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Cannabis : Plongée dans le processus de transformation de l’or vert

Des parcelles cultivées jusqu’à l’usine de transformation…, immersion dans les étapes d’industrialisation du cannabis légal de la société Somacan. Un processus méticuleux où contrôle et qualité sont les mots d’ordre. Reportage.

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Sidi El Mokhfi, une petite bourgade de la province de Taounate. En cet été, les équipes de Somacan se rendent à la petite parcelle cultivée de «Beldia» appartenant à Ahmed Louatny, un agriculteur membre d’une coopérative locale partenaire de la société. Les plantes ont quasiment atteint leur taille adulte, et seront bientôt récoltées, puis séchées et transportées vers l’usine de Somacan. Elles y seront traitées et transformées en extraits destinés à un usage thérapeutique. Le tout dans le strict respect des normes légales et des exigences des clients étrangers, très regardants sur la conformité et la qualité des produits.

L’agriculteur bénéficie d’un accompagnement sur mesure et d’un suivi agronomique rigoureux durant tout le cycle de production, de la sélection rigoureuse des graines à la récolte, en passant par la germination et la plantation. De nouvelles techniques de culture sont implémentées, en rupture avec les anciennes pratiques, comme nous l’explique Mustapha Chentouf, chef du département de la culture et du suivi avec les coopératives au sein de Somacan: «Dans nos parcelles modèles, nous avons appliqué de nouvelles techniques de culture dont l’objectif est double : d’une part, en termes de rendement, permettre à l’agriculteur de produire la plus grande quantité possible et, d’autre part, assurer une qualité qui réponde aux exigences du client et qui nous permet en tant que société de commercialiser nos produits sans problème». Ces techniques nouvelles, explique-il, concernent notamment le semis en ligne. Les semis sont plantés selon des lignes espacées de manière régulière, alors qu’auparavant les agriculteurs semaient les graines à la volée, ce qui n’était pas très efficace. Un système de goutte-à-goutte est mis en place et les nutriments sont absorbés par fertigation.

Au total, ce sont 33 coopératives regroupant environ 600 agriculteurs, couvrant une superficie de 445 ha (31 hectares de CBD et 414 hectares de Beldia) qui collaborent avec la société. Une adhésion qui les oblige à respecter une panoplie de mesures strictes mais dont l’impact socioéconomique est déjà palpable de l’avis même des agriculteurs (voir encadré).

Extraction, raffinage et distillation
Une fois séchée, la production de l’agriculteur est acheminée vers l’unité industrielle de Somacan. Elle y subit plusieurs transformations que nous détaille Yahya Abid, chef du département de la transformation. «Après ces étapes, la plante de cannabis passe par plusieurs opérations, dont celles de broyage et de décarboxylation pour obtenir une poudre que l’on utilise pour l’extraction», explique-t-il. Somacan a investi dans une machine d’extraction par CO2 supercritique, une méthode plus moderne et performante, utilisée pour isoler les cannabinoïdes.

Après cette étape, vient celle du raffinage. L’extrait est mélangé avec de l’éthanol et est mis dans des surgélateurs à -46 °C. Après 48 h, le mélange est placé dans un filtre à vide pour éliminer les lipides. Vient par la suite l’étape d’évaporation pour séparer l’éthanol et obtenir un produit appelé le «crude», puis la phase de distillation afin de séparer les éléments du «crude» et obtenir un distillat avec un taux de CDB entre 75 et 85%. Ce distillat passe enfin par une dernière étape, celle de la cristallisation, qui permet de purifier le produit.

«Le produit issu de ces opérations, c’est du CBD à 99% pur. Ce CBD est utilisé pour produire des compléments alimentaires», indique Nabil Sabti, chef du département de la qualité au sein de Somacan. Eu égard aux exigences des clients, notamment européens, ces produits répondent à plusieurs normes de qualité. «Notre usine est déjà certifiée ISO 22000, ce qui signifie que l’ensemble de nos opérations obéissent à un processus strict de qualité, conformément aux exigences internationales, validées par la pharmacopée européenne», fait savoir notre interlocuteur. La société a également décroché la certification GACP (les bonnes pratiques agricoles et de collecte), un standard international pour la qualité des plantes médicinales.

À noter qu’une partie des fleurs de CBD sert à la production de tisanes sur place. Un atelier dédié au conditionnement et à l’emballage a été aménagé dans ce sens au sein de l’unité industrielle de Sahel Boutaher. Somacan mise aussi sur l’innovation, en matière de recherche et développement, en partenariat avec l’ANRAC, afin d’améliorer la qualité et le rendement des récoltes.


Impacts socioéconomiques

L’engagement de Somacan aux côtés des coopératives agricoles et des acteurs locaux a permis de constater les premiers impacts de l’organisation de la filière cannabis sur les territoires concernés, notamment dans la région de Taounate. Le management de Somacan en dénombre au moins quatre :
1. Création d’emplois durables : le lancement de projets agricoles, de transformation et de valorisation des produits à base de cannabis a permis de générer des emplois directs et indirects, notamment pour les jeunes et les femmes rurales.
2. Développement des revenus des agriculteurs : le passage d’une culture informelle à une filière légale et encadrée a entraîné une amélioration des revenus des agriculteurs, grâce à des contrats justes, une meilleure traçabilité et une valorisation accrue des récoltes.
3. Stabilisation de la population locale : en offrant des perspectives économiques viables et structurées, la filière contribue à fixer les populations dans leur territoire, réduisant ainsi les pressions liées à l’émigration ou à la précarité. La filière cannabis représente de ce point de vue un levier stratégique pour freiner l’exode rural, notamment chez les jeunes générations.
4. Sortie progressive de l’informel : La structuration légale de la culture et de la transformation du cannabis offre une alternative concrète à l’économie parallèle, en assurant sécurité juridique, transparence des revenus et inclusion dans le tissu économique national.