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Vidéo. Maroc-Brésil: un rôle à jouer dans la néo-industrialisation
Marcos Prado Troyjo revient sur les relations économiques entre Rabat et Brasilia qui sont sur un trend haussier certes, mais il n’en demeure pas moins qu’elles gagneraient à être renforcées. Les marges existent et davantage d’implication des secteurs privés des deux pays serait porteuse.
Rencontré en marge du Forum MEDays, Marcos Troyjo préfère être présenté en tant qu’ancien vice-ministre de l’Économie du Brésil et ancien président de la Nouvelle Banque de développement (New Bank of Development, NBD) à Shanghai, en Chine. Laquelle NBD n’est autre que l’ancienne institution connue sous le nom de Banque de développement des BRICS où il a été élu en juillet 2020 en tant que président, alors qu’il assurait sa mission ministérielle de chargé du commerce extérieur et des affaires internationales. Mais, l’homme politique, et non moins expert économiste, a eu d’autres casquettes au cours de son parcours. Entre autres en tant que membre des teams de négociateurs de l’accord Mercosur-Union Européenne, de même qu’il représente son pays dans plusieurs conseils d’administration d’organisations multilatérales, dont la BID (Banque interaméricaine de développement) ou encore le Comité de développement relevant de la Banque mondiale.
De prime abord, quel regard portez-vous sur les relations économiques entre le Maroc et le Brésil ?
Je pense que les relations économiques entre le Maroc et le Brésil disposent d’un potentiel de développement énorme. D’autant plus que sur fond de différents sujets les plus importants que connaît cette nouvelle phase de la mondialisation, comme la sécurité alimentaire et énergétique, sans parler de la transition vers une économie plus verte, les deux pays ont des atouts qui, s’ils sont mis en commun, feront vraiment la différence par rapport à d’autres États. Notamment en matière d’investissements dans les infrastructures. Or, sur ce front, de par la complémentarité dont ils se prévalent, je pense que les deux pays peuvent développer des technologies communes sur ces différents rayons. Le Brésil, par exemple, a une expérience très importante dans la production des énergies renouvelables, et la qualité de l’énergie solaire au Brésil et au Maroc invite à une coopération plus étroite. C’est dire, en définitive, que je suis très optimiste quant à l’avenir des relations économiques entre le Brésil et le Maroc.
Seriez-vous d’avis que le Maroc et le Brésil pourraient développer leurs liens au-delà de leur dimension exclusivement bilatérale, en optant pour une démarche de triangulation ?
L’une des caractéristiques les plus marquantes de cette nouvelle phase de la mondialisation, ce sont justement les opportunités offertes par la triangulation des échanges économiques. À titre d’exemple, il y a beaucoup d’activités économiques qui ont été basées en Chine ou dans certains pays de l’Est de l’Asie qui cherchent de nouvelles opportunités de développement dans d’autres pays. Et dans cette configuration, le Brésil, qui est la première économie d’Amérique latine, et le Maroc, du fait de sa position géoéconomique d’une très grande importance, présentent cette caractéristique particulièrement pertinente pour cette nouvelle phase que l’on pourrait appeler la néo-industrialisation. Là encore, la complémentarité pourrait se traduire à travers cette double vision sur l’Amérique latine et l’Afrique.
Les autorités publiques ont un rôle dans le développement des échanges économiques, mais comment, à votre avis, impliquer davantage les opérateurs privés dans cette dynamique voulue ?
Les décideurs publics ont un rôle de premier ordre pour baliser la voie à une coopération économique plus soulignée, et qui passe par le dialogue entre les autorités gouvernementales. Toujours est-il qu’il me paraît, en ce moment, que les échanges entre les opérateurs économiques privés des deux pays sont insuffisants. Et il est primordial de les intensifier. En fait, je crois qu’il y a un manque de connaissance mutuelle auquel il faut remédier. D’une part comme de l’autre, il y a une méconnaissance des opportunités d’investissement qui s’offrent. Dès lors, j’estime nécessaire de multiplier les rencontres entre les opérateurs économiques privés brésiliens et leurs homologues marocains pour pouvoir aller de l’avant.
Il y a donc des complémentarités de rôles. Mais, est-ce qu’il n’y aurait pas lieu de réfléchir à un conseil d’affaires réunissant les opérateurs privés des deux pays…
Je pense que le rôle du secteur privé est particulièrement important. D’autant que la capacité d’investir est plus conséquente et la prise de décision est beaucoup plus agile que celle des gouvernements. Ceci n’empêche pas cela. Le rôle des gouvernements demeure d’importance majeure, surtout qu’il va falloir trouver de nouvelles géométries des accords internationaux, notamment en ce moment où on assiste à des évolutions tendant vers des formes de protectionnisme. Ceci dit, il faut que les économies brésilienne et marocaine s’ouvrent davantage l’une sur l’autre pour augmenter les échanges autant au niveau du commerce qu’en ce qui concerne l’investissement.
PROFIL
Titulaire d’un doctorat en sociologie des relations internationales, l’auteur du livre «Déglobalisation : Chronique d’un monde en mutation» (2016) est aussi cofondateur et directeur du BRICLab, un centre d’étude sur les BRICS de l’Université Columbia où il enseigne l’économie et les relations internationales.
