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Plongée dans l’univers des algues rouges…

Du 1er août au 30 septembre, dans les ports d’El-Jadida, Jorf Lasfar, Lahdida et Sidi Abed, quelque 800 barques vont aux aurores en mer pour la pêche de «Rbi3a». Des tonnes d’algues rouges sont, chaque jour, débarquées pour être séchées et commercialisées localement et à l’export. Reportage.

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Mercredi 25 septembre, au port d’El-Jadida. Il est 14 heures, une première barque «Amin» regagne le port après avoir passé huit heures en mer pour la cueillette des algues. À son bord, Mohamed, marin, accompagné de deux plongeurs, dit «être rentré ce jour plus tôt que d’habitude, parce qu’il est fatigué». Les autres jours, depuis le démarrage, début août, de la saison de cueillette des algues, Mohamed et ses compagnons sont en mer de 5 heures du matin à 20 heures. Un rythme soutenu que suivent tous les plongeurs du 1er août au 30 septembre de chaque année afin d’épuiser le quota de 22 tonnes fixé annuellement pour chaque embarcation.

Un peu plus tard, vers 17h, quelque 160 autres embarcations rejoignent le quai sur lequel s’impatientent près de deux cents transporteurs et ramasseurs prêts pour décharger les filets remplis d’algues et les mettre dans les camions et autres pick-up pour aller au centre de pesée. Nous y retrouvons le marin de la première barque rentrée au port avec ses 906 kilos d’algues. «C’est un bon volume même si les autres ont fait un peu plus, mais c’est normal, parce que l’on est rentré plus tôt que d’habitude». Puis rapidement, les camions défilent, les uns derrière les autres, devant le centre, où ils sont attendus par les propriétaires des barques. Ces derniers procèdent à la pesée et prennent leurs bons délivrés par les agents de la Délégation régionale de la pêche maritime (DRPM). L’un des agents, Driss, explique que «la pesée se fait en deux temps. D’abord le matin, les véhicules sont pesés vides et, ensuite, une deuxième pesée a lieu après le chargement des algues. Après, nous leur délivrons le bon qui permet la commercialisation de leurs cueillettes».

Ce 25 septembre, le volume réalisé par l’ensemble des embarcations a atteint les 1.000 tonnes. Globalement, depuis le début de la campagne, les plongeurs ont réalisé 50% du quota annuel de 19.000 tonnes qui leur est accordé par l’Office national des pêches. Les professionnels auraient, selon certaines sources, demandé une prolongation de la saison de cueillette jusqu’à la mi-octobre afin de leur permettre d’atteindre le quota annuel. La décision devrait être prise dans les prochains jours par les autorités compétentes sur avis scientifique de l’Institut national de la recherche halieutique (INRH). Elle permettrait aux 800 barques intervenant dans les ports d’El-Jadida, de Jorf Lasfar, de Sidi Abed et de Lahdida «de faire une bonne saison. La cueillette des algues est courte et limitée dans le temps, nous devons réaliser le tonnage qui nous est accordé et pouvoir réaliser un bon chiffre d’affaires. Car cette activité fait vivre plusieurs familles et des milliers de personnes», souligne Noureddine Chebbi, président de la coopérative Mouilha. Propriétaire de trois barques, il précise que chaque embarcation emploie en moyenne 3 à 4 personnes : un marin et deux à trois plongeurs.

Les femmes doivent se contenter de la pêche à pied…
Il raconte avoir été d’abord plongeur 36 ans avant d’acquérir ses propres barques et de créer, en 2011, la coopérative Mouilha qui regroupe une cinquantaine de barques. Chaque jour, celles-ci reviennent au port avec 2 à 2,4 tonnes d’algues. Notamment l’algue rouge, dite Gélénium, dont la qualité est reconnue à l’international. Noureddine Chebbi gère, avec ses enfants, son business familial et celui de la coopérative. «Les algues que nous cueillons sont vendues directement à l’export en France, en Espagne, au Brésil et au Japon. Il y a quelques années, nous exportions beaucoup vers la Chine, mais aujourd’hui ce pays a développé l’aquaculture», indique le président de la coopérative. Il est à préciser que les coopératives d’algues, une vingtaine dans la région d’El-Jadida, sont autorisées à exporter 20% seulement de leurs prises et le reste est vendu localement à l’unité de valorisation Setexam. Cette entreprise est le premier opérateur, installé à Kénitra, qui s’est lancé, durant les années 90, dans la transformation des algues en agar-agar. Une poudre destinée aux industries pharmaceutique, alimentaire et cosmétique. Les coopératives, quant à elles, exportent les algues à l’état brut après les avoir séchées. À la coopérative Mouilha, ce sont environ 136 tonnes qui sont exportées annuellement. De l’exportation, Mina Yahyaoui, présidente de la coopérative «El Kirch Al Azrak», se désole de ne pas pouvoir en faire, faute d’autorisation de la Délégation régionale de la pêche maritime.

Pour l’heure, cette jeune trentenaire vend ses algues à Setexam au prix de 13,50 dirhams le kilogramme après les avoir elle-même achetées à 3 dirhams aux 94 femmes ramasseuses qui travaillent pour sa coopérative. Ces femmes, âgées de 20 à 30 ans, ne font que «de la pêche à pied. Elles ramassent les algues échouées sur les plages. Elles en font la pesée et procèdent à leur séchage avant de les commercialiser», explique l’agent de la DRPM.

Chaque jour, la coopérative, fondée en 2018, ramasse 5 à 6 tonnes. Soit un volume total de 32 tonnes vendu en fin de saison. Les affaires tournent et génèrent un revenu, mais, déplore la présidente d’El Kirch Al Azrak, «nous sommes désavantagées, car après séchage les algues perdent 30% de leur poids initial. Ce business nous laisse, une fois les charges réglées, un gain de 25.000 à 30.000 dirhams qui sont partagés entre les cinq membres du bureau de la coopérative». Mina Yahyaoui ambitionne de fructifier son affaire et de valoriser son produit : «Nous avons été contactées par l’OCP qui nous propose de reprendre les déchets qui restent suite au tri et au séchage des algues pour les transformer. Une bonne opportunité pour notre coopérative si l’affaire est bouclée».

Le quota à l’export devrait passer de 16 à 50 tonnes
Du côté de la coopérative Mouilha, les affaires sont plus fructueuses. Les ventes à l’industriel local se font au prix de 16,50 dirhams le kilogramme acheté à 4,50 dirhams auprès des plongeurs. Et les exportations à un prix variant entre 2,4 et 2,5 dollars. Chaque année, la coopérative Mouilha exporte 16 tonnes sur le 200 à 220 tonnes cueillies. Alors que sur le marché local, la coopérative écoule un tonnage allant de 150 à 160 tonnes. Noureddine Chebbi, à l’instar des autres professionnels du secteur, souligne qu’en raison de «l’importance du coût de la cueillette des algues et pour nous permettre de gagner un petit peu plus, nous souhaitons voir augmenter le tonnage autorisé à l’export. Nous pensons qu’il devra passer de 16 à 50 tonnes».
Même si cette activité fait vivre son homme, comme l’avoue Noureddine Chebbi, elle est néanmoins limitée dans le temps et coûteuse.
À la fin de la saison, le président de la coopérative Mouilha dit dégager, après avoir payé l’ensemble des frais engagés, notamment l’essence, le transport, le ramassage, le séchage, les plongeurs, les marins et les ramasseurs, un gain de 40.000 dirhams que se partagent les 11 membres du bureau de la coopérative. «Globalement, nous engageons un montant de 180.000 dirhams pour la saison, ce qui permet de couvrir l’essence, les salaires, les plongeurs et les transporteurs qui sont payés 300 et 100 dirhams par jour. Par ailleurs, les camions sont payés 1.000 dirhams le voyage et nous faisons 3 voyages par jour et le chauffeur touche 100 à 150 dirhams par jour», explique Chebbi, qui reconnaît que la cueillette des algues est une activité économique importante pour la région d’El-Jadida et qui assure 70% des algues au niveau national. Le reste provient d’autres régions, notamment Bouznika, Safi, Boujdour ou encore Safi.

Pour rentabiliser leurs barques dont le prix s’élève, depuis cinq ans maintenant, à 400.000 dirhams, les professionnels s’adonnent, une fois la saison finie, à la pêche au poisson. Une activité plus régulière sur l’année, mais dont le gain est, disent les professionnels, «incertain, puisqu’elle dépend de la météo et de la disponibilité du poisson.»