Crédit, mieux vaut ne pas lésiner sur l’assurance

La majorité des crédits sont accompagnés au minimum d’une assurance décès.
Elle n’est pas obligatoire mais dans la pratique les organismes de financement
l’imposent.
Son montant varie de 0,4 à  3% du montant du crédit.
Le paiement peut être échelonné.

Pourquoi doit-on signer au moins un contrat d’assurance pour avoir un crédit ? Ceux qui ont déjà  sollicité une société de financement pour un prêt se sont déjà  posé la question. Dans la plupart des cas, il s’agit d’une assurance «décès invalidité totale» (DIT), encore appelée «assurance décès toutes causes» (ADTC).

Pour nombre de personnes, la signature d’un contrat d’assurance dans le cadre d’un crédit passe pour une formalité, un détail. Les 300, 500 ou 1 000 dirhams que l’on paie au titre de l’assurance sont regroupés, dans la majorité des cas, avec les frais du crédit dont on s’acquitte au départ. Dans d’autres cas, comme celui du crédit immobilier, la prime mensuelle ou annuelle pèse relativement lourd dans le budget. Il faut compter environ 4 000 DH par an pour un crédit de 500 000 DH sur 15 ans.

Détail ou dépense lourde, il faut savoir, de prime abord, que la souscription à  un contrat d’assurance DIT dans le cadre d’un crédit n’est pas une obligation légale. Aucune loi n’oblige en effet les sociétés de financement à  proposer un contrat d’assurance à  leurs clients en contrepartie de l’accès au crédit. Mais, dans la pratique, ces organismes proposent et, disons-le tout net, imposent carrément la couverture du crédit par une assurance décès.

Une démarche qu’El Mostapha Melsa, délégué général de l’APSF (Association professionnelle des sociétés de financement) considère comme justifiée. «L’assurance DIT, dit-il, est une couverture qui protège à  la fois les droits de l’emprunteur et ceux du prêteur. Le premier, en contrepartie du paiement d’une prime dérisoire, se prémunit, lui et ses ayants droit, contre le risque de poursuite judiciaire pour le remboursement ou la récupération des biens objets du crédit. Et le deuxième évite d’entrer dans des conflits qui peuvent lui coûter plus que ce qu’il aurait gagné en supprimant l’assurance».
Concrètement l’emprunteur souscrit pour que la compagnie d’assurance rembourse le capital restant dû à  sa place s’il venait à  décéder ou était menacé par une incapacité totale de travailler avant le remboursement des sommes dues.

Cela dit, pour des petits crédits, certaines personnes, voulant réduire la facture, préfèrent ne pas payer cette prime d’assurance, jugeant qu’elle ne sert à  rien. D’un autre côté, des sociétés de financement, souhaitant baisser les frais d’accès au crédit pour être plus compétitives, suppriment cette couverture. Ceci est confirmé par certains professionnels du secteur. Résultat : quand un malheur arrive et que l’on n’est pas assuré, la personne ou ses héritiers sont poursuivis en justice et leur maison ou leur voiture achetée à  crédit est récupérée par l’organisme prêteur.
Le moindre dirham compte, et les sociétés de financement le savent bien. «Cela m’étonnerait qu’une société de financement puisse supprimer cette couverture, qui est dans son intérêt, à  des fins commerciales. Toutefois, il existe peut-être un problème chez ces organismes. Certains commerciaux peuvent en effet bâcler leur travail, ne pas bien expliquer tous les éléments du crédit aux clients ou ne pas leur porter conseil concernant l’assurance et son utilité», s’étonne le délégué général de l’APSF.

