Blockchain : une révolution ou plutôt une évolution inexorable…

En 2030, la finance mondiale va générer 462 milliards de dollars grâce à la blockchain. Les pays africains ont une longueur d’avance par rapport au Maroc. Le transfert d’argent via la blockchain coûte quelques centimes et ne dépend pas du montant des sommes transférées.

Le tant attendu Africa BlockChain Summit s’est tenu dernièrement à Rabat. A l’initiative de Bank Al-Maghrib et Paris Europlace avec le soutien des sociétés HPS et Talan. L’événement dédié à la technologie blockchain en Afrique et son potentiel aussi bien pour les banques centrales que pour le système financier dans son ensemble.

Les thématiques abordées lors de cette rencontre, qui réunit près de 300 participants et une trentaine d’intervenants internationaux, portent notamment sur l’utilisation de la blockchain dans les milieux financiers et les défis que cela entraîne pour les régulateurs, ainsi que les utilisations de cette technologie dont notamment les smarts contracts, la crypto-monnaie et les domaines réglementaires et juridiques. Lors de sa prise de parole, le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouhari, a mis l’accent sur l’énorme potentiel de la blockchain à générer des gains de productivité pour de multiples industries. Une technologie capable d’assurer la désintermédiation, d’améliorer la transparence mais aussi de réduire considérablement les coûts des transactions (NDLR : selon une étude de McKinsey, la blockchain pourra réduire le coût des infrastructures financières de 110 milliards de dollars).
Alain Pithon, secrétaire général de Paris Europlace, a enrichi cette réflexion en donnant des chiffres extraits d’une récente étude sur la blockchain. La technologie en question est Le premier marché pour la finance mondiale (trade finance, établissements bancaires, financement de l’habitat, gestion d’actifs…). Grâce à elle, le secteur financier à l’échelle internationale devrait générer des revenus atteignant les 100 milliards de dollars au terme de 2024. Puis de 462 milliards de dollars d’ici 2030. Ces chiffres illustrent clairement la grande dynamique de la technologie, surtout si l’on ramène cela au point de départ en 2017, où ces revenus étaient de 2 milliards de dollars.

Sur un autre volet, le PDG de HPS Mohamed Horani a mis la lumière sur l’enjeu capital de la maîtrise des données. «La non maîtrise des données constitue une menace pour les Etats, pour leur souveraineté. Cette souveraineté digitale constitue désormais un enjeu capital pour tous les pays. Le digital permet de constituer des modèles économiques plus fiables, plus soutenables. Un gisement d’une nouvelle économie de partage, une économie collaborative.
Ce type d’économie repose sur le partage de pairs, de biens, d’espace, de connaissance via des plateformes numériques. Cette économie est à explorer et surtout dans le domaine financier. La blockchain est de loin la technologie la plus disruptive qui participe à cette transformation», dit-il.

En effet, cette technologie n’a pas fini de bousculer le monde. Pour faire de cette transformation technologique un facteur de croissance, les initiatives et les stratégies de son adoption se multiplient partout et en continu dans les 4 coins du globe. En Afrique, des projets de grande envergure ont été lancés jusqu’ici (cf. encadré).

Bien que de telles initiatives soient toujours très timides au Maroc, la situation reste encourageante. De nombreux professionnels du monde financier ont engagé des réflexions. Le sommet africain organisé à Rabat en est la preuve concrète !

Notre pays, au même titre que plusieurs autres, est habitué à évoluer dans des environnements verticaux et stables. Ils ont tout intérêt à s’adapter rapidement au monde fortement transversal, systémique et en mouvement de la blockchain. Plutôt que d’y résister, la meilleure réponse, du moins la plus réaliste, serait d’adopter cette technologie…

BLOCKCHAIN
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Les pays émergents, et notamment l’Afrique, constituent un champ d’exploration exceptionnel pour la blockchain. Voici quelques exemples concrets dans des secteurs différents.

DigitUS, start-up tunisienne spécialisée dans la crypto-finance, et la Poste tunisienne se sont associées pour le lancement d’une application mobile permettant aux citoyens d’envoyer et recevoir de l’argent, de payer leurs achats de produits et services dans le réseau de commerçants partenaires. Les utilisateurs doivent créer un portefeuille DigiCash et l’approvisionner en e-dinar, crypto-monnaie qui utilise la technologie de la blockchain. Il s’agit ici d’un exemple de partenariat réussi entre une structure publique (La Poste) et des start-up.

La Poste, qui est leader en matière d’inclusion financière et sociale via la promotion des prestations de service numériques en Tunisie, a notamment introduit l’e-commerce et facilité bon nombre d’opérations administratives avec l’e-gouvernement. On compte actuellement près de 700000 utilisateurs de cartes prépayées e-dinar, 520 000 abonnés aux services de paiement par SMS. Plus de 2,5 millions de transactions sont également enregistrées chaque année.

