Bourse : perspectives mitigées pour les secteurs cotés

Baisse attendue des bénéfices 2015 pour les secteurs des matériaux de construction, télécoms et mines. Banques, assurances, immobilier et distribution devraient afficher des croissances. L’exercice 2016 devrait être meilleur.

Les sociétés cotées commenceront à publier leurs résultats au titre de l’exercice 2015 dans quelques semaines. Pour les analystes, hormis quelques entreprises qui souffrent de difficultés en raison de problèmes internes, la tendance générale devrait être positive, les principaux secteurs représentés à la bourse ayant profité d’un contexte économique favorable marqué par une excellente campagne agricole et une bonne tenue des activités non agricoles. Les perspectives de l’exercice 2016 sont tout aussi prometteuses, et ce, malgré le ralentissement attendu de la croissance économique à cause notamment du démarrage difficile de l’actuelle campagne agricole. Une résilience que l’on explique par la transformation progressive de l’économie marocaine et son ouverture sur l’environnement régional. Le département Analyse et Recherche d’Upline Securities a livré dans une récente étude ses projections pour les principaux secteurs cotés au titre des exercices 2015 et 2016. En voici l’essentiel.

Banques : Croissance bénéficiaire malgré le ralentissement de la demande

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Les banques cotées évoluent dans un secteur qui tourne au ralenti. A fin novembre 2015, la croissance de l’encours des crédits s’est limitée à 0,2%. Pour l’ensemble de l’année, Bank Al-Maghrib prévoit une progression d’à peine 0,5%. Ce tassement s’explique par la faiblesse de la demande émanant des entreprises de certains secteurs qui traversent une situation difficile. En parallèle, les résultats sur les opérations de marché exceptionnellement importants réalisés en 2014 n’ont naturellement pas été atteints en 2015, en raison de la stabilisation des taux sur le marché des bons du Trésor.

Mais la conjoncture n’est pas à 100% négative. Le coût du risque a sensiblement baissé en raison de l’effort de provisionnement consenti par les principales banques de la place ces dernières années et qui donne lieu actuellement à d’importantes reprises sur provision. Aussi, la contribution des activités à l’international des trois plus grandes banques du secteur a été positive.

Dans ces conditions, Upline Securities prévoit pour les banques cotées une progression de l’encours consolidé des crédits de 2,8% en 2015, à 755,7 milliards de DH, et une hausse des dépôts de 5,4%, à 792,5 milliards de DH. Il devrait en découler un produit net bancaire consolidé en progression limitée à 1,9%, à 53,7 milliards de DH. Mais grâce à une baisse sensible du coût du risque, estimée à 10% (8,4 milliards de DH), le résultat net part du groupe sectoriel devrait enregistrer une hausse de 4,8%, à 10 milliards de DH.

Pour 2016, il est prévu une croissance des dépôts et des crédits consolidés respectivement de 5,3% et 4,7% par rapport à 2015. Le PNB consolidé et le résultat brut d’exploitation devraient croître au même rythme (+5,1% et +5,3% respectivement) pour s’établir à 56,5 et 28,2 milliards de DH. Pour sa part, le coût du risque est appelé à baisser de 1,5%, à 8,3 milliards de DH. Au final, le résultat net part du groupe sectoriel devrait atteindre 11,1 milliards de DH, soit une hausse de 10,5% par rapport à 2015.

Matériaux de construction : Reprise attendue en 2016

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Le secteur des matériaux de construction traverse toujours une période difficile due au tassement du marché de la construction. Un léger redressement a été constaté au cours de la deuxième moitié de l’exercice 2015, comme en attestent les ventes de ciment qui ont progressé de 1,7% à fin novembre (contre -1,3% à fin juin). Mais cette amélioration ne peut renverser la tendance de l’ensemble de l’année. Pour Upline Securities, le chiffre d’affaires du secteur devrait reculer de 1,5%, à 17,6 milliards de DH, en raison principalement de la baisse de 12,5% de l’activité de Sonasid (retrait des ventes en volume et chute des prix de vente), de 6,3% du chiffre d’affaires de Holcim (dégradation des ventes de ciment sur ses marchés de proximité et tassement de l’activité béton et granulats), et de 8% du chiffre d’affaires de Colorado. En face, des améliorations de 6,1% et 3,6% des revenus de Cimar et Lafarge sont attendues grâce, pour la première société, au bon comportement de l’activité béton et granulats et, pour la seconde, de la hausse des ventes de ciment sur ses marchés traditionnels. Dans ces conditions, la capacité bénéficiaire du secteur devrait perdre 1% pour se situer à près de 3 milliards de DH.

Pour 2016, une légère reprise est attendue, grâce notamment à la consolidation de l’investissement public (189 milliards de DH en 2016), notamment dans les grands chantiers d’infrastructures. Par contre, l’activité «bâtiment» devrait rester sur sa trajectoire baissière, les carnets de commande continuant de se situer en dessous de leur niveau normatif à moyen terme. En tout cas, pour les entreprises cotées du secteur, l’activité devrait enregistrer une progression de 2,5% pour un chiffre d’affaires de 18 milliards de DH. Le résultat net part du groupe devrait, lui, se redresser significativement et marquer une croissance de 7,8% pour s’établir à 3,2 milliards
de DH.

