie placés dans les produits Epargne. Plus globalement, l’amélioration des conditions de liquidité sur le système bancaire (réduction du déficit commercial et reconstitution des réserves de change) dans un contexte de rareté des opportunités de placement a également profité à ce genre de produits. Les professionnels rapportent que ce sont les assureurs qui disposent de partenariats de distribution avec les banques de la place qui ont le plus profité des liquidités injectées sur le marché.

En plus de l’amélioration des liquidités bancaires, les clients sont de plus en plus attirés par les produits Epargne des compagnies d’assurance et demandent à y souscrire de leur propre chef, selon les professionnels du secteur. «Les solutions que nous proposons sont mieux vulgarisées grâce aux efforts de conseil que nous avons menés au cours des dernières années, et la clientèle est de plus en plus consciente de leurs avantages», explique un manager dans une compagnie d’assurance. Tous les produits suscitent l’intérêt du public, qu’ils soient destinés à couvrir les frais des études supérieures des enfants -ce poste pèse de plus en plus dans les dépenses des ménages (entre 20% et 30%)- ou à préparer la retraite dans le but de maintenir un certain niveau de vie. Notons que les débats actuels autour de la réforme des retraites ont persuadé plus d’un à souscrire aux produits d’épargne des compagnies privées.

Les conseillers de clientèle font plus d’efforts

Mais il n’y a pas que la prise de conscience des clients de l’intérêt de ces produits. Les chargés de clientèle du canal de la bancassurance orientent de plus en plus les épargnants vers ce segment. «Il y a 3 ans, les tensions sur les liquidités bancaires poussaient les conseillers des banques à orienter les clients, quand bien même ils souhaitaient souscrire un contrat d’assurance-vie, vers les produits classiques comme le compte sur carnet en vue de renforcer les dépôts. Aujourd’hui, le contexte a changé et les banques n’ont plus besoin de fournir autant d’efforts pour collecter des dépôts. Du coup, la clientèle est dirigée vers le produit qui répond le mieux à ses besoins», indique le directeur d’une agence bancaire. Ce dernier affirme en outre que le marché de l’assurance-vie a atteint une certaine maturité. «Proposer des produits d’assurance est devenu systématique au niveau des agences bancaires. Les clients sont plus réceptifs et les banquiers maîtrisent mieux les produits grâce aux formations, ce qui n’était pas le cas auparavant». En effet, les compagnies d’assurance veillent à la formation du réseau qui se fait en amont de l’affectation des conseillers de clientèle. D’autres formations sont prévues en continu, à l’occasion du lancement de nouveaux produits d’épargne. Aussi, afin de maximiser le rendement des chargés de clientèle, ces derniers ont un objectif de commercialiser annuellement environ 180 à 200 contrats d’épargne.

Par ailleurs, force est de constater que ces produits d’épargne offrent une rémunération intéressante par rapport aux autres placements sûrs. En effet, au cours du premier semestre 2016, le taux de rendement des comptes sur carnet s’établissait à 2,11%, en baisse de 32 points de base par rapport à la même période de 2015. De même, la rémunération proposée par les banques pour les dépôts à terme a emprunté une trajectoire baissière sur les six premiers mois de cette année, selon le taux moyen pondéré observé par Bank Al-Maghrib. Pour les comptes bloqués sur 6 mois, il était de 3,29% en juin, en baisse de 31 pb sur un an, et pour les dépôts sur 1 an il s’élevait à 3,61%, en recul de 24 pb. Cette baisse des rendements trouve son origine dans le recul des taux des bons de Trésor qui ont varié de 1,84% pour la maturité de 13 semaines à 2,73% pour la ligne 10 ans, soit des baisses annuelles respectives de 89 et 92 points de base. Or, cette tendance n’a pas impacté les produits d’assurance-vie malgré le fait que les bons du Trésor constituent le principal placement dans ce segment. Certes, le taux minimum de garantie dans le cadre de ces produits est passé à 2,25% cette année alors qu’il était de 3% à 3,5% auparavant. Toutefois, les compagnies d’assurance ont préféré fidéliser leurs clients et préserver leurs intérêts en maintenant le même niveau de rémunération, voire en les augmentant. Ainsi, la rémunération proposée par les contrats d’assurance-vie au titre de l’exercice 2015 et servie en 2016 a augmenté chez Axa Assurance, pour la 2e année consécutive, de 30 points de base, à 4,9%. En face, certaines compagnies ont maintenu quasiment inchangée leur rémunération, notamment RMA Watanya qui a proposé un rendement variant de 4,4% à 4,5% selon le produit ou Wafa Assurance qui a fixé sa rémunération entre 3,8% et 4,5%. Le rendement servi par la Marocaine Vie est, lui, resté inchangé, de 4% à 4,5%.

