Ce qu’ont rapporté les différents placements en 2003

De tous les instruments de placement, la Bourse a été de loin la
plus rentable en 2003.
Les OPCVM actions et diversifiés ont profité de l’embellie.
Comptes sur carnet, livret d’épargne et bons du Trésor perdent
de leur attractivité.

L’année 2003 s’est achevée. Avez-vous fait les bon placements ? Rétrospectivement, personne n’aurait parié au début de l’année écoulée sur une hausse aussi forte de la Bourse, ni, de manière corollaire, sur une baisse des taux. Avez-vous investi votre épargne là où les rendements ont été les plus intéressants ? Bourse, Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), produits de taux… Voici les rendements de la plupart des instruments de placement financiers disponibles sur le marché.

Bourse : 86% des titres cotés ont affiché une hausse
Les actions caracolent bien entendu en tête de liste des meilleurs instruments de placement en 2003. Une aubaine pour les épargnants qui ont été malmenés tout au long des quatre dernières années. En fonction des actions que vous détenez, vous avez réalisé jusqu’à 110 % de plus-value en l’espace d’un an. Les moins chanceux (ou moins avertis peut-être) auront perdu pour leur part quelque 73 %. Mais le marché a gagné, dans sa globalité, près de 33 % depuis le début de l’année.
L’action qui a progressé le plus est Centrale Laitière dont le cours affichait un bond de 111 % à la clôture de la séance de vendredi 26 décembre. C’est la seule valeur qui réalise une performance à trois chiffres. Mais retenez que 85 % des sociétés cotées ont réalisé des plus-values en 2003. Mieux encore, 60 % progressent de plus de 20 %, 36 % surperforment l’indice (évoluent de plus de 33 %) et 26 % des titres cotés procurent à leurs détenteurs une plus value supérieure à 50 %. En tout, 45 valeurs sur les 53 cotées terminent l’année sur une note positive. Outre Centrale Laitière, six sociétés ont vu le cours de leurs titres évoluer de plus de 70 % depuis le début de l’année, si l’on se fie aux comptes arrêtés au 26 décembre. Il s’agit de la Marocaine-Vie, Wafa Assurance, Longométal, Lafarge Ciments, Aluminium du Maroc et Agma-Lahlou Tazi.
Excellents rendements donc. Mais rappelons tout de même cette mise en garde : l’investissement en Bourse est l’option qui promet le maximum de rentabilité, mais qui peut s’avérer la plus destructrice de votre richesse. N’envisagez d’intervenir sur ce marché que si vous êtes initiés. Autrement, passez par les OPCVM.
Quant à l’année 2004, tout porte à croire que la tendance haussière se maintiendra. Interrogés par La Vie éco, des analystes estiment toutefois qu’elle sera de moindre amplitude qu’en 2003.

OPCVM actions : encore mieux que l’intervention directe en Bourse
Les OPCVM actions ont profité de l’embellie de la Bourse en 2003 : ils peuvent investir jusqu’à 85 % de leurs actifs en titres de capital et ont donc suivi la même tendance haussière que le marché.
Et puisqu’ils sont gérés par des professionnels, ils sont même parvenus à surperformer les indices de la place. C’est le cas par exemple d’Atlas Premium, produit d’Atlas Management qui, à la date du 19 décembre, frôlait les 50 % de performance depuis le début de l’année. Le fonds Attijari Actions, géré par Attijari Management, est, lui, premier dans la catégorie des OPCVM investis à 60 % en actions au moins, avec une performance de 42,5 %.
Cela dit, la tendance est générale. Tous les OPCVM Actions ouverts au public ont vu leur valeur liquidative progresser en 2003. 72 % d’entre eux (soit 21 sur 29) évoluent plus rapidement que le Masi et 24 % affichent une performance supérieure à… 40 % depuis le début de l’année. Le «dernier de la classe», à en croire le tableau de l’Asfim (Association profes-
sionnelle des gestionnaires d’OPCVM), parvient quand même à réaliser du 23 %. Autant dire que c’est le jackpot !
Ces OPCVM profitent ainsi de la bonne conjoncture pour ramener à des niveaux satisfaisants les chiffres des trois dernières années. Certains sont toujours déficitaires sur trois ans glissants, mais les plus « performants » ont déjà vu leur valeur liquidative progresser de près de 35 % depuis fin 2000, malgré le contexte peu reluisant qui prévalait à l’époque.

