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Vidéos. L’administration digitale : Entre acquis et défis
Le gouvernement a mis les bouchées doubles pour accélérer le processus de la digitalisation des services administratifs. Si des contraintes restent encore à surmonter, des avancées notables ont déjà été réalisées. Et ce n’est qu’un début…
«Un chantier énorme !» C’est ainsi que Ghita Mezzour qualifie le projet national de digitalisation des services publics, érigé en priorité au plus haut niveau de l’État. Invitée de la quatrième édition des «Débats de La Vie éco» sous le thème «Administration numérique, des avancées et des enjeux», la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la réforme de l’administration a dressé un état des lieux de ce chantier éminemment important, qui découle d’une vision royale parfaitement définie. «Le Roi a clairement insisté dans ses discours sur la nécessité de simplifier et digitaliser l’administration, pour donner un accès rapide et facile au citoyen à des services publics de qualité», a d’emblée rappelé la ministre.
Pas plus tard qu’en octobre 2022, lors du discours prononcé à l’occasion de l’ouverture du Parlement, le Souverain a particulièrement insisté sur la digitalisation et la simplification du parcours investisseur. «Les institutions de l’État et les entreprises publiques doivent montrer une attitude exemplaire et agir comme un levier de développement, et non comme un frein», avait alors déclaré le Souverain.
Cette vision a été consacrée par le Nouveau modèle de développement et par la mise en place d’un arsenal juridique adéquat, notamment la loi 55.19 relative à la simplification des procédures et, fait «peu anodin», par la création pour la première fois d’un département ministériel dédié, chef d’orchestre de ce chantier transverse.
Au niveau du ministère justement, un travail de fond a été réalisé pour approfondir cette vision et la concrétiser. En ligne de mire, l’élaboration d’une stratégie nationale, qui «est sur le point d’être finalisée», a révélé la ministre, assurant que toutes les administrations, à des cadences différentes certes, sont mobilisées pour réussir ce chantier.
À la question de savoir si le pays n’accuse pas un peu de retard sur la question, Ghita Mezzour a répondu sans détour : «Le Maroc se doit d’aller plus vite». Des pas de géant ont, du reste, déjà été réalisés. La ministre a cité à cet égard des services bien connus des Marocains, comme Massar, utilisé par plus de 2 millions d’élèves, le parcours Ta3widati à la CNSS, ou encore la vignette automobile. Au total, ce sont plus de 300 services publics qui ont été dématérialisés au profit du citoyen et quelque 200 autres services aux entreprises. Tout l’enjeu désormais est de les faire connaitre aux Marocains. La première phase de cet effort de communication a été de recenser tous les services digitalisés et de les compiler sur un site dédié (maroc.ma).
Choc de simplification
Du côté du secteur privé, on loue la démarche volontariste du ministère et sa volonté de fédérer toutes les parties prenantes autour de ce chantier structurant, dont l’impact positif sur le climat des affaires et l’investissement n’est plus à démontrer. Les opérateurs du privé ont notamment «applaudi» la loi 55.19 sur la simplification des procédures, a souligné Hassan Belkhayat, président de la commission Ecosystème Tech à la CGEM.
Les initiatives prises en termes de dématérialisation par des administrations clés comme la DGI, la Conservation foncière ou encore la CNSS, ont également été appréciées à leur juste valeur par les entreprises. «On constate des accélérations sur certains sujets qui ont été rapidement mis en œuvre, mais ce n’est pas le cas pour d’autres, notamment en matière de simplification qui n’a pas encore été réellement mise en place», a-t-il affirmé. Pour cet entrepreneur, la digitalisation ne doit pas être une fin en soi, mais elle doit être au service de la simplification.
Une problématique dont Ghita Mezzour est parfaitement consciente. «Avant de digitaliser, il est important de simplifier». C’est d’ailleurs la philosophie de la loi 59-19. Un travail de longue haleine a dans ce sens été entrepris par le ministère avec les CRI pour faciliter l’acte d’investir, en réduisant de manière sensible le nombre de documents demandés, ces derniers pouvant relever de plusieurs départements. «Nous avons réduit en moyenne de 45% le nombre de documents demandés aux investisseurs», s’est facilitée la ministre.
Toujours dans cette optique de la simplification de l’acte d’investir, un cas pilote a été lancé dans le domaine des crèches, qui a débouché sur l’élaboration d’un plan d’action qui va réduire de plusieurs mois le délai de traitement de création de crèches. «Un cas pilote qu’il est nécessaire d’élargir à d’autres domaines», a suggéré le représentant de la CGEM.
Plateforme d’interopérabilité
La mise en œuvre effective de la loi 59-19 nécessite par ailleurs certains préalables, dont l’un des plus importants consiste en la mise en place d’une «plateforme d’interopérabilité», qui permet de relier les systèmes d’information de plusieurs administrations. Avec ce dispositif, plus besoin de demander un document d’une autre administration au citoyen, puisqu’il sera disponible sur la plateforme. Cette interopérabilité est déjà opérationnelle dans le cas du Registre social unifié (RSU), où vingt administrations sont interconnectées, pour évaluer le niveau de vie du citoyen. «On ne demande pas aux bénéficiaires de ramener un quelconque papier», a dit la ministre.
