Faut-il encore miser sur les valeurs minières ?

Elles ont publié des résultats mitigés au titre de 2008.
Même si les cours des métaux reprennent cette année, les engagements de couverture de Managem et de SMI risquent de freiner leur croissance.
Les analystes recommandent d’éviter ces valeurs pour le moment, mais pas encore de note de recherche approfondie.

Faut-il continuer à miser sur les valeurs minières cotées à la Bourse de Casablanca ? La question mérite d’être posée quand on voit les réalisations mitigées de ces sociétés au titre de 2008 et quand on sait qu’elles font partie de la majorité des portefeuilles des institutionnels et des particuliers qui investissent dans ce secteur dans un objectif de diversification mais aussi en raison de son importance économique.
Au vu des résultats publiés récemment par les trois minières cotées, à savoir Managem, sa filiale SMI (Société métallurgique d’Imiter) et CMT (Compagnie minière de Touissit), la réponse vient d’elle-même. Chute des réalisations commerciales et financières de Managem, rentabilité opérationnelle toujours dans le rouge pour SMI et résultat net en retrait pour CMT (voir tableau). Une situation peu encourageante pour les détenteurs de ces valeurs ou pour ceux qui seraient tentés d’y investir.
Cette dégradation généralisée au niveau du secteur minier résulte à la fois de facteurs endogènes et exogènes. La baisse du taux de change moyen du dollar par rapport au dirham en 2008 (-13%), la dégradation des cours des métaux de base (cuivre, zinc et plomb) et la chute importante du cours du cobalt sont en effet des éléments liés au contexte de crise au niveau international qui n’ont pas manqué d’impacter l’activité de Managem en particulier, dont le chiffre d’affaires a baissé de 8,7% par rapport à 2007. Un recul dû également à des facteurs propres à la société, notamment la baisse des volumes vendus du cuivre et de la fluorine de la mine d’Akka.  Des couvertures de prix favorables pour CMT et une restructuration du portefeuille de couvertures en juin 2008 pour SMI ont cependant permis à ces deux sociétés de limiter l’impact de la crise sur leur activité et d’enregistrer, grâce à une hausse des volumes vendus, des progressions de chiffres d’affaires de respectivement 32% et 18%.

Les couvertures défavorables de prix courent jusqu’en 2011 pour Managem
Cela dit, au niveau de la rentabilité, la situation est défavorable pour les trois valeurs. Managem affiche en effet au titre de 2008 un déficit net de près de 600 MDH, aussi bien à cause de la baisse de l’activité mais également suite à l’augmentation des coûts de production et aux charges liées à l’allègement de son portefeuille de couverture. Le résultat d’exploitation de SMI, malgré un redressement significatif suite à la reprise d’une production normale, demeure dans le rouge, à -18 MDH, et son résultat net ressort à peine à l’équilibre. Quant à CMT, en plus d’une baisse de 2,6 points de sa marge opérationnelle (41,1% contre 43,7% en 2007), son bénéfice net ressort en retrait de 30%, à 93,5 MDH, suite à la non-récurrence de revenus exceptionnels réalisés en 2007.
Il est clair que ces chiffres renseignent sur une situation passée et que l’investissement dans un titre coté en Bourse est plutôt guidé par l’avenir de ce dernier. Qu’en est-il alors des perspectives de ces trois valeurs minières ?
En attendant la production de notes de recherche détaillées et comprenant des recommandations, les analystes interrogés, se prononçant sous le couvert de l’anonymat, affirment que le contexte actuel et futur du secteur minier coté en Bourse n’est pas propice à l’investissement dans ces valeurs. «Elles sont devenues très risquées», confie l’un d’entre eux.
Pour cet analyste, hormis le grand aléa qui est l’évolution future des cours des métaux précieux et de base ainsi que de la parité dollar/dirham, le principal problème des compagnies minières de la place demeure la couverture des prix. Dans le cas de Managem, en effet, la production de certains minerais est couverte  à hauteur de 80% par des prix largement inférieurs aux cours du marché et ce, jusqu’en 2011. «Même si le manque à gagner a beaucoup baissé avec la chute des cours sur les marchés internationaux, la différence entre ces cours et les prix de couverture demeure importante», explique un autre analyste qui évoque, à titre d’exemple, la couverture de l’or fixée à 400 dollars l’once alors que le cours actuel est de plus de 800 dollars. «La situation est similaire pour SMI dont la production d’argent est couverte à hauteur de 60% jusqu’en 2012 par des prix défavorables», ajoute-t-il. Pour CMT, même si elle est attendue pour publier de bons résultats en 2009 et 2010, grâce à un bon portefeuille de couvertures (à des prix élevés), son avenir deviendra incertain à partir de 2011 car ces revenus dépendront d’une évolution favorable des cours des métaux, donc d’une reprise économique au niveau mondial.
Finalement, et de manière générale, les analystes recommandent d’éviter actuellement ces valeurs.