Le montant de la prime est dérisoire par rapport aux problèmes évités en cas de coup dur
En tout cas, même si on ne vous propose pas une telle assurance, considérez la souscription à  l’assurance DIT comme étant obligatoire (d’ailleurs, vous trouverez rarement un organisme qui acceptera de vous accorder un crédit sans cette couverture). La prime, quel que soit son montant, est effectivement dérisoire en comparaison avec les problèmes que vous ou vos ayants droit risquez d’avoir. Et si son montant constitue un frein pour vous, sachez que les compagnies d’assurance, à  travers les sociétés de financement, acceptent d’échelonner le paiement de la prime sur une période convenue, même si ce n’est pas le cas de toutes les compagnies.

Combien paie-t-on pour se faire assurer ? Il y a deux cas de figure : le crédit à  la consommation (affecté et non affecté) et le crédit logement. Dans le premier cas, la prime de l’assurance DIT varie de 0,4% à  1% du montant du crédit. Vous ne trouverez pas beaucoup de sociétés de crédit à  la consommation qui accepteront de fractionner la prime de l’assurance DIT vu que son montant pour ce type de crédits est souvent faible (pour un prêt automobile de 140 000 dirhams, la prime d’assurance DIT n’est que de 840 dirhams pour un taux de 0,6%).

Dans le deuxième, celui des crédits logement, la prime est beaucoup plus importante. En effet, son taux sur le marché varie de 1,5% à  3% du montant du crédit. Mais là , toutes les sociétés de financement proposent à  leurs clients deux options. Soit payer une prime unique, soit payer une prime mensuelle ou annuelle. «La première option est moins chère. Mais il faut s’acquitter de la totalité au départ, et en cas de remboursement anticipé de votre crédit, vous perdez la partie de la prime relative à  la période restante. Inversement, si vous optez pour une prime périodique, vous vous arrêterez de vous en acquitter si vous remboursez par anticipation. Mais la somme de ces primes revient plus cher que la prime unique», explique Mehdi Merimi, directeur du réseau chez Wafa Immobilier.
Il est possible de contracter sa propre assurance DIT

Le montant de la prime d’assurance DIT est un pourcentage du capital emprunté qui varie d’une société de financement à  l’autre. Il faut savoir que ce taux varie également selon le profil de l’emprunteur. En effet, un même organisme peut appliquer à  deux personnes qui contractent le même montant deux taux différents, ces derniers variant selon plusieurs paramètres, à  savoir l’âge de la personne, son sexe, la durée du crédit… Plus une personne est âgée, plus le taux sera élevé, et cela vaut même pour la durée du crédit. Concernant le sexe, les compagnies d’assurance considèrent que l’espérance de vie des hommes est inférieure à  celle des femmes. La prime d’assurance pour un homme sera donc plus élevée que pour une femme.

Sachez par ailleurs que vous pouvez refuser l’assurance DIT que vous propose votre organisme prêteur. Si les conditions proposées par ce dernier ne vous plaisent pas ou si vous êtes habitué à  vous assurer et à  assurer vos biens chez un courtier donné, vous pouvez apporter une délégation d’assurance à  la société de financement qui va se substituer au contrat qu’elle vous propose. Mais, dans ce cas, votre prêteur va passer au crible le contrat que vous lui apportez pour s’assurer qu’il est bien couvert. Cela dit, tous les professionnels du crédit affirment que les contrats d’assurance proposés par les sociétés de financement seront forcément plus intéressants, en termes de coût et de couverture, que ceux souscrits individuellement par les clients. En effet, les organismes prêteurs écoulent des milliers de contrats d’assurance chaque année. Ils obtiennent de ce fait des tarifs plus bas que ceux que peut négocier une personne chez son courtier. Mais cela ne vous empêche pas de tenter le coup et de comparer avant de signer.

