Bourse : potentiel de hausse à  court terme mais la reprise attendra juin

Elle est alimentée par la reprise constatée sur les marchés internationaux, les effets d’anticipation sur les résultats annuels des sociétés cotées et le courant acheteur initié par les institutionnels.
Mais les volumes ne sont toujours pas suffisamment importants et des signaux techniques baissiers persistent à  moyen terme.

A n’y rien comprendre ! La Bourse de Casablanca termine son premier mois de l’année 2010 à la hausse, là où l’ensemble du marché tablait sur une baisse. «La hausse des indices boursiers a certainement pris de court un très grand nombre d’investisseurs et d’analystes dont le consensus général convergeait vers une poursuite de la baisse», confirme Omar Benhammou, trader à la société de Bourse Integra.
En chiffres, à fin janvier, l’indice de toutes les valeurs, Masi, termine avec une croissance de 4,64%, quand le baromètre des valeurs les plus liquides, Madex, prend 4,93%. Plus notable encore, la plus grande partie de cette hausse a été engrangée en tout début de mois, précisément durant les séances du 6 et du 7 janvier qui se sont soldées dans l’ordre par des rebonds de 1,57% et 2,56%.
Qu’est-ce qui explique cette hausse inattendue ? Les justifications des observateurs sont multiples.
Pour certains, c’est la reprise constatée sur les marchés internationaux fin 2009 qui profite à la place casablancaise. Pour d’autres, la hausse observée sur tout le mois de janvier est alimentée par les effets d’anticipation sur les résultats annuels des sociétés cotées, à paraître en mars.
Certains, enfin, évoquent un courant acheteur installé sur le marché depuis le début de l’année et qui aurait profité aux cours de quelques valeurs. Et ce sont spécifiquement des institutionnels nationaux qui seraient à l’origine de ce mouvement. «Ces derniers sont sortis de certaines valeurs défensives vers la fin de l’année dernière et se sont repositionnés au cours du mois de janvier en effectuant des achats à bon compte», informe un analyste. Pas étonnant dès lors que des valeurs de fonds de portefeuille, habituellement prisées par les institutionnels, se retrouvent en nombre parmi les titres ayant le plus pris à fin janvier 2010.   Pour les citer : Managem (16,25%), Lafarge Ciments (13,62%), SMI (12,89%), Addoha (9,18%) ou encore Maroc Telecom (8,86%).
Ces investisseurs institutionnels ont par ailleurs joué la tendance inverse du marché, selon une méthode bien connue des traders. «Ils ont parié la hausse, alors que les indices étaient donnés baissiers, ce qui leur a permis de se positionner sur leurs cibles à des conditions avantageuses», décrypte M.Benhammou.
A ce mécanisme de base s’ajoutent également d’autres motivations d’achat fournies par l’actualité de chaque titre. Par exemple, le titre en Bourse du spécialiste de la conserve de poissons, LGMC, a signé la meilleure performance de ce mois de janvier (20,51%), en grande partie grâce à l’Offre publique de retrait (OPR) dont il fait l’objet.  Pour rappel, cette dernière opération, qui porte sur tout le flottant en Bourse de la valeur, a été lancée à l’initiative de Mutandis SCA et Jaybo Sarl, devenus récemment actionnaires de référence de la société. A noter que le prix unitaire de 424 DH, proposé pour la reprise des actions LGMC, ne permet actuellement de réaliser qu’une plus-value de 6% alors que ce potentiel atteignait 28% au lendemain du lancement de l’OPR.
Un cran en-dessous de LGMC vient l’action Matel PC Market (18,33%) dont la bonne tenue est à lier au projet de fusion de la société avec l’autre distributeur de matériel informatique coté, Distrisoft.
Mais il n’y a pas que l’actualité officielle des cotations pour doper leurs cours. Pour certains titres, les rumeurs y contribuent aussi. Spécifiquement, pour le promoteur immobilier Addoha, la hausse de 9,18% engrangée tout au long du mois de janvier serait due à des bruits de marché relayant l’entrée imminente de la CDG dans son tour de table. Certains attribuent même cette ambition à la Banque centrale populaire (BCP), auquel cas une partie des dettes dont est redevable Addoha envers la banque serait transformée en participations dans le capital.

La hausse du Masi devrait se poursuivre à court terme jusqu’à un objectif de 11 000 points

Toutes les raisons évoquées précédemment font qu’au final les indices ont augmenté en janvier. Et, à court terme, «la reprise devrait se poursuivre encore à` un rythme toutefois moins soutenu», pronostiquent les analystes de BMCE Capital Bourse (BKB). La limite haussière est en fait fixée à 11 000 points pour l’indice Masi (10 928,44 points à fin janvier 2010).
Mais la hausse n’est pas pour durer.
D’abord, les volumes ne sont pas encore suffisamment importants pour la soutenir. A fin janvier, le bilan mensuel des volumes affiche d’un mois à l’autre un repli de 42,5% sur le marché central  qui a drainé un volume total de 4,8 milliards de DH. La moyenne quotidienne en ressort à 255 MDH contre 488 MDH en décembre 2009. Certes, ce dernier mois intègre les transactions exceptionnelles de fin d’année, ce qui accroît le recul. Mais même en excluant ce mois, le volume moyen de janvier reste comparable à la moyenne quotidienne de l’année précédente, nettement en dessous des années 2007 et 2008. Quant au marché de blocs, le recul de ses transactions s’élève à 85% à fin janvier 2010 en comparaison avec la même période de l’année passée. Prévisible quand on sait qu’il n’a traité que pendant les deux premiers jours du mois avec un volume global de 256 MDH réalisé principalement sur les valeurs bancaires (BCP, BMCI, CIH et CDM).
Plus que cela, le marché continue de fournir des signaux baissiers aux analystes. En substance, «l’indice de toutes les valeurs devrait subir une correction vers un premier objectif de 9 900 points», estime-t-on à BKB. S’il venait à chuter encore plus, le Masi pourrait même descendre jusqu’à 7 500 points, selon les analystes de la société de Bourse.
Et ce n’est qu’après avoir épuisé ce potentiel de baisse que les indices pourraient connaître une reprise de fonds. Par ailleurs, ils devraient être grandement influencés par la publication des résultats annuels au titre de l’exercice 2009. «Ceux-ci, bien qu’impactés par les effets de la crise (montée des créances en souffrance, baisse de l’activité touristique, ralentissement du BTP…), devraient profiter de l’effet de base positif»,  estime Widad Ouardi, analyste financier à Integra. En effet, le deuxième semestre 2008 a enregistré des résultats en forte baisse de quelques sociétés (notamment celles opérant dans l’énergie et les mines) qui ont déjà affiché une reprise notoire au titre du premier semestre 2009.
En plus, les investisseurs semblent être conscients des effets du ralentissement économique et, par conséquent, un léger écart par rapport aux attentes initiales ne devrait pas les surprendre. Par ailleurs, la capitalisation flottante a significativement régressé par rapport à l’année dernière, réduisant la volatilité des titres. Tout cela devrait donc favoriser une reprise pressentie pour la mi-2010.
D’ici là, une approche sélective des valeurs aux fondamentaux solides et au rendement élevé reste de mise.