Des rendements toujours corrects vu la conjoncture

En plus de ce niveau de rémunération, les clients sont attirés par les avantages fiscaux qu’offrent ces produits d’assurance. En effet, les souscripteurs peuvent soit déduire les cotisations de leur revenu imposable et bénéficier à l’échéance du contrat d’un abattement de 40% sur l’IR à payer sur la plus-value réalisée, soit renoncer à la déductibilité des cotisations et profiter d’une exonération totale de l’épargne revalorisée de l’IR. Ceci à condition de respecter une période de placement d’au moins 8 ans.

Notons qu’un changement sur le plan réglementaire, intervenu en 2015, aurait pu limiter l’engouement du public pour ce genre de produits. Il s’agit du plafonnement de la cotisation déductible à 50% du revenu net imposable pour les salariés (ces derniers pouvaient déduire la totalité de la cotisation, quel que soit son montant). Mais contrairement aux attentes, cette limitation n’a pas ralenti le rythme des souscriptions. Selon les professionnels, rares étaient les clients qui dépassaient ce plafond. Les personnes qui profitaient de cet avantage étaient celles qui bénéficiaient de gros bonus dans le cadre de leurs activités. Le seuil de 50%, bien qu’il représente un retour en arrière par rapport à l’ancien régime, constitue tout de même un seuil raisonnable, avantageux et place les produits d’épargne en tête des placements sûrs à fort rendement.

Prenons enfin un exemple concret pour montrer l’intérêt de ces produits d’épargne. Pour une cotisation mensuelle de 1 000 DH, une personne ayant souscrit un contrat d’assurance-retraite à l’âge de 31ans  percevrait, à 55 ans, un capital de 538 000 DH net des frais de gestion et d’acquisition (voir encadré), le cumul des cotisations étant de 288 000 DH (revalorisation au taux de rendement annuel moyen de 4,9%).

Le souscripteur d’un contrat d’assurance-vie peut disposer de son capital à tout moment. Il devra néanmoins s’acquitter de pénalités, dont le taux varie en fonction des compagnies s’il choisit de sortir avant le terme précisé dans le contrat (ceci sans parler de la perte des avantages fiscaux en cas de sortie avant 8 ans de placement). Ainsi, Axa Assurance applique une pénalité de 10% sur l’épargne revalorisée si le client procède à un rachat alors que son épargne n’a pas dépassé une année. Si le rachat s’effectue entre la 1ère et la 4e année, 5% du montant total du capital sont prélevés. RMA Watanya retient pour sa part 5% du capital en cas de rachat si la durée est inférieure à 3 ans. La compagnie déduit 3% si la durée du contrat se situe entre 3 et 4 ans. Après la quatrième année, le client peut retirer la totalité de son capital sans s’acquitter d’aucune pénalité. Cela dit, le client peut demander un rachat partiel à condition que le montant n’excède pas 50% de la valeur de l’épargne. Ce type de rachat ne peut être demandé plus de 2 fois durant la durée du contrat. En effectuant cette opération, le client devra payer les mêmes pénalités que lors d’un rachat total. De plus, son épargne remboursée sera soumise à l’impôt sur le revenu selon le taux équivalent au montant de son capital.

Les produits d’épargne des compagnies d’assurance ont quasiment tous le même fonctionnement. Prenons l’exemple d’un produit d’épargne Education commercialisé par une compagnie de la place. Ce contrat est souscrit au profit d’un enfant bénéficiaire en vue de lui permettre de poursuivre ses études supérieures. Le client s’engage à verser mensuellement un montant minimum de 100 DH et devra supporter des frais d’acquisition d’un maximum de 3,5% sur les primes mensuelles et des frais de gestion fixés à 0,6% de l’épargne constituée, prélevés annuellement. Il est à noter que le contrat prend fin quand l’enfant bénéficiaire atteint l’âge de 18 ans ou de 21 ans. Dans le cas de l’épargne Retraite, le bénéficiaire se doit de verser une mensualité de 200 DH jusqu’à un âge fixé au préalable (de 50 ans à 70 ans). Il doit également supporter des frais d’acquisition et de gestion respectifs de 3,5% et de 0,6%.