Immobilier : Addoha et Résidences Dar Saada résilientes

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Après la radiation de la CGI et compte tenu des difficultés que traverse Alliances, il ne reste plus dans le secteur immobilier coté que le groupe Addoha et Résidences Dar Saada qui portent les espoirs des investisseurs. Et le moins que l’on puisse dire est que ces deux promoteurs résistent bien à la conjoncture sectorielle morose. Pour rappel, à fin juin 2015, ces opérateurs ont généré un chiffre d’affaires de 4 milliards de DH, en repli de 2% suite au recul du volume d’affaires de Résidences Dar Saada qui, il faut le noter, était prévu dans son business plan d’introduction en bourse. Le résultat net part du groupe agrégé a, lui, stagné à 666 MDH. Pour l’ensemble de l’exercice 2015, les deux entreprises semblent bien armées pour respecter leurs engagements. Un constat conforté par un planning de livraisons chargé au deuxième semestre. En effet, Résidences Dar Saada devrait connaître l’accélération de la livraison des projets Oulad Azzouz et Rahma et la poursuite du déstockage des produits finis. Pour sa part, Addoha devrait poursuivre la mise en œuvre de son Plan Génération Cash qui privilégie la livraison des unités en stock et la réduction de l’endettement. Dans ces conditions, les revenus agrégés des deux opérateurs devraient enregistrer une croissance de 3,2%, selon Upline Securities, à 9,1 milliards de DH, et la capacité bénéficiaire une amélioration de 5,9%, à 1,5 milliard de DH.

Au titre de 2016, Addoha devrait capitaliser sur les retombées positives du Plan Génération Cash dont les premiers effets ont déjà commencé à se faire sentir cette année. A cela s’ajoute le développement de l’activité à l’international par le lancement de plusieurs projets en Afrique, dont les premières contributions aux revenus d’Addoha devraient intervenir à partir de 2017. Quant à Résidences Dar Saada, elle devrait poursuivre son plan de développement par le lancement de nouveaux projets dont le taux de commercialisation atteint plus de 70% et la livraison des autres projets. En tenant compte de ces projections, Upline Securities prévoit en 2016 une amélioration de 4,8% du chiffre d’affaires consolidé sectoriel, à 9570,3 milliards de DH et un résultat net part du groupe de 1,6 milliard de DH, en hausse de 8,2%.

Assurances : Un secteur à gros potentiel

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Les réalisations à fin 2015 des compagnies d’assurance cotées devraient être en ligne avec celles du premier semestre 2015. Pour rappel, à fin juin dernier, les primes acquises nettes et la rentabilité de Wafa Assurance, Saham Assurance et Atlanta ont crû respectivement de 4,7% et 9,6% grâce au bon comportement de la branche «Vie», les bonnes performances des placements financiers et la baisse de la sinistralité. Pour l’ensemble de l’exercice 2015, Upline Securities prévoit une croissance de 5,7% des primes acquises nettes sectorielles, à 12,2 milliards de DH, et une progression de 17,2% du résultat technique, à 2 milliards de DH. Quant au résultat net part du groupe sectoriel, il devrait croître de 9,7%, à 1,46 milliard de DH.

En 2016, plusieurs bouleversements sont attendus dans le secteur: révision du livre IV du code des assurances qui encadre la distribution, instauration du principe de solvabilité basée sur les risques, mise en place d’un cadre légal pour l’assurance «Takaful», élargissement des assurances obligatoires… Tous ces facteurs devraient accélérer le rythme de croissance du secteur. La branche «Vie» est appelée à se développer davantage, notamment avec l’arrivée de Taamine Chaabi du groupe BCP et le démarrage du partenariat de bancassurance noué entre Saham Assurance et Crédit du Maroc. En chiffres, les primes acquises nettes du secteur devraient progresser de 6,8%, à 13 milliards de DH. Le résultat net part du groupe devrait par contre enregistrer une croissance limitée à 2,5% (1,5 milliard de DH) en raison d’une quasi-stagnation du résultat technique (+0,8%, à 2milliards de DH).

Distribution : Le secteur ne connaît pas la crise

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Les distributeurs cotés ont clôturé la première moitié de l’exercice 2015 avec des indicateurs en amélioration. Le chiffre d’affaires agrégé s’est apprécié de 12,4%, à 7,5 milliards de DH, grâce notamment à la croissance enregistrée par Label’Vie et Auto Hall. La capacité bénéficiaire sectorielle s’est quant à elle hissée de 32,6%, à 304 MDH.