Un autre exemple africain, celui de Bitland, une organisation basée au Ghana qui s’est donné pour mission de permettre aux institutions et aux particuliers de mesurer la superficie de leurs territoires et d’enregistrer leurs actes fonciers sur une blockchain. Quiconque désire inscrire son terrain sur le cadastre de sa ville peut remplir un formulaire disponible sur internet. Les données sont ensuite enregistrées dans la blockchain et il est impossible de les en sortir afin d’éviter le piratage des données. La blockchain permet ici de répertorier les terrains et de stocker l’information de façon transparente, publique et sécurisée, garantissant ainsi la propriété du bien répertorié.

Un 3e cas de Greenspec, l’entreprise kényane dont les activités vont de la vente de semences au contrôle qualité dans les domaines agricole et agro-alimentaire. L’inscription sur le registre blockchain peut se faire de façon manuelle (en photographiant les documents avec son smartphone et en les mettant en ligne sur une plateforme ad hoc), ou automatique (via l’utilisation de capteurs connectés, attachés au produit, capables de transmettre automatiquement des données – localisation, température, humidité…- et de les inscrire sur la blockchain). Ensuite, chaque partie prenante ayant reçu l’autorisation d’accéder à cette blockchain peut vérifier quel participant a inscrit une information donnée, à quelle date et à quel horaire. La blockchain permet ici un horodatage et une transparence du suivi des aliments, sans qu’un individu ou une entité ne puisse unilatéralement modifier ou supprimer les informations. Les différents acteurs de l’industrie peuvent dès lors détecter en temps réel où et quand la faute ou la fraude a été commise, là où aujourd’hui, en cas d’intoxication alimentaire d’un consommateur, le processus d’identification de la denrée fautive est chronophage.

 

Comme expliqué plus haut, la blockchain permet aux utilisateurs de s’échanger de la monnaie virtuelle sans passer par un organe central (organisme financier). Mais, même en l’absence de cet organe, il existe des utilisateurs spéciaux dont le rôle est de vérifier que les transferts de monnaie, appelés transactions, sont valides. Ces utilisateurs sont appelés les mineurs. Leur rôle est de garantir, pour chaque transaction, que l’utilisateur possède bien l’argent qu’il transfert, et donc de valider cette transaction. Pour valider ces transactions, les mineurs mettent à disposition de l’ensemble du réseau la puissance de calcul de leurs ordinateurs. Toutes les transactions sont regroupées au sein de blocs (NDLR : c’est de là d’ailleurs que vient le nom de blockchain). Pour qu’un bloc de transactions soit ajouté à la blockchain, les mineurs doivent utiliser des ordinateurs très puissants pour faire tourner des algorithmes très complexes.
L’une des grandes forces de la blockchain est de permettre de se passer des intermédiaires qui prennent leurs commissions pour réaliser ces transferts d’argent. Ici, seuls les mineurs gagnent de l’argent dans le système. Logique, vu qu’ils doivent bien être rémunérés pour leur travail essentiel au fonctionnement de la blockchain. Ils touchent ainsi une petite commission sur la transaction qu’ils valident.
Concrètement, lors de la création de l’ordre de transaction, la personne qui envoie des crypto-monnaies décide de la commission qui va être allouée aux mineurs pour la vérification. Plus la commission sera élevée et plus la transaction sera vérifiée rapidement car il y aura plus de concurrence entre les différents mineurs. En effet, le but des mineurs est de rentabiliser leur travail de vérification et ces derniers sont forcément plus intéressés pour vérifier en priorité des transactions bien rémunérées. Ainsi, ils vont s’attaquer en priorité aux transactions bien commissionnées et vérifieront les transactions à faibles commissions en dernier.
Ainsi, dans un système traditionnel dans lequel vous souhaitez transférer de l’argent, l’intermédiaire va prendre une commission pour la réalisation de cette transaction, le montant de cette commission est généralement fonction du montant transféré, donc plus vous transférez d’argent plus vous êtes ponctionné. Dans la blockchain, le transfert d’argent coûte quelques centimes seulement et ne dépend aucunement du montant des sommes transférées, un modèle nettement plus intéressant pour les utilisateurs.

 

Cette technologie a été créée en 2008 par un individu connu sous le nom de Satoshi Nakamoto mais que personne n’a jamais vu. Dans le monde actuel, avec le dirham par exemple, pour transférer de l’argent nous avons besoin de ce que l’on peut nommer un tiers de confiance. Ce tiers de confiance est généralement représenté par une banque. Le bitcoin et la blockchain ont donc été inventés pour s’affranchir de ce tiers de confiance. La blockchain va être en quelque sorte un grand livre constitué de blocs et dans chacun de ces blocs sont enregistrées et notées plusieurs centaines de transactions qui ont été réalisées en bitcoin ou n’importe quelle autre monnaie virtuelle. Ces écritures dans ces blocs sont indélébiles, ainsi aujourd’hui personne ne peut modifier ces écritures. Ce grand livre est consultable par tout le monde de manière libre. Toutefois, on ne retrouve pas l’identité des deux parties qui ont effectué la transaction. Chacun de ces blocs vont s’ajouter un à un pour former ce que l’on nomme la blockchain.