Crédit conso, immobilier, découvert… les taux pratiqués

Un taux quasi uniforme de 5,15% pour les crédits au logement.
Des taux de 7% à 12% pour les prêts à la consommation.
Le crédit revolving et le découvert restent chers : jusqu’à 14% dans le premier cas.

Les taux d’intérêt ont subi de fortes pressions durant ces deux dernières années. Ceux du crédit au logement ont connu des baisses successives jusqu’à atteindre des niveaux très bas. Selon un rapport de Bank Al-Maghrib sur les conditions de financement, le taux moyen pondéré des crédits immobiliers était de 6,34% à fin 2006 contre 7,21% au début de la même année, soit une baisse de 87 points de base.

Pour les crédits à la consommation, les sociétés de financement ont revu plusieurs fois leurs taux à la baisse et multiplié les offres promotionnelles (crédits à taux zéro, différés de remboursement, durées supérieures à sept ans…). Aujourd’hui, quel taux d’intérêt peut-on obtenir sur le marché, et à quelles conditions ? Nous avons effectué une petite enquête sur le terrain en nous adressant directement aux agences bancaires et sociétés de crédit à la consommation.

Commençons par les prêts immobiliers. Les banques de la place se livrent depuis plusieurs mois à une véritable bataille pour attirer le plus grand nombre de clients. Quotité financée allant jusqu’à 125% du prix du bien, différé de remboursement pouvant atteindre un an, possibilité de rachat des anciens crédits, etc. Toutes les formules sont imaginées pour séduire le public. En ce qui concerne les taux, des banques affichent dans leur publicité du 4,72% et même du 4,22%.

Qu’en est-il réellement ? En fait, ces taux sont proposés dans le cadre des prêts destinés à financer le logement social et pour une durée ne dépassant pas sept ans. Un jeune cadre désirant acquérir un appartement de moyen ou haut standing sur le long terme (25 ans) obtiendra en général un taux 5,15% et ce, quel que soit l’organisme. En effet, notre enquête a révélé que toutes les banques appliquent le même taux d’intérêt pour les clients à profil similaire.

Avec un salaire mensuel net de 9 000 dirhams, deux années d’ancienneté dans la même entreprise et aucun crédit en cours, les principales banques de la place, à savoir Attijariwafa bank, BMCE Bank, BMCI, la Banque Populaire, le Crédit du Maroc, la SGMB et le CIH, accordent toutes un taux hors taxe et variable de 5,15%. Chez la majorité d’entre elles, le client obtient ce taux sans négociation. Cela dit, quelques-unes avancent des taux de 5,50% ou de 5,65% au départ, telles que la BMCI et le CIH, qu’elles ramènent facilement à 5,15% à la demande du client.

Ce taux de 5,15% correspond au niveau plancher fixé par Bank Al-Maghrib. Il est composé d’un taux de référence égal à 3,65% et d’une marge commerciale de 150 points de base. Les banques de la place ont ainsi toutes adopté le taux minimal autorisé (les crédits avec un taux inférieur au taux plancher doivent être déclarés à la banque centrale). Ce comportement est le résultat de la guerre des taux qui a démarré entre quelques organismes de la place et qui a obligé les autres à s’aligner sur la même tarification pour préserver leurs parts de marché. Il faut dire également que la baisse des taux à ce niveau a été favorisée par deux éléments.

Le premier est relatif aux ressources des banques. La course à l’extension des réseaux a permis une hausse substantielle des dépôts. A fin 2006, le nombre des agences bancaires a atteint 2 446, soit 223 agences ouvertes durant l’année (contre un nombre annuel moyen d’ouverture de 100 agences durant les cinq dernières années), hissant ainsi l’encours des dépôts de 17%, à 434 milliards de dirhams.

Sur ce total, les dépôts non rémunérés représentent 57,8%. Pour les dépôts rémunérés, leur coût a connu une baisse significative sur ces six dernières années. Dans le cas de la Banque Populaire, par exemple, ce coût est passé de 2,60% en 2000 à 1,36% à fin 2006. Le deuxième élément qui a favorisé la détente des taux d’intérêt est la baisse des taux de placement des bons du Trésor à 5 ans qui constituent la base de fixation du niveau plancher par Bank Al-Maghrib.

La quotité financée diffère légèrement d’une banque à l’autre
Si toutes les banques appliquent le même taux d’intérêt actuellement, à savoir 5,15%, elles n’accordent pas le même montant de crédit. En effet, au moment où la Banque Populaire a accepté d’accorder un crédit de 620 000 DH au jeune cadre avec un salaire de 9 000 DH, le CIH, lui, n’a voulu financer que 600 000 DH, tandis que la SGMB et la BMCI n’ont pas dépassé les 580 000 DH. Les banques jouent donc sur la quotité financée qui doit, notons-le, respecter des règles de niveau d’endettement.

A la SGMB et au Crédit du Maroc, par exemple, la mensualité du crédit ne doit pas dépasser 40% du revenu mensuel net. Dans le cas d’un salaire de
9 000 dirhams, la mensualité doit donc être inférieure à 3 700 dirhams. Par contre, au CIH, chez Attijariwafa bank ou BMCE Bank, la mensualité peut atteindre 45% du salaire (4 000 dirhams) et même 50% si le revenu mensuel net est assez conséquent.

