Culture
Tanjazz : Buena Vista All Stars, l’éternelle jeunesse de la musique cubaine
À Tanjazz, Buena Vista All Stars a fait résonner un patrimoine cubain qui refuse de se conjuguer au passé. Entre nouveaux arrangements, transmission entre générations et plaisir intact de jouer, Demetrio Muñiz et Manuel Machado racontent une musique vivante, capable de traverser les époques, les cultures et les frontières sans perdre son âme.
Les cuivres résonnent, les rythmes cubains voyagent et les générations se répondent. À l’occasion de leur passage à Tanjazz, nous avons rencontré Demetrio Muñiz et Manuel Machado, deux artisans d’une musique cubaine qui ne se contemple pas comme un souvenir de La Havane. Elle se joue, se transforme et continue de faire danser.
«La musique ne meurt jamais», affirme Demetrio Muñiz, directeur musical et arrangeur de Buena Vista All Stars. Traditionnelle, classique ou folklorique, elle trouvera toujours quelqu’un pour l’écouter, l’aimer ou la danser.
Cette manière de regarder la tradition guide le projet. Muñiz rappelle que nombre de morceaux popularisés par Buena Vista Social Club étaient déjà des classiques de la musique cubaine. «Ce n’était pas un répertoire propre à Buena Vista, c’était le produit de la culture de Cuba», explique-t-il. Plutôt que de reproduire un son devenu mythique, Buena Vista All Stars repart donc de ce patrimoine commun pour lui donner une couleur qui lui est propre.
C’est là que le travail d’arrangement prend toute sa place. Machado, trompettiste de la formation, évoque la signature façonnée par Muñiz, notamment autour de deux trompettes et deux trombones. Les racines restent intactes, mais les arrangements les déplacent, les habillent autrement et les ramènent dans le présent.
Cette continuité passe aussi par les musiciens. Trois, voire quatre générations se côtoient au sein de la formation. Certains ne sont même pas Cubains, relève Machado, mais ont appris auprès de musiciens de cette tradition avant d’en assimiler les codes et les saveurs.
«La musique n’a pas de frontières. Elle appartient à celui qui la cultive et à celui qui l’aime», poursuit Muñiz. Peu importe, selon lui, que l’auditeur comprenne les paroles. Si le rythme et l’intention lui parviennent, la rencontre a déjà eu lieu.
Le directeur musical refuse d’ailleurs de parler de «sauvetage» lorsqu’il évoque les traditions. Une culture ne disparaît pas pour être ensuite ressuscitée. Elle demeure chez ceux qui la portent avant de réapparaître, transformée par son époque et par les musiciens qui s’en emparent.
C’est peut-être là que réside toute la force de Buena Vista All Stars. Ne pas rejouer Cuba comme on feuillette un album de souvenirs, mais laisser cette musique poursuivre son voyage. Cuivres en avant et rythme au corps, elle n’a jamais cessé de vivre.