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Artisanat : Performances consolidées et défis d’une transformation maîtrisée
Longtemps assimilé à un secteur à forte dimension sociale, l’artisanat marocain revendique désormais un statut de moteur économique à part entière. À l’occasion de son Ftour-débat, La Vie Éco a dressé le bilan d’un secteur aux indicateurs solides, tout en mettant en relief les défis qui conditionnent sa montée en puissance, de la formalisation à l’export, en passant par la montée en gamme, sans jamais dissocier performance et préservation des savoir-faire.
À mesure que le Maroc consolide ses filières productives, l’artisanat s’impose comme un secteur stratégique, à la fois pilier social, moteur économique et vecteur d’identité. Le débat organisé par La Vie Éco a permis de mettre en lumière cette double dimension, entre résultats tangibles et impératif de transformation.
Au cœur de cette dynamique de réforme, Lahcen Essaady, secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’économie sociale et solidaire, a rappelé les chantiers engagés pour structurer durablement le secteur. La mise en place du Registre national de l’artisanat, qui recense plus de 430.000 artisans, constitue une avancée majeure dans la formalisation de la profession. Ce dispositif ouvre l’accès à plusieurs avantages, notamment en matière de protection sociale et de services liés à la carte professionnelle. Parallèlement, la réactivation des instances professionnelles et le renforcement du rôle des chambres de l’artisanat participent à une gouvernance plus organisée. L’effort porte également sur la formation, avec un objectif de près de 35.000 places pédagogiques cette année, afin d’assurer la transmission des savoir-faire et