OPCVM diversifiés : plus de 20%
Les OPCVM diversifiés ne sont pas en reste. Ces instruments, dont le portefeuille compte aussi bien actions qu’obligations, sont moins rentables certes, mais aussi moins risqués. Moins rentables ? Il faut relativiser parce qu’au terme de 2003, les meilleurs d’entre eux procurent quand même du 21,5 %. Souvenez-vous toujours de cette règle d’or selon laquelle une rentabilité ne peut être appréciée qu’en tenant compte du risque pris pour l’atteindre. Autrement dit, un OPCVM diversifié qui vous procure du 20 % est largement plus performant qu’une action qui vous rapporte autant. Et pour cause, en choisissant un OPCVM de ce type, vous avez couru un risque nettement inférieur par rapport à l’investissement direct en Bourse. Pour 2004, la nature diversifiée de l’OPCVM en fait un placement de premier choix, considérant le rapport rendement/risque.

OPCVM obligataires : jusqu’à 7% de rendement
En 2003, ces performances ont été quelque peu freinées par la hausse des taux observée durant le dernier trimestre de l’année 2003. Les performances affichées par ces OPCVM depuis le début de l’année se situent entre 2,6 et 7,75 %. Ce sont les besoins futurs du Trésor qui détermineront l’évolution des taux d’intérêt et donc des performances.
Les perspectives de rendement des OPCVM obligataires dépendront essentiellement de l’évolution de la courbe des taux l’année prochaine, surtout sur sa partie longue. Les performances seront également affectées par la situation de liquidité du marché bancaire qui détermine le coût de l’argent au jour le jour.
Les gestionnaires de fonds se sont mis d’accord, en 2003, pour appliquer la même courbe des taux lors du calcul des valeurs liquidatives. Cette courbe est déterminée par l’Asfim en se basant sur le niveau de taux lors des adjudications hebdomadaires et, à défaut, sur le niveau de taux observé sur le marché secondaire. La circulaire du CDVM sur la classification des OPCVM devrait par ailleurs imposer aux gestionnaires de communiquer sur la sensibilité de leurs fonds, ce qui devrait permettre d’accroître la transparence et améliorer l’information pour le client. Il sera ainsi plus aisé pour le souscripteur d’apprécier le niveau de risque à sa juste valeur. 

OPCVM monétaires & obligataires court terme : un rendement faible mais assuré
Compte tenu de la nouvelle classification que se sont imposée les gestionnaires de fonds et qui devra être entérinée et approuvée par une circulaire du CDVM prévue pour début 2004, on distingue désormais les fonds purement monétaires, des fonds obligataires à court terme.
Les fonds monétaires, dits aussi fonds de trésorerie, sont plus destinés aux institutionnels et aux entreprises qui pratiquent une gestion dynamique de leur trésorerie. L’horizon de placement est de 3 mois uniquement et le couple rendement-risque est très faible. Pour l’année 2003, les performances des fonds monétaires se sont situées entre 2 % et 3 % environ.
Les fonds obligataires à court terme s’adressent quant à eux à des particuliers et des entreprises disposant de cash pour une période plus longue (l’horizon de placement idéal se situe entre une et deux années) et offrent des perspectives de rentabilité plus intéressantes pour un risque légèrement plus important que les fonds monétaires. Les performances des fonds obligataires à court terme de la place depuis janvier 2003 se situent entre 2,5 % et 4 %.

