Crédit Agricole met les marchés des changes et des matières premières sous la loupe

La deuxième édition de l’«Annual Exchange of Ideas Conférence» a eu lieu le 22 octobre. Les marchés sont de plus en plus volatils avec une orientation à la hausse du pétrole, du dollar et des matières agricoles. Les entreprises marocaines doivent plus que jamais utiliser les mécanismes de couvertures.

Le Groupe Crédit Agricole du Maroc a organisé, samedi 22 octobre à Marrakech, la deuxième édition de l’«Annual Exchange of Ideas Conference» dédiée aux entreprises marocaines. Une rencontre internationale consacrée aux  mécanismes de prévention des risques de change, de taux et de volatilité  des cours des matières premières.    

Le colloque s’est décliné en 3 séminaires. Le premier a été animé par Eric Norland, Senior Economist & Executive Director à CME Group. Ce dernier a procédé à une lecture de l’évolution de l’économie mondiale et son impact sur les prix des matières premières agricoles et énergétiques. Selon lui, le récent vote surprise pour le Brexit a créé un chamboulement dans le paysage économique et politique européen, et il semblerait que le pire est à venir, ce qui continue d’alimenter la volatilité sur les marchés. Ainsi, «Un hard Brexit» avec une sortie de la Grande-Bretagne plus tôt que prévu de l’Union Européenne, combiné aux prochaines échéances électorales 2016 et 2017, pourrait peser davantage sur la croissance de l’Union Européenne. De l’autre côté, la solidité affichée par l’économie américaine, qui s’apprête à relever de nouveau ses taux d’emprunt, contraste avec la fragilité de la zone euro dont le programme d’assouplissement quantitatif pourrait durer plus longtemps que prévu. Une situation profitable au dollar face aux autres devises principales.

Evoluant dans ce contexte international pour le moins perturbé, le Maroc reste exposé aux risques inhérents aux marchés mondiaux. Le pays a certes une devise relativement forte par rapport à d’autres pays émergents et une stabilité politique qui attire les capitaux étrangers. Toutefois, si l’euro faiblit, l’économie marocaine devrait en pâtir. Pour rappel, le panier de cotation du dirham est composé à hauteur de 60% d’euros et de 40% de dollars.

Perspectives mondiales incertaines

Le deuxième séminaire s’est pour sa part articulé autour des perspectives d’évolution des marchés agricoles. Si ces derniers ont longtemps traité à des niveaux historiquement bas, cette année, l’on observe de plus en plus de flux spéculatifs se positionnant sur cette classe d’actifs, dans une optique long terme. Ce qui pourrait entraîner une hausse des prix en 2017. La production mondiale de blé est attendue en hausse et devrait atteindre un nouveau record. La récolte 2016/2017 de maïs aux Etats-Unis s’achève avec de très bons rendements en plus des attentes d’une importante production sud-américaine qui devrait peser sur les cours sur le long terme. Un rebond des cours est donc envisageable avec un retour des spéculateurs. Enfin, la production de soja US est attendue à un record avec un rendement jusqu’à présent jamais vu, alors que la demande chinoise devrait baisser en 2016/17 après une forte demande durant la campagne précédente.

Toujours dans le cadre du colloque, les intervenants ont analysé les perspectives d’évolution des prix pétroliers. En effet, le surplus d’offre continue de baisser à un rythme relativement lent avec une baisse de l’offre non OPEP, compensée jusque-là par la production record de l’OPEP. Dans ces conditions, le marché devrait assister à une accélération de la baisse des stocks à partir du deuxième semestre 2017, à moins que l’OPEP décide d’agir en concluant un accord sur la limitation de la production. L’organisation a en effet réalisé qu’un gel de production ne sera pas suffisant pour rééquilibrer le marché. Ainsi, une baisse de la production de la part du cartel devrait significativement resserrer le bilan en 2017, mais le marché pourrait s’affaiblir pour le reste de l’année. Du côté de la demande, la croissance mondiale a été stable mais commence à ralentir.

Enfin, le colloque a été clôturé avec un atelier dédié au risque management au niveau des entreprises avec un échange d’expériences internationales comportant des solutions pour limiter  l’impact de la volatilité des cours mondiaux des matières premières et devises sur les finances des entreprises. En effet, l’évolution aléatoire des marchés de changes, de taux et des  commodités rend aujourd’hui indispensables les instruments de couverture pour les entreprises mondialisées, qui se battent pour préserver leur  rentabilité. Un débat sur les perspectives ouvertes par le nouveau système de flexibilité du régime de change au Maroc a clôturé le séminaire.