Ce qui change dans la valorisation de vos OPCVM

Les gestionnaires d’OPCVM se baseront sur le même référentiel
pour la valorisation des titres de leurs fonds.
La nouvelle méthode colle mieux à la réalité du marché
puisqu’elle intègre aussi le marché secondaire.
Tous les porteurs seront traités sur un pied d’égalité.

L e 13 février 2004 était un jour important pour la gestion collective au Maroc. Les gestionnaires des OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières) devaient en effet, à partir de cette date, se baser sur un référentiel unique pour la valorisation des titres qu’ils détiennent et donc pour le calcul des valeurs liquidatives de leurs fonds. L’harmonisation des méthodes de valorisation se fait désormais en sa basant sur une courbe des taux d’intérêt utilisant un algorithme précis et formalisé qui a été élaboré suite à une large concertation entre tous les intervenants. Ainsi, l’Asfim (Association des sociétés de gestion et fonds d’investissement marocains), la direction du Trésor, Bank Al Maghrib et un intervenants sur les bons du Trésor, le tout sous la coordination du CDVM (Conseil déontologique des valeurs mobilières) ont travaillé main dans la main pour mieux coller aux spécificités du marché.
La courbe sera publiée quotidiennement par Bank Al Maghrib et servira de base à la valorisation des titres de créances détenus par les OPCVM. Elle se basera aussi bien sur les conditions du marché primaire (marché de première émission), le jour de l’annonce que sur les niveaux de transaction, que sur le marché secondaire. Mieux, elle sera actualisée quotidiennement, de plus en plus d’OPCVM ayant une valeur liquidative quotidienne.
Pour mieux comprendre l’intérêt de ce basculement, il faut rappeler que, jusque-là, on se basait sur une courbe de référence déterminée à partir des résultats des adjudications de bons du Trésor sur le marché primaire. «Si la référence primaire est tout à fait significative de la réalité du marché le jour de l’annonce du résultat des adjudications des bons du Trésor, cela ne reste plus valable les jours suivants, les conditions du marché évoluant par ailleurs en fonction des différents facteurs influençant le niveau des taux d’intérêt», fait-on remarquer du côté de l’Asfim. Pour chaque maturité, le taux retenu était en effet le dernier adjugé par le Trésor. Du coup, «dans le meilleur des cas, si toutes les maturités étaient servies à chaque adjudication, les taux à moyen et long terme avaient donc une validité de 2 semaines et les autres maturités 1 semaine». Ce qui avait pour conséquence de «valoriser le plus souvent les actifs détenus par les OPCVM à des prix pouvant être très éloignés de leur niveau de réalisation sur le marché secondaire».
CDVM et Asfim sont sur la même longueur d’onde. Ils pensent que l’ancienne méthode comportait des risques et avait pour effet de «rompre l’équité entre les porteurs de parts d’OPCVM dans certaines situations».
Prenons, à titre d’exemple, le cas d’une sous-évaluation des titres dans l’OPCVM. Tout rachat prive le porteur de parts qui le réalise d’une plus-value latente lui revenant, et toute nouvelle souscription dilue la plus-value latente des porteurs de parts initialement sur le fonds. Le cas où les titres sont surévalués dans l’OPCVM est tout aussi risqué puisque tout rachat d’un porteur de parts lui assure au détriment des autres porteurs de parts une plus-value non due, et toute nouvelle souscription génère une moins-value latente au nouveau souscripteur à la faveur des anciens porteurs de parts.
«Les institutionnels opéraient des arbitrages au détriment des petits porteurs qui ne bénéficient pas du même niveau d’expertise. Suivant de très près l’évolution des taux d’intérêt, ils s’amusaient à faire des allers-retours leur assurant des gains non dus», dénonce un gestionnaire d’OPCVM.
«L’autre effet induit par l’application d’une valorisation basée uniquement sur le marché primaire était de créer des distorsions dans l’appréciation par les investisseurs des performances des OPCVM», note un responsable au CDVM.
Chaque gestionnaire de fonds pouvait en réalité appliquer sa propre méthode et était à tout moment en mesure de la défendre bec et ongles. Désormais, ils doivent tous se baser sur le même référentiel, ce qui permettra d’améliorer d’une manière significative la comparabilité des performances affichées par les différents fonds.
Le débat était houleux avant d’aboutir à cette nouvelle harmonisation. Mais cela semble être déjà de l’histoire ancienne. Quoi qu’on se rappelle encore d’un certain communiqué de l’Asfim qui n’avait pas trop plu à la Direction du Trésor. L’association des gestionnaires d’OPCVM voulait en effet «prendre la main» pour établir elle-même le référentiel de taux. Maintenant, c’est à Bank Al Maghrib de le faire et c’est tant mieux.
Le marché a tout à gagner grâce à ce basculement. Mais pour apprécier l’impact du changement de méthode de valorisation, il faut observer de plus près la courbe et vérifier qu’elle traduit bien la réalité du marché. Le grand gagnant restera le petit porteur qui verra ses opérations de souscriptions et de rachat passer dans les mêmes conditions que les institutionnels. Il n’y aura pas, en principe, de frottements liés aux mouvements des autres porteurs de parts.
Il reste à souligner que la comparabilité des performances laisse la porte grande ouverte pour l’établissement de palmarès des OPCVM. Un palmarès accepté par tous et renseignant la clientèle sur les meilleurs instruments de placement.
L’Asfim doit ouvrir ce chantier et s’y atteler plus sérieusement. La demande est certaine.
Depuis le temps qu’on en parle, plusieurs développements sont survenus. Tous sont salutaires (certification AIMR, notation de quelques sociétés de gestion, meilleur travail de coordination et de concertation de l’Asfim…), mais le classement tarde à venir. Aujourd’hui, plus que jamais, ce projet semble réalisable.
Il va falloir juste trouver des intervenants indépendants pour le mener à bien. Tout le marché en profitera. A bon entendeur…