Des «monétaires dynamiques» pour améliorer le rendement

Introduits depuis peu au Maroc, les monétaires dynamiques séduisent de plus en plus de monde.
Leur rendement est plus élevé que celui des monétaires classiques mais leur volatilité est aussi plus élevée.
Il faut bien définir son horizon temporel de placement et son niveau d’aversion au risque avant de franchir le pas.

Les vagues des innovations financières concoctées dans les pays occidentaux finissent souvent par gagner, quelques années plus tard, les rives des pays comme le Maroc dont le marché est au stade de développement intermédiaire. Mais il arrive que ces nouveautés ne dévoilent pas leur nom et se fondent subrepticement dans le catalogue des appellations locales.
C’est le cas, dans le domaine de la gestion d’actifs, du dernier avatar des OPCVM monétaires, appelé par les spécialistes «monétaire dynamique». Ce type de fonds vous est présenté tantôt comme un OPCVM diversifié, tantôt comme un OPCVM monétaire ou obligataire à court terme peu orthodoxe (voir classification marocaine).
Ces véhicules d’investissement, encore peu nombreux à être commercialisés par les gestionnaires locaux, sont nés après une décennie d’existence d’OPCVM monétaires marquée par une fortune mitigée. Les OPCVM ont connu la gloire durant les années fastes, où ils ont acquis la réputation de meilleur moyen de «s’enrichir en dormant» puis une baisse de l’engouement, venue sanctionner une rentabilité nettement érodée sous l’effet de la baisse continue et tendancielle des taux d’intérêt monétaires.

Une rémunération supérieure aux OPCVM monétaires classiques
Ainsi, dans le contexte actuel où la reprise du marché actions paraît loin d’être solidement assise sur un cycle complet, et avec la désillusion totale qui a récemment cassé un élan prometteur de plusieurs trimestres, et alors que les obligations ont déjà suffisamment rapporté d’argent et sont désormais à la merci d’une remontée brutale et fort préjudiciable des taux qui s’annonce à l’horizon 2005 (les besoins du Trésor allant crescendo), nombreux sont les investisseurs qui cherchent des alternatives aux revenus écrêtés des actifs monétaires traditionnels (voir profil de clientèle actuelle et potentielle).
S’ingéniant à apporter une solution idoine à une demande croissante, les gestionnaires de portefeuille ont donc commencé à proposer des outils assurant une rémunération supérieure aux bonnes vieilles sicav monétaires sans trop déroger aux caractéristiques générales du cadre originel de celles-ci.
Dans la foulée sont nées des sicav ou FCP (fonds communs de placement), principalement investis en produits de taux à court terme mais exposés à une composante résiduelle constituée d’actions, de titres de dettes à maturité plus longue, étatiques ou privées, voire de titres hybrides (dont le seul représentant au Maroc est l’obligation remboursable en actions de Risma).