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L’assurance invalidité temporaire : une couverture très utile

Certaines sociétés de financement proposent, en plus de l’assurance décès invalidité totale (DIT), ce que l’on appelle l’assurance invalidité temporaire. C’est une couverture optionnelle qui consiste, pour la compagnie d’assurance, à  se charger du paiement des mensualités si vous êtes incapable, suite à  des problèmes de santé, de travailler pendant une longue durée.
Cette couverture est d’une utilité importante car l’assurance DIT ne couvre pas les périodes passagères o๠vous ne pouvez plus vous acquitter des mensualités du crédit. Son tarif, comme pour l’assurance DIT, est un pourcentage du montant du crédit et qui est fonction de plusieurs paramètres : âge, durée du crédit, sexe, état de santé, nature de la fonction exercée…
Il faut savoir que l’assurance invalidité temporaire n’est proposée que par un nombre restreint de sociétés de financement. Si vous ne la trouvez pas auprès de l’organisme auquel vous vous adressez, sachez que vous pouvez la contracter auprès de votre courtier d’assurance habituel.
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Les divers contrats d’assurance accompagnant votre crédit

Dans le cadre des crédits à  la consommation affectés, notamment les crédits pour l’acquisition de voitures, et pour le crédit logement, les sociétés de financement vous proposent les habituels contrats d’assurance, à  savoir l’assurance auto et l’assurance habitation.
Pourquoi ces organismes tiennent à  ce que vous souscriviez aux contrats qu’ils vous proposent et non à  d’autres ? D’abord, il faut savoir que les sociétés de financement n’ont droit à  aucune commission ou marge d’intermédiation au titre des contrats d’assurance qu’elles vous proposent. Tout ce qu’elles y gagnent, c’est la garantie que votre bien, qu’elles ont financé, est bien couvert.
En effet, certaines personnes n’hésitent pas à  renoncer à  plusieurs couvertures pour réduire la prime d’assurance. «Dans le cas du crédit auto, nos clients, qui n’optent pas pour l’assurance que nous leur proposons, n’assurent le vol et l’incendie que la première année, période o๠la voiture est encore neuve et o๠les risques sont élevés. Par la suite, ils n’assurent que la responsabilité civile (RC), ce qui est nuisible pour toutes les parties dans le cas o๠un incident non-couvert se produit», affirme le directeur commercial d’une société de financement de la place.
De même pour le logement. La majorité des personnes n’assurent que l’incendie, alors que les organismes de crédit logement proposent la «multirisque habitation», certes plus coûteuse, mais offrant plus de sécurité, avec des facilités de paiement.
Sachez qu’il est dans votre intérêt de souscrire les contrats d’assurance que votre organisme prêteur vous propose, d’abord parce qu’il obtient pour vous les meilleurs tarifs, et ensuite parce qu’il y intègre souvent toutes les couvertures nécessaires.
Pratique
Deux détails à  connaà®tre sur l’assurance DIT

1- Comment résilier votre contrat d’assurance DIT. Pour pouvoir résilier votre contrat d’assurance DIT après y avoir souscrit, il existe deux solutions. La première est le remboursement de la totalité du capital restant dû pour mettre fin au crédit. La deuxième est le changement d’assureur. En effet, vous pouvez résilier le contrat de l’assureur de votre organisme prêteur et lui ramener une délégation de votre propre assureur couvrant toute la durée restante du crédit. En dehors de ces deux possibilités, la banque ou la société de financement refusera la résiliation du contrat d’assurance car son prêt ne serait plus couvert.

2- Comment faire valoir vos droits en cas de décès ou d’invalidité totale. Votre famille doit apporter à  l’organisme prêteur un certificat post-mortem, en cas de décès, ou un certificat médical en cas d’invalidité. Ce document doit mentionner la cause du décès ou de l’invalidité et, le cas échéant, le taux d’invalidité. L’organisme prêteur se chargera de transmettre le certificat à  la compagnie d’assurance pour étude.
Ensuite, cette dernière va, soit lui rembourser le capital restant dû pour qu’il donne à  votre famille la mainlevée du bien (dans le cas o๠il s’agit d’un crédit auto ou d’un crédit logement), soit engager une contre-expertise médicale si elle a des doutes sur la fiabilité de la qualification du médecin. En général, selon les spécialistes, les refus de remboursement sont rares.