La volonté légitime d’aller plus vite vers le choc de simplification ne doit pas faire oublier qu’un tel chantier «se construit sur la durée, par paliers», comme l’a fait remarquer Aboubakr Himeur, directeur de la facilitation, du système d’information et de la stratégie au sein de la DGI, l’une des administrations pionnières au Maroc en matière de transformation digitale. «Il y a des socles fondamentaux qu’il faut avoir au préalable, avant de passer à la digitalisation de nos interfaces clients», a-t-il expliqué.
Les directeurs des systèmes d’information (DSI) sont évidemment aux premières loges de ce processus de transformation. Raison pour laquelle l’Ausim, l’Association des utilisateurs des systèmes d’information au Maroc, a élaboré un livre blanc, qui contient une série de recommandations visant à accélérer le chantier du numérique dans l’administration. «Ce livre bla
nc sera bientôt soumis à madame la ministre», a fait savoir Mohamed Essaidi, président de l’Ausim. Pour ce dernier, le Maroc gagnerait à s’inspirer des meilleures pratiques à l’international en la matière, notamment aux Émirats arabes unis ou en Arabie saoudite qui ont fait de «grandes avancées» dans ce domaine.
Défis à surmonter
La question des contraintes qui entravent ou ralentissent le processus de transformation digitale des services publics n’a pas manqué d’être soulevée par les panélistes. La première d’entre elles concerne la disponibilité des ressources humaines. Younes Ouahid, DSI de l’Agence nationale de la conservation foncière, une autre administration à l’avant-garde de la digitalisation au Maroc, a mis en avant «la rareté des profils, notamment au niveau du secteur public».
Ces administrations ont du mal à retenir les compétences, dans un contexte de forte concurrence des autres marchés. Raison pour laquelle le département de Ghita Mezzour a mis le paquet sur le renforcement de la production des talents digitaux et l’adaptation de l’offre de formation nationale aux besoins du marché. Ce qui a permis le lancement de l’initiative «JobInTech» qui vise la formation de 15.000 étudiants dans le domaine du digital à l’horizon de 2026. L’autre défi soulevé est relatif à l’essor d’un écosystème Tech au Maroc. Sur ce point, Hassan Belkhayat a déploré que le Maroc soit «très en retard» par rapport à d’autres pays du continent et qui se manifeste dans l’écart considérable en termes de levées de fonds réalisées par les start-up.
L’écosystème Tech marocain souhaiterait également être davantage associé aux différents chantiers de digitalisation en cours au sein de l’administration. «Aujourd’hui, les start-up marocaines ont beaucoup plus de marchés à l’étranger qu’au Maroc», a déclaré Belkhayat. Une problématique que la ministre, «en tant qu’ancienne startuppeuse», connaît bien. «Il faut mieux accompagner les start-up. C’est l’une de nos principales priorités, car c’est aussi une question de souveraineté», a-t-elle soutenu. «Nous sommes à la croisée des chemins», résume, pour finir, Aboubakr Himeur de la DGI. Les efforts consentis ces dernières années dans le travail de back office vont commencer à payer. «Il est temps que le citoyen et les entreprises commencent à en tirer bénéfice», a conclu Ghita Mezzour.
La DGI, un cas d’école
La Direction générale des impôts (DGI) figure aujourd’hui parmi les administrations publiques qui ont réussi avec brio leur virage digital. «L’essentiel des déclarations de paiement et d’obtention des attestations se fait par voie électronique. 98% des déclarations sont déposées en ligne, 93% de la recette fiscale est payée en ligne et 97% de la recette issue de la vignette se fait également par voie digitale», a lancé, non sans fierté, Aboubakr Himeur, directeur de la facilitation, du système d’information et de la stratégie au sein de la DGI. Une performance réalisée grâce à «un changement doctrinal de fond», selon Himeur, où le contribuable est au centre des préoccupations de l’administration. «Il s’agit d’un processus qui s’inscrit dans la durée et par paliers. Le premier était de digitaliser les opérations courantes avant de passer à la dématérialisation des interfaces clients, en commençant par les grandes entreprises et les particuliers», a déclaré Himeur. Ceci a ainsi permis une véritable simplification des procédures et des démarches déclaratives et de paiement, le tout accompagné bien évidemment par une amélioration du service.
ANCFCC : 70% des recettes par voie digitale
Le bilan du chantier de la transformation digitale de l’ANCFCC est très probant et révélateur de la nécessité de ce chantier au sein de l’administration marocaine. Au sein de la Conservation foncière, la digitalisation a permis une énorme simplification des procédures, a indiqué, chiffres à l’appui, Younes Ouahid. C’est ainsi que tous les documents délivrés par la Conservation foncière, dont plus de 120.000 plans cadastraux, se font aujourd’hui exclusivement en ligne. «Nous sommes passés de presque un million de certificats délivrés en propre à près du double par voie électronique. On était à près de 3,8 passages à l’agence pour un certificat de propriété à zéro aujourd’hui. Aucune agence ne reçoit un citoyen pour lui délivrer un document, tout se fait en ligne. De même, 2 millions d’affaires déposées annuellement par les notaires se font par voie digitale», énumère Ouahid. Résultat : près de 70% du chiffre d’affaires (près de 8 MMDH) est réalisé par voie électronique.