Une grande disparité de caractéristiques et de risques associés
Quant à leur classification, celle-ci change généralement selon la stratégie de gestion mise en œuvre. On les recense aussi bien parmi les monétaires classiques que parmi les OPCVM obligataires (surtout dans la catégorie dite à court terme). Enfin, la catégorie d’OPCVM diversifié peut également servir de registre d’appartenance aux fonds monétaires dynamiques quand le fonds vise à doper le rendement en accueillant une partie actions pouvant aller jusqu’à 10 % de l’actif, voire légèrement au-delà. Ce dernier virage devrait être de plus en plus amorcé tant que la courbe de taux demeure peu pentue (écart entre rendements des taux courts et taux longs peu élevé) et rémunère nettement moins le risque d’horizon temporel comme il y a encore quelques années. Ce qui atténue l’efficacité de l’option précédente (recherche d’un surplus de rendement au travers des obligations de longue maturité).
Autant dire que devant l’absence de définition précise par le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM), voire les gérants eux-mêmes, la famille monétaire dynamique regroupe à ce jour des fonds certes cousins les uns des autres mais qui ne présentent pas moins une grande disparité de caractéristiques et de risques associés. Une complexité dont risque de faire les frais tout investisseur se positionnant à la légère sur de tels véhicules. Car, au regard du foisonnement de techniques utilisées pour doper le rendement, il est recommandé de bien décortiquer la stratégie d’investissement présentée dans la note détaillée de l’OPCVM pour connaître le risque encouru.
A titre d’illustration, un fonds qui accueille 20 % d’actions présente une corrélation (certes relativement faible) avec le marché action, par essence plus risqué. En moyenne, sa volatilité sera 5 fois moins importante que celle d’un fonds traditionnel à 100 % actions, mais plus élevée que celle d’un fonds monétaire pur. Malheureusement peu de fonds au Maroc affichent dans leur rapport des données complètes, telles les fourchettes de volatilité, la sensibilité au compartiment actions (pour les fonds n’appartenant pas à cette catégorie), la duration de l’indice de référence, etc.
Autre règle d’or à retenir avant de franchir le pas : vous devez toujours vous rappeler que le but d’un fonds monétaire est, avant tout, de permettre à l’investisseur de libérer ses liquidités sans avoir à supporter un coût d’opportunité au moment du rachat.
Ainsi, la recherche d’un rendement additionnel ne devrait pas allonger votre horizon de placement outre mesure par rapport à celui des monétaires classiques. Bien évidemment, avec une volatilité plus élevée, vous devez être conscient que pour ne pas vous retrouver ponctuellement avec une baisse de la valeur liquidative, il est nécessaire d’avoir un horizon temporel relativement plus long que ceux qui misent sur le monétaire non dynamique. Cela vous situerait théoriquement dans une plage de 6 mois à un an, voire deux ans dans certains cas limites. Ainsi, vous devez estimer le degré de volatilité supplémentaire que vous êtes prêts à consentir en fonction de votre horizon de placement qui doit être, par ailleurs, rappelé à votre conseiller en placement qui lui, peut-être, ne vantera que les mérites de l’écart de rendement promis.
Là encore, la prudence est de mise, car ce dernier est un argument de taille et il ne devrait pas se faire au détriment d’une certaine cohérence dans le choix de la catégorie monétaire (ou à dominante monétaire).
Car, s’il est tout à fait légitime d’exiger un rendement additionnel entre 50 et 100 points de base pour se laisser séduire par les arguments des OPCVM dynamiques, il devient impératif de vérifier, plutôt deux fois qu’une, où on investit, quand cet écart dépasse le niveau de 100 points de base. En effet, dans le contexte actuel, on risque de se retrouver davantage dans un OPCVM diversifié certes dynamique mais qui n’a pas de composante monétaire dominante. C’est ce qui pousse certains professionnels méfiants à qualifier les monétaires dynamiques de simple habillage marketing destiné à faire du nouveau avec de l’ancien.

Réponse à un besoin réel
En dépit de cette obligation de prudence, les observateurs avisés estiment que les monétaires dynamiques répondent à un besoin nouveau bien réel.
Il faudrait seulement ne pas perdre de vue que si la réglementation ne donne aucune définition des monétaires dynamiques, les bons usages de la profession, dans les pays où elles ont mûri et prospéré (en France par exemple, leurs encours atteignent 36 milliards d’euros, soit près de 20 % de la catégorie monétaire régulière) leur assignent un profil dont elles ne doivent pas s’écarter outre mesure sous peine de ne plus pouvoir porter la même appellation. Ainsi, leurs actifs se doivent d’être composés à hauteur de 90 % ou 85 % d’investissements dans des produits de taux courts, le reste étant placé en produits consacrés à la recherche de rendement avec la plus forte composante de crédit possible. Une bonne sélection du fonds et une analyse minutieuse de ses caractéristiques sont donc fortement recommandées et ce d’autant plus que contrairement à leurs cousins classiques dont les performances individuelles sont en règle générale assez proches, les rendements des monétaires «dynamiques» présentent une dispersion nettement accrue.

Ces fonds sont principalement investis en produits de taux à court terme mais sont également exposés à une composante résiduelle constituée d’actions, de titres de dettes à maturité plus longue, étatiques ou privées, voire de titres hybrides.

Les actifs des monétaires dynamiques doivent être composés à hauteur de 85 à 90 % d’investissements dans des produits de taux courts, le reste étant placé en produits consacrés à la recherche de rendement avec la plus forte composante de crédit possible.

Qualifiés par certains de simple habillage marketing pour faire du neuf avec de l’ancien, les OPCVM dynamiques répondent, selon des observateurs avisés, à un nouveau besoin bien réel.