Bourse et capital investissement : comment en faire profiter les entreprises

Ces deux modes de financement restent encore sous-exploités dans tous les pays de la Méditerranée.
Une intégration des Bourses de la région leur permettra d’attirer plus d’entreprises et d’investisseurs.
Le regroupement des petites entreprises en "pôles de développement" attirerait les capital-investisseurs.

Pour les chefs d’entreprises, trouver une alternative au financement bancaire en recourant au marché financier et au capital investissement est sans doute intéressant. Mais est-ce toujours possible ? Non, au Maroc comme dans tous les pays du pourtour méditerranéen, d’ailleurs. Et c’est une récente étude présentant des constats et des perspectives sur l’investissement dans la Méditerranée qui le dit. Ses résultats ont  été présentés lors de la réunion annuelle de l’Initiative pour l’investissement en méditerranée (2IM). Il s’agit d’un groupement d’acteurs publics et privés rassemblés, entre autres, par la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) le 25 février à Rabat, avec pour objectif d’accélérer les investissements dans les pays des rives sud et est de la Méditerranée (PSEM).

Mais d’abord pourquoi chercher une alternative au financement bancaire ? A cause de ses limites. «Les PSEM sont encore confrontés à une offre bancaire insuffisante en matière de crédits d’investissements, notamment ceux à long terme», tranche l’étude. C’est d’ailleurs en réponse à cela que des efforts pour développer les marchés de capitaux ont été faits. Cela a porté ses fruits et l’étude le montre à travers le rapport de la capitalisation boursière des PESM à leurs PIB respectifs : autour de 68% pour le Maroc, 73% pour l’Egypte, 34% pour la Turquie…

Il n’empêche que «le dynamisme de plusieurs Bourses des PSEM reste inexploité», rapporte l’étude. Le nombre des sociétés cotées reste en effet assez faible dans la plupart des pays de la région, alors que les entreprises cotables et dont les besoins de financement justifient un recours au marché financier se comptent par milliers. Selon les auteurs de l’étude, l’une des solutions qui permettraient aux Bourses de la Méditerranée de jouer pleinement leur rôle de financement de l’économie est leur intégration régionale.

L’enjeu en termes d’investissements est de taille. Cela permettra l’accès des entreprises à une ressource non bancaire très large, mais surtout de trouver de plus nombreuses possibilités de sorties pour les investisseurs. Une intégration des Bourses mobilisera également l’épargne régionale et donnera des gages au pays d’accueil des investissements directs étrangers sur la durabilité de ceux-ci ainsi que sur leur apport pour les économies d’accueil. Réciproquement, cela permettrait aux investisseurs étrangers de la région d’évoluer dans un cadre réglementaire plus sécurisé.

Notons que la Bourse de  Casablanca s’est dotée d’un plan de promotion à l’échelle régionale à l’horizon 2015, qui vise, entre autres, la double cotation avec des pays comme l’Egypte et la Tunisie. S’il venait à se réaliser, ce plan se conformerait à une tendance qui se généralise dans les pays de la région, puisqu’il est souligné que plusieurs Bourses ont initié des rapprochements pour générer des économies d’échelle et devenir plus attractives.

Mais, plus que cela, les auteurs de l’étude recommandent une mise en réseaux des Bourses méditerranéennes, qui pourraient même s’ouvrir sur les pays hors-zone, pour la diffusion des cotations et la passation des ordres selon le principe du guichet unique (one stop shopping).
Une autre proposition préconise l’élaboration d’indices communs, favorisant l’apparition de fonds indiciels nationaux et internationaux. Une dernière recommandation envisage même la constitution de fonds indiciels d’envergure avec, si nécessaire, un soutien public multilatéral.

Pour ce qui est du capital investissement, l’étude reconnaît que cette industrie est désormais bien ancrée dans les PSEM. Le Maroc en est un exemple parlant. En moins de 10 ans, les fonds sous gestion de cette industrie s’y sont hissés à 5 milliards de DH.

Toutefois, et c’est le cas pour l’ensemble des PSEM, le capital investissement ne couvre pas encore toutes les phases de développement de l’entreprise et ce sont les phases préliminaires qui sont pour l’heure négligées. Qui plus est les stratégies d’investissement de la plupart des fonds restent plus opportunistes que véritablement sectorielles. Et le Maroc reste là encore représentatif de la situation globale : les fonds actifs sont principalement investis dans le capital-développement et transmission (ciblant respectivement les entreprises matures ou en phase d’être rachetées) quand le capital-risque, qui concerne les entreprisesjeunes, ne représente que près de 5% des montants sous gestion.  

De ces insuffisances, une recommandation est énoncée par les auteurs de l’étude. Il s’agit d’élargir l’industrie du capital investissement vers les stades les plus avancés de la vie des entreprises (capital-amorçage et capital-risque). Et pour attirer les bailleurs de fonds et les gestionnaires vers ces branches de capital investissement, regrouper les entreprises jeunes et innovantes dans des «pôles de développement» apparaît comme une opportunité pertinente. L’objectif serait de leur donner une dimension de véritables clusters afin de favoriser l’essaimage technologique et de compétitivité à une échelle nationale et régionale.