Bourse : attention, le système de cotation change

Anonymat des transactions et suppression du principe de compensation des ordres
pour plus de transparence et d’équité.
Plus de capacité de traitement des ordres pour éviter les blocages et pour
plus de rapidité.
La nouvelle plateforme arrive avec un nouveau type d’ordres plus performants
et un lot de changements.

La Bourse de Casablanca est sur le point d’adopter un nouveau système de cotation. Il s’agit d’une plateforme électronique plus avancée technologiquement que le système actuel, et qui permettra d’améliorer le fonctionnement du marché boursier sur plus d’un plan.

Il faut savoir que le système actuel de cotation de la Bourse date de 1997 et qu’il a clairement montré ses limites ces deux dernières années. En 2007, plusieurs séances de Bourse ont été marquées par des dysfonctionnements au niveau du traitement des opérations, et ce, suite à  la forte augmentation des volumes quotidiens de transactions. De plus, l’actuelle plateforme ne permet pas d’introduire certaines modifications pour améliorer le fonctionnement du marché, telles que la mise en place de nouveaux types d’ordres de Bourse ou la suppression de certains avantages auparavant accordés aux sociétés de Bourse.

Le nouveau système de cotation viendra donc avec plusieurs solutions. Premièrement, sa capacité de traitement des ordres sera plus importante que celle du système actuel, ce qui permettra d’éviter les blocages et d’accélérer l’exécution des opérations. «La nouvelle plateforme de la Bourse de Casablanca permettra de digérer plus de volume de transactions», indique Fahd Elkadioui, trader senior à  Safabourse.
Deuxièmement, et c’est l’apport le plus important du nouveau système, plusieurs nouveautés et améliorations seront introduites afin d’assurer plus de transparence et d’équité dans le traitement des opérations.

L’ordre au marché est prioritaire sur les autres types d’ordres
La nouveauté majeure du système est la mise en place de l’«ordre au marché». Il s’agit d’un nouveau type d’ordre utilisé dans les Bourses occidentales. Il n’est assorti d’aucune indication de prix, ce qui veut dire qu’il est destiné à  être exécuté aux différents cours sur le carnet d’ordre du marché.
Ce nouvel instrument, qui ne doit pas être confondu avec l’ordre «au prix du marché», appelé également ordre «à  la meilleure limite» qui continuera d’être utilisé, présente plusieurs avantages.
D’abord, il faut savoir que l’ordre au marché est prioritaire sur tous les autres types d’ordres, ce qui assure à  son donneur le droit d’être servi avant les autres. Ensuite, contrairement à  l’ordre au prix du marché, si l’ordre au marché n’a été exécuté que partiellement avec un cours donné, la quantité restante peut être achetée (s’il s’agit d’un ordre d’achat) ou vendue (s’il s’agit d’un ordre de vente) à  n’importe quel autre cours, ce qui permet de réaliser son opération plus rapidement. Dans le cas d’un ordre au prix du marché, si l’exécution n’est que partielle avec un cours donné, le reste de la quantité ne peut être achetée à  un cours supérieur ou vendue à  un cours inférieur au prix initial, ce qui contraint le plus souvent le donneur d’ordre à  attendre que le même cours, ou un cours meilleur soit offert sur le marché. Enfin, même si l’ordre au marché peut être exécuté à  différents cours, il ne subit aucun fractionnement, ce qui veut dire qu’un seul frais de courtage sera prélevé.

Cela dit, ce nouveau type d’ordres présente deux inconvénients majeurs. De par sa nature, l’ordre au marché peut déstabiliser une valeur assez facilement. Pour peu que la valeur ne soit pas très échangée, un ordre d’achat au marché peut en effet absorber tous les ordres de vente d’un titre. C’est pourquoi, afin d’éviter ce genre de perturbations, l’ordre au marché est à  privilégier pour les valeurs à  forte liquidité. L’autre point faible est que, contrairement à  un ordre à  cours limité, il n’est pas possible de connaà®tre à  l’avance le montant total d’un ordre au marché car la transaction peut être effectuée à  différents niveaux de cours. Il est donc déconseillé aux investisseurs à  court de liquidités d’avoir recours à  ce type d’ordres.