Obligations et TCN : au bon gré des besoins du Trésor
L’année 2003 a été marquée par la cession de 80 % de la Régie des tabacs qui a rapporté au Trésor la bagatelle de 14 milliards de dirhams, couvrant en une seule opération toutes les recettes de privatisation budgétisées pour l’année. L’évolution de la courbe des taux a ainsi connu trois périodes distinctes. La période avant encaissement du chèque Altadis durant laquelle les besoins importants du Trésor étaient compensés par une surliquidité sur le marché monétaire contenant ainsi l’évolution des taux d’intérêt. La seconde période, marquée par l’aisance financière du Trésor suite à l’encaissement du fameux chèque, a été caractérisée par une faible présence sur le marché primaire. Enfin, dès que le Trésor a englouti cette manne financière (assez rapidement d’ailleurs, au goût de certains analystes), il a opéré un retour remarqué lors des adjudications, favorisant une reprise rapide des taux d’intérêt, toutes maturités confondues.
S’il n’y a pas eu d’importantes opérations sur le marché de la dette privée, les analystes parlent pourtant d’une évolution qualitative. L’émission par certains opérateurs industriels (Charaf corporation, ONA, Promopharm, Maghreb Steel…) de billets de trésorerie pour 606 millions de dirhams, afin de financer leurs besoins en cash, est à cet égard une avancée importante. L’année a été également marquée par l’utilisation de deux instruments innovants, à savoir les obligations remboursables en actions émises par Risma (201 millions de dirhams) et les obligations subordonnées émises par BMCE Bank (500 millions de dirhams).
Côté rendement, le niveau atteint en cette fin d’année varie entre 3,33 % pour les bons à trois mois, 3,70 % pour le 1 an, 4,94 % pour le 5 ans et 5,4 % pour le 10 ans. Les taux d’intérêt offerts lors des émissions privées dépendent du spread qui rémunère la prise de risque de l’investisseur.
Pour l’année 2004, ce sera encore le comportement de la rubrique «recettes exceptionnelles» de la Loi de finances qui déterminera les besoins futurs du Trésor et, donc, le niveau des taux. Plus de 12 milliards de dirhams de recettes de privatisation, correspondant principalement à la cession des 16 % restants de Maroc Telecom et l’introduction en Bourse de la Banque centrale populaire, ont été budgétisés pour l’année 2004.
Le marché obligataire reste toutefois l’apanage des institutionnels. Sa complexité, ses caractéristiques et son fonctionnement le rendent quasiment hermétique aux particuliers et aux non-initiés.

DAT et bons de caisse : la sécurité en est le principal atout
Les dépôts à terme (DAT) et les bons de caisse ne sont certainement pas les instruments qui rapportent le plus ces derniers temps. Un placement en compte à terme ou sous forme de bons de caisse à 12 mois ne produisait pas plus que 3,76 % bruts en octobre dernier. A la même époque de l’année 2002, ce genre d’investissement était rémunéré à 4,38 %.
Le niveau de rendement des DAT et autres bons de caisse étant adossé aux taux offerts par le Trésor lors des adjudications de ses bons, les analystes s’attendent à une certaine appréciation de leur rémunération, dans le sillage de la hausse des taux prévue pour l’année 2004. Ce genre d’instruments ne bénéficie cependant plus des faveurs des banquiers, plus intéressés par le développement des ressources non-onéreuses.
Les DAT présentent de multiples inconvénients. En effet, les «comptes bloqués», comme il est coutumier de les appeler, sont très peu liquides et toute sortie avant terme entraîne des majorations et des pénalités. De plus, ce genre de placement n’offre aucun avantage fiscal puisqu’il est soumis au régime de la TPPRF (30 % libératoires). Ce qui ramène le taux de rendement net de ces instruments à un niveau de 2,63 % (octobre 2003).

Bons sur formule (Trésor) : peu prisé et aussi intéressant qu’un DAT
Le rendement des bons du Trésor à 6 mois, plus connus sous l’appellation «bons sur formule», s’est nettement apprécié durant l’année 2003. Le Trésor a servi un taux d’intérêt brut de 3,90 % au titre du second semestre de l’année, contre 2,90 % durant le premier trimestre. Et l’on s’attend à une baisse pour les trois premiers mois de l’année 2004 qui le verra s’établir à 3,70 %. Ce taux, rappelons-le, est calculé de manière trimestrielle sur la base du taux moyen pondéré des bons à 26 semaines, émis par adjudication durant le trimestre précédent, auquel on ajoute une prime de 25 points de base.
Le Trésor a légèrement réaménagé les caractéristiques techniques de ces bons pour les rendre plus attractifs aux yeux des épargnants. Ainsi, outre le pré-escompte de 50 % des intérêts trimestriels, le placement devient liquide à l’expiration des 3 premiers mois.