Pour l’ensemble de l’année 2015, le secteur devrait profiter de la reprise des ventes automobiles qui ont crû de plus de 8%, du développement de l’activité automobile par Stokvis après l’acquisition de la carte de distribution de la marque Fiat au niveau des régions de Rabat et El Jadida, et la montée en puissance des magasins Label’Vie ouverts en 2014. Sur la base de ces éléments, les analystes d’Upline securities tablent sur une croissance de 14,5% du chiffre d’affaires sectoriel, à 15,7 milliards de DH, et une hausse de 22,4% du résultat net global, à 570 MDH.

En 2016, le secteur de la grande distribution devrait s’appuyer sur la consolidation des performances commerciales des points de vente existants et l’ouverture de nouveaux magasins. Dans l’automobile, l’activité devrait être marquée par la tenue du Salon automobile en mai, la poursuite du programme d’extension du réseau de distribution d’Auto Hall et le développement du réseau de distribution de Stokvis par la consolidation du partenariat avec Fiat. Ainsi, il est prévu en 2016 une bonification de 10% du chiffre d’affaires sectoriel, à 17,3 milliards de DH, et une croissance de 9,4% du résultat net agrégé, à 624,8 MDH.

Mines : Conjoncture mondiale défavorable

Mines

Les compagnies minières cotées semblent résister à la baisse des cours des métaux à l’international, grâce principalement à deux facteurs : une hausse de la production et une amélioration du taux de change dollar / dirham. A fin juin 2015, le chiffre d’affaires agrégé du secteur a enregistré une progression de 16,1%, à 3 milliards de DH, dopé essentiellement par les réalisations du groupe Managem. Sur l’ensemble de l’année 2015, les effets parité et volumes devraient permettre aux sociétés minières de soutenir leurs réalisations commerciales. Cependant, la baisse prononcée des cours des métaux sur les derniers mois de l’année, principalement l’argent et les trois métaux de base (cuivre, zinc et plomb) devrait peser négativement sur la rentabilité. En effet, au premier semestre, le résultat net du secteur s’est contracté de 99,3%, à 367 MDH, sous l’effet du fort repli du bénéfice de SMI (-49%). Cette situation ne devrait pas changer au titre de l’ensemble de l’année. Pour Upline Securities, le secteur devrait connaître une contraction de sa masse bénéficiaire de 5%, à 586 MDH, malgré une hausse anticipée du volume des ventes de 8,2%, à 5,6 milliards de DH.

Pour 2016, les analystes anticipent une poursuite de la tendance baissière des cours des métaux, en raison de la baisse de la demande mondiale induite par le ralentissement de l’économie chinoise et la hausse des taux d’intérêt américains qui devraient orienter les investissements vers les marchés financiers aux dépens des valeurs refuge telles que l’or et l’argent. C’est ainsi qu’il est prévu une quasi-stagnation du chiffre d’affaires sectoriel, à 5,6 milliards de DH. La rentabilité devrait toutefois se redresser avec des bénéfices agrégés attendus en hausse de 5,8%, à 620 MDH.

Télécoms : La concurrence pèse toujours sur la rentabilité

Telecoms

Contrairement à ce que prévoyaient les experts, la pression concurrentielle ne s’est pas relâchée en 2015 dans le secteur des télécoms. Les prix du mobile ont continué à baisser, notamment à travers le lancement d’offres de «voix illimitée» et de la 4G au prix de la 3G. Actuellement, le potentiel de croissance réside dans la data, le parc national de l’internet mobile ayant crû à 12,8 millions d’abonnés à fin septembre 2015 contre 7,5 millions un an auparavant. Le parc mobile a, lui, fait quasiment du surplace sur la même période.

Dans ce contexte, Maroc Telecom a clôturé les 9 premiers mois de l’année 2015 sur une croissance de ses revenus consolidés de 1,7%, à 25,5 milliards de DH sur une base comparable. Cette évolution intègre une légère baisse de 0,2% du chiffre d’affaires au Maroc. En raison d’une concurrence toujours rude, la marge brute de l’opérateur a poursuivi son effritement. Sur le marché local, elle se situe à 54,8% à fin septembre 2015 contre 55,9% un an auparavant. A l’international, la marge brute a chuté de 9 points, à 39,5%, en raison de l’entrée des filiales d’Atlantique Télécom dans le périmètre de consolidation du groupe. Ces dernières devraient peser sur la rentabilité de ses activités à l’international à court terme (2015 et 2016), mais recèlent un potentiel de croissance important pour la masse bénéficiaire du groupe.

Ainsi, Upline Securities pense que Maroc Telecom devrait terminer l’année sur une hausse de 16,5% du chiffre d’affaires consolidé, à 33,9 milliards de DH, et une baisse de 11,2% du résultat net part du groupe, à 5,2 milliards.

Pour 2016, il est prévu une stabilisation du revenu moyen par client du segment mobile grâce à la montée en puissance de la data, un maintien du rythme de croissance du segment ADSL&Fixe malgré la réduction des prix du dégroupage, et un redressement de la rentabilité des filiales d’Atlantique Télécom. Le chiffre d’affaires de Maroc Télécom devrait ainsi croître de 3%, à 34,9 milliards de DH, et le résultat net part du groupe de 7,2%, à 5,5 milliards de DH.

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