Manque de transparence des sociétés de financement
En ce qui concerne les crédits à la consommation (auto et non affectés), un élément majeur a été constaté lors de l’enquête. Les sociétés de financement sont rarement transparentes quand il s’agit de parler de taux d’intérêt. Les responsables clientèle de ces organismes ne communiquent dans la majorité des cas que le montant de la mensualité pour une personne voulant s’informer sur les caractéristiques d’un crédit, prétextant souvent la non-disponibilité de l’information sur le système informatique utilisé.

Mais, en réalité, il y a une autre raison au refus de révéler le taux d’intérêt au départ. «L’expérience a montré que quand nous révélons le taux d’intérêt au départ, le client est choqué par son niveau et peut se désister par la suite.

Du coup, des directives ont été données de ne plus communiquer le taux au départ, mais uniquement le montant de la mensualité», affirme un responsable clientèle dans une agence bancaire. Cela dit, il y a tout de même des organismes qui ont accepté de nous communiquer leurs taux d’intérêt. Chez Acred, par exemple, le taux d’intérêt en vigueur pour les crédits auto et les crédits non affectés jusqu’au 31 mai 2007 est de 12% hors taxe. Ainsi, pour un crédit de 130 000 dirhams sur sept ans, le montant de la mensualité ressort à 2 382 dirhams.

A la BMCI, qui commercialise les offres de la société de financement Cetelem, le taux d’intérêt appliqué aux «bons clients» est de 9% hors taxe, ce qui donne lieu à une mensualité de 1 274 dirhams pour un crédit non affecté de 60 000 dirhams sur 5 ans. Enfin, on affirme chez Salafin que les taux d’intérêt pour les crédits auto sont compris entre 7% et 10%.

On peut donc dire que les taux pratiqués actuellement sur le marché pour les crédits à la consommation démarrent à 7% et vont jusqu’à 12%, ce qui est conforté par les statistiques de Bank Al-Maghrib, qui précisent que le taux moyen pondéré des crédits à la consommation était de 8,65% à fin 2006. Notons que ce taux était de 9,80% au début de l’année dernière, ce qui confirme la tendance baissière des taux pour cette catégorie de crédits.

Pour ce qui est des découverts et des réserves d’argent destinés aux particuliers, il ne serait pas faux de dire que la tendance baissière des taux n’a pas concerné ces deux catégories de crédit. En effet, un directeur d’agence affirme que les banques continuent à appliquer des taux allant jusqu’à 14% pour les découverts, soit un niveau proche du taux maximum des intérêts actuellement en vigueur (TEG de 14,17%). Et en ce qui concerne les réserves d’argent ou «crédits revolving» (carte Mizane, Viva, Relax, Oxygène…), les banques maintiennent toujours les taux d’intérêt de lancement de ces produits. Ces derniers varient entre 9,5%, taux appliqué par la Banque Populaire, et 12,95%, celui appliqué par la BMCI.

Comparatif
Crédit immobilier : les taux sont plus bas en France
Si les taux d’intérêt des crédits immobiliers ont connu une baisse importante au Maroc, leur niveau demeure plus élevé que dans nombre de pays d’Europe, dont la France. Une étude récente élaborée par une banque française montre que, pour les prêts à 25 ans, les taux d’intérêt varient entre 3,90% et 4,10% pour le taux variable, et entre 4,10% et 4,25% pour le fixe. Concernant les prêts à 30 ans, les taux sont compris entre 4% et 4,25% pour le variable, et entre 4,25% et 4,45% pour le fixe.

S’agissant des crédits immobiliers à courte durée (de 7 à 12 ans), les taux démarrent à 3,45% et ne dépassent pas 3,85%. Cela dit, même si les taux sont à un niveau très bas, ils évoluent dans une tendance haussière qui se maintiendra dans l’avenir.

En effet, l’étude prévoit une augmentation d’environ 20 points de base d’ici la fin de l’année 2007 ainsi qu’une hausse du même ordre en 2008. Cette tendance est liée essentiellement à l’augmentation des taux à long terme des bons du Trésor qui servent de référence aux prêts immobiliers, suite à la politique monétaire? stricte de la Banque centrale européenne qui se traduit par un resserrement des taux d’intérêt directeurs.

Financement
La baisse des taux a concerné les entreprises
Dans le sillage de la baisse des taux des crédits aux particuliers, les taux d’intérêt des crédits aux entreprises ont connu également une détente palpable. Les chiffres de Bank Al-Maghrib font état d’une baisse de 125 points de base du taux moyen pondéré des crédits à l’équipement en 2006 qui se sont établis, à la fin de l’année, à 6,58%.

Pour les crédits de trésorerie et les comptes débiteurs, le taux moyen pondéré a fluctué entre 5,71% et 7% pour se stabiliser, à fin 2006, à 6,81%. «Actuellement, sur le marché, les crédits d’investissement sont accordés à des taux variant entre 6,5% et 7%, selon l’entreprise», déclare un directeur d’agence de la place.

Pour les crédits de fonctionnement, le directeur général d’une entreprise opérant dans le secteur de l’agroalimentaire affirme qu’il arrive à obtenir de ses banquiers des taux avoisinant les 5%.
Il ajoute que, d’une manière générale, les conditions de financement sont devenues plus souples pour les entreprises, à condition que celles-ci jouent la transparence avec les banques et honorent leurs engagements avec rigueur.