Comptes sur carnet : de moins en moins attractifs
La sortie avant échéance se fait cependant au nominal quelle que soit la date de sortie entre le 3e et le 6e mois puisque les intérêts ne courent pas sur cette période.
Peu connu du public, ce genre de produits est aujourd’hui disponible auprès des trésoreries du Royaume, agences de Bank Al Maghrib et guichets de banque au prix unitaire de 1 000 dirhams.
Le compte sur carnet rapportera, lors des six prochains mois, 2,49 % par an. Bien évidemment ce taux s’entend hors taxe. Si l’on déduit les 30 % de TPPRF dont l’épargnant est redevable, le taux de rendement net baisse à 1,74 %. Petite consolation pour les épargnants, le récent relèvement du montant maximum des comptes sur carnet qui est passé de 150 000 dirhams à 300 000 dirhams. En somme, les détenteurs des comptes sur carnet ont le droit de faire plus d’économies qui leur rapporteront moins d’argent ! Le taux qui était en vigueur jusqu’au 31 décembre était de 2,95 %
Sur les dix dernières années, le taux de rendement du compte sur carnet a baissé de manière impressionnante. En 1993, cet instrument de placement rapportait, rappelez-vous, du 8,5 % par an.
En dehors de son aspect pratique, le compte sur carnet ne présente aucun avantage compétitif par rapport à d’autres instruments similaires.

Livret d’épargne nationale: l’exonération en est le seul avantage

Le compte Caisse d’épargne nationale est une formule d’épargne rémunérée et gérée sur livret que Barid Al-Maghrib offre à sa clientèle à travers ses établissements postaux sur l’ensemble du Royaume. Produit d’épargne populaire par excellence, le livret CEN est ouvert aux adultes, aux enfants, aux entreprises, aux associations et aux coopératives… Le dépôt minimum est de 5 dirhams et toutes les opérations sont gratuites.
Les dépôts sont rémunérés selon un taux d’intérêt calculé semestriellement par le ministère des Finances. Pour le second semestre de l’année 2003, il est fixé à 2,36 %. Il faudra attendre quelques semaines avant que le ministère des Finances calcule le nouveau taux applicable pour le premier trimestre 2004. Le livret CEN bénéficie par ailleurs d’une exonération totale des impôts et taxes.

Épargne-retraite & épargne-éducation : un rendement de 5 à 6%
Les compagnies d’assurance ont été moins généreuses en 2003 qu’elles ne l’ont été en 2002. Les taux de rendement, bonus compris, des contrats d’épargne retraite et d’épargne-éducation varient entre 5 et 6 %. Cette baisse est due principalement à la baisse des rendements des placements des compagnies d’assurance affectées par la crise boursière et par la baisse des taux sur le marché obligataire.
La baisse du taux minimum garanti, qui s’applique à l’ensemble des contrats d’assurance-vie à partir de janvier 2003 (il est passé de 4,5 % à 3,25 %), laisse courrir le risque de voir les rendements se déprécier de plus belle. L’embellie des cours sur le marché boursier permet cependant d’espérer une amélioration de la composante variable du taux de rendement (le fameux bonus) calculé par les compagnies d’assurance.
Les contrats d’assurance-vie, commercialisés principalement dans le cadre de la bancassurance, sont régis par le nouveau code des assurances.
Les banques, n’ayant plus le droit de commercialiser ces produits sous forme de contrat groupe, se retrouvent dans l’obligation de modifier l’ensemble des contrats, même ceux en cours. Les banques avaient jusqu’au 6 novembre dernier pour se conformer à la nouvelle législation, mais il semblerait qu’elles aient pris beaucoup de retard.