Moins d’effet moutonnier avec l’anonymat des ordres
Pour ce qui est des changements qu’apportera le nouveau système de cotation, l’une des principales mesures prises par la Bourse de Casablanca est l’anonymat des ordres et des transactions. En effet, dès l’adoption de la nouvelle plateforme, les ordres introduits sur le système et les transactions qui en résultent seront diffusés sans codes d’identification, c’est-à -dire que même les sociétés de Bourse ne sauront plus de qui émanent les ordres.
Cette disposition est très importante dans la mesure o๠elle empêchera le déclenchement des effets moutonniers. Pour montrer son utilité, prenons un cas réel qui s’est produit il y a à  peine quelques mois.
Tout le monde se souvient de l’opération d’introduction en Bourse de la Snep. Des dizaines de milliers de particuliers avaient misé sur cette valeur car ils espéraient que son cours allait monter en flèche après sa première cotation, comme cela s’est produit pour d’autres sociétés comme CGI et Atlanta. Le cours de la Snep avait effectivement commencé à  progresser mais, soudainement, la valeur a fortement chuté pour revenir à  un niveau proche de son prix d’introduction. La raison évoquée par plusieurs opérateurs est que la société de Bourse qui appartient au même groupe que la banque d’affaires qui a conseillé la Snep dans son introduction avait annulé une grande quantité de ses ordres d’achat sur la valeur, poussant les autres opérateurs à  faire de même. Si les ordres de Bourse avaient été anonymes, aucun intermédiaire n’aurait su de quelle société de Bourse ils émanaient.

Autre avantage du nouveau système de cotation : la suppression du principe de compensation automatique de deux ordres opposés émanant d’une même société de Bourse à  des cours identiques. Cette mesure assurera plus d’équité dans le traitement des investisseurs. Afin de comprendre sa portée, prenons là  encore un exemple concret de compensation des ordres.
Un investisseur émet, via sa société de Bourse, un ordre d’achat sur une valeur avec un cours limite de 300 DH. Il sera classé premier sur le carnet d’ordre du marché. Après quelques minutes, un autre investisseur qui passe par une autre société de Bourse émet un ordre d’achat sur la même valeur et avec le même cours limite. Il sera donc classé deuxième sur le carnet d’ordre. Si un troisième investisseur qui passe par la même société de Bourse que celle du deuxième acheteur émet un ordre de vente avec un cours de 300 DH, c’est le deuxième acheteur sur le carnet d’ordre qui sera servi et non le premier, pour la simple raison qu’il a la même société de Bourse que le vendeur. La suppression du principe de compensation automatique permettra donc de respecter le classement des investisseurs sur le carnet d’ordre et ce, quelle que soit la société de Bourse émettrice des ordres.
Par ailleurs, cette disposition empêchera les intermédiaires de marquer les cours des valeurs à  la hausse ou à  la baisse en effectuant des opérations d’allers-retours.

Les ordres seront affichés à  leurs cours réels en pré-ouverture et en pré-clôture
Enfin, une autre mesure tout aussi importante sera mise en place avec l’adoption du nouveau système de cotation. Il s’agit de la suppression du principe d’écrasement des limites. «Cette disposition permettra aux investisseurs d’avoir une vision réelle des niveaux de cours proposés à  l’ouverture et à  la clôture des séances, ce qui se traduira par une prise de décision mieux fondée et une intervention plus efficace sur le marché», explique Elhadi Gharib, président de la Société marocaine des analystes financiers (Smaf).
L’écrasement des limites signifie qu’un ordre à  prix limité n’est diffusé à  son cours réel, lors des séances de pré-ouverture et de pré-clôture, que s’il est stipulé à  un prix inférieur ou égal au cours théorique d’ouverture ou de clôture pour les ordres d’achat, et à  un prix supérieur ou égal à  ce cours pour les ordres de vente. Si, par exemple, le cours théorique d’ouverture d’une valeur est à  500 DH, un ordre d’achat à  510 DH introduit durant la phase de pré-ouverture sera affiché dans le système à  500 DH. Inversement, un ordre de vente introduit à  490 DH sera également affiché à  500 DH. Ce principe fausse le jugement des investisseurs étant donné que ces derniers ne prennent connaissance que de la moyenne des cours (cours théorique) et non pas de tous les niveaux de cours proposés à  l’achat et à  la vente. L’affichage des ordres à  leurs cours réels renforcera donc la transparence du marché.