Assurance auto : Pourquoi le montant des cotisations diffère d’une compagnie à l’autre ?

• La tendance du marché est à l’augmentation des tarifs liés aux garanties dommages contractuels.
• Un expert jugé trop généreux peut être rayé de la liste par la compagnie d’assurance.
• L’assuré doit comprendre les garanties qu’il souscrit et surtout leurs limites.

La cotisation d’assurance automobile n’est pas uniforme pour tous. Pour un même véhicule et les mêmes garanties, vous pouvez trouver des tarifs complètement différents sur le marché. Pourquoi cette différence de prix entre les compagnies d’assurance ?
Pour répondre à cette question, Salim Kanouni, Directeur général de CQ Risq Assurance, détaille pour nous 7 éléments qui font varier le montant d’une cotisation. «Plusieurs critères entrent en considération dans la tarification d’un contrat d’assurance automobile».
– Le couple bonus / malus. Un bonus entraîne une réduction de 10% sur la prime RC (responsabilité civile automobile), ainsi que d’autres réductions allant jusqu’à 25% sur les garanties complémentaires. La garantie DR (voir encadré) est généralement offerte lorsque l’assuré bénéficie du bonus. A contrario, le malus majore la prime RC de 20% pour sinistre matériel et de 3% pour sinistre corporel. Ils se cumulent en autant de fois qu’il y a de sinistres sur l’année.
– La flotte. Un organisme public ou privé peut négocier une convention avec une compagnie d’assurance au profit de ses salariés. Il en est de même pour les flottes entreprises. Dans les deux cas, le contrat prévoit des réductions sur les garanties complémentaires, proportionnelles à la taille de la flotte.
– L’autre élément qui fait varier le prix est en relation avec la politique tarifaire de la compagnie. En effet, les compagnies ont introduit dans la tarification de nouveaux critères leur permettant de mieux cibler le profil de leurs assurés, tels que l’âge du conducteur, la date d’obtention du permis, la zone géographique…
«A titre d’exemple, en France, le tarif est plus affiné car il tient compte d’autres paramètres plus précis, tels que le kilométrage annuel, la profession, l’état général du véhicule, son entretien…», explique M.Kanouni.
– Les franchises et les limitations. La franchise indique le montant ou la fraction du dommage qui restera à la charge de l’assuré en cas de sinistre. Plus elle est réduite, et plus la prime est élevée. La limitation consiste, par exemple, à réduire la distance à partir de laquelle un assureur peut vous assister en cas de panne.Bon à savoir
– Les tendances marché : En 2019 les compagnies ont estimé que le coût des sinistres liés aux garanties dommages contractuels devait être réduit pour maintenir leur équilibre positif. «La tendance du marché est à l’augmentation des tarifs liés à ces garanties jugées déficitaires», résume l’expert.
– Les promotions qu’offrent les compagnies lors des évènements spécifiques, tels que les salons, les périodes de fêtes ou de lancement marketing.
– La prime pure : Techniquement la prime d’une compagnie se calcule par segment et usage. Le ratio SAP (sinistre à prime ou S/p) permet de connaître la prime d’équilibre. Dans le détail, les sinistres représentent l’ensemble des montants indemnisés sur la période concernée, chargé des provisions pour sinistres à payer. Et les primes constituent l’ensemble des primes nettes encaissées sur la même période, chargé des frais de gestion et autres frais rattachés.
La prime automobile dépendra donc de tous ces critères combinés.
«Pour résumer, les compagnies ont rapproché leurs tarifs pour deux catégories : Les contrats conventionnés et les contrats particuliers. La grande différence de prix se situe entre ces deux catégories, quelle que soit la compagnie».

Qu’en est-il du montant d’indemnisation ?

M. Kanouni explique que contrairement aux primes d’assurance, l’indemnisation se fait sur la base de règles juridiques uniformisées.
Théoriquement, le montant d’une indemnisation devrait être le même pour un contrat identique. Il est fonction de la valeur arrêtée par l’expert qui est indépendant.
Il existe cependant une exception qui se matérialise par les procédures d’indemnisations à distance. Il s’agit de procédures rapides où l’expertise se fait à distance par les propres «experts» de la compagnie. Le client a le choix d’accepter la proposition ou de recourir à une procédure classique passant par un expert assermenté.
La réalité terrain dit que l’expert est souvent sous pression de la compagnie pour réduire le montant de l’indemnité à débourser. Un expert jugé trop généreux peut être rayé de la liste par la compagnie.
«Ce volet du secteur souffre d’ailleurs de fraude et de corruption», se désole l’expert.
En tout cas, quand il s’agit d’indemnisations il n’est pas rare que les assurés soient confrontés à de mauvaises surprises.

Le Diable est dans le détail !

Pour les prévenir, la prudence est toujours de mise lors du choix de la panoplie des garanties et options que l’on désire inclure dans le contrat d’assurance. Il faudrait donc vérifier scrupuleusement ce que l’assureur couvre de façon absolue et au conditionnel, et s’assurer que les clauses du contrat correspondent réellement à ses soucis en matière de couverture. Par ailleurs, M. Kanouni nous confie que l’assuré a tendance à donner une grande importance au prix. L’assureur conseil est pris entre le marteau et l’enclume. La concurrence a été accrue par la multiplication des points de vente entamée par l’ensemble des compagnies pour asseoir leur part de marché.
Le client lui cherche à optimiser le prix, en cherchant les meilleures garanties à un prix plus bas. Or, chaque compagnie a sa politique tarifaire. L’une peut être compétitive pour une garantie et pas pour l’autre. Par conséquent, il peut y avoir des malentendus à la souscription et des conséquences fâcheuses après sinistre.
«Le conseil que je donnerais à l’assuré est de comprendre les garanties qu’il souscrit et surtout leurs limites (franchises, plafonds, exclusions…). Avec les différentes offres, on trouve des solutions pour tous les budgets. En 20 ans de métier, je peux témoigner que la clarté de l’information à la souscription est le meilleur moyen de construire une relation de confiance entre les deux parties. Il en est de même pour le client qui devrait opter pour la clarté dans ses déclarations», conclut M. Kanouni.