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En Couv’. Vidéo. Mehdi Alaoui: «Avoir des licornes marocaines n’est qu’une question de temps»
Le Maroc a les idées et les ressources nécessaires pour se positionner parmi les innovateurs sur certains secteurs. Le cadre réglementaire doit forcément suivre l’évolution des start-up.
Bien que le financement des start-up au Maroc ait atteint un niveau record en 2021, leur écosystème est toujours confronté à des obstacles importants qui limitent sa croissance. Ces défis comprennent des problèmes économiques et sociaux dont le financement et la législation de démarrage sont inadéquats. Sur le continent africain, notre écosystème entrepreneurial est encore derrière des nations aguerries comme l’Afrique du Sud (1ère dans le continent et 49ème mondial), le Nigéria, le Kenya, l’Égypte et l’île Maurice.
Pour Mehdi Alaoui, fondateur de l’incubateur StartupStation, nos start-up doivent franchir un pas : celui de l’internationalisation, notamment en Afrique. Chari.com et Dabadoc sont des success stories en la matière mais d’autres start-up suivent leur pas. Notre écosystème offre une base abordable et stable pour les entrepreneurs et les start-up qui souhaitent cibler le marché africain ou même européen. Avec une population jeune et talentueuse axée sur la technologie et la connectivité, le Maroc a le potentiel d’être un pôle d’innovation solide dans la région. Éclairage.
Quel bilan faites-vous de l’écosystème entrepreneurial ?
De manière générale, notre écosystème a évolué de manière positive ces dernières années. Néanmoins, on voudrait le voir aller plus loin. On est jaloux de ce qui se passe ailleurs, notamment sur le plan continental au Nigéria, en Égypte ou encore au Kenya. Il nous manque encore du chemin pour que nos start-up puissent grandir plus vite et toucher l’international.
Pour cela, certaines barrières doivent être levées, notamment l’aspect réglementaire. Aujourd’hui, si on prend 10 start-up africaines du Fintech, 9 d’entre elles ne peuvent malheureusement pas faire du business au Maroc. La régulation dans le domaine bancaire est encore tellement rigide qu’elle ne permet pas aux entreprises d’atteindre leur plein potentiel, de développer des services innovants et de bousculer des business models.
Avez-vous une idée sur le nombre de start-up au Maroc ?
Nous n’avons pas encore d’étude exhaustive sur le sujet au niveau national, mais, à notre niveau, nous avons pu recenser près de 1.500 start-up marocaines. Sur ce chiffre, on peut avancer entre 50 à 100 structures qui sont à un stade de maturité intéressant. Une cinquantaine d’entre elles peuvent rapidement lever des fonds auprès d’investisseurs.
On voit de plus en plus de start-up marocaines qui vont à la conquête de marchés à l’international. Ont-elles la capacité pour réussir ?
Quand on observe l’écosystème africain, on voit bien que certaines jeunes pousses se développent de façon naturelle dans d’autres pays sur le plan continental. C’est dans leur ADN. En revanche, cela est plus difficile pour une PME marocaine. Sortir du Maroc est un pas beaucoup plus douloureux, plus lent et plus compliqué.
Quand on voit aussi ces start-up africaines qui s’internationalisent, elles disposent de levées de fonds importantes, voire des millions de dollars. La levée de fonds au Maroc reste encore faible et compliquée. C’est dû encore à notre politique de change qui, soulignons-le, a fait quelques avancées en la matière. Pour pouvoir réussir la notion de levée de fonds, il faut supprimer des barrières législatives pour pouvoir rassurer les investisseurs.
Dans quels secteurs nos start-up peuvent-elles se développer à l’international ?
La fintech tout d’abord parce qu’elle va tirer vers le haut des start-up d’autres secteurs. Nous avons également l’Agritech, la mobilité, l’Edtech et la healtech qui restent des secteurs importants pour l’essor de notre économie et de nos PME.
Ce sont des secteurs en plein essor à travers le monde, une conséquence de la pandémie qui a été un véritable catalyseur de services et produits utilisant les nouvelles technologies. Le Maroc a les idées et les ressources nécessaires pour se positionner parmi les innovateurs sur ces secteurs dans les prochaines années. Gageons que les talents marocains s’investissent davantage dans le domaine pour se positionner à l’échelle africaine et mondiale dans les années à venir.
En tant qu’accompagnateur de porteurs de projets, quel bilan faites-vous à votre
niveau ?
Depuis que nous avons monté la StartupNation en 2017, nous opérons autour de 4 dimensions. D’abord l’open innovation qui permet aux jeunes pousses d’accéder aux marchés grâce à des contrats avec des grands groupes. Ensuite, les programmes d’incubation dont nous avons bouclé cette année la 8ème promotion au Maroc et la 3ème au Sénégal. Nous avons également l’accès au financement et nous avons pu financer 64 structures depuis le commencement, que ce soit avec les fonds publics de Tamwilcom, Africa4business Angels, notre réseau de partenaires financiers marocains et étrangers ou encore à travers le programme télévisé «Qui peut investir dans mon projet ?» qui a permis à plusieurs porteurs de projets de décrocher des financements.
Enfin, notre dernier axe concerne la formation où nous avons pu accompagner plus de 4.000 personnes et entreprises sur le marketing digital grâce à notre partenariat avec le groupe Meta.
Nous avons également fait un focus sur l’entrepreneuriat féminin et nous avons pris pour engagement de respecter la parité dans nos programmes d’accompagnement des porteurs de projets.
Pensez-vous qu’on pourra avoir dans quelques années nos premières licornes
au Maroc ? Est-ce réalisable ?
La réponse définitive est oui. La vraie question est quand ? Dans le domaine des technologies, tout peut évoluer rapidement qu’on ne le pense. Nous avons des start-up qui ont le potentiel de devenir des licornes. Jusqu’à présent, elles sont encore dans le stade de gazelles, notamment Chari et Dabadoc. Nous leur souhaitons le plus grand succès pour devenir des licornes. Actuellement, il existe plus d’une dizaine de licornes en Afrique et plus récemment une en Tunisie. Ce n’est qu’une question de temps pour que nos start-up grandissent et se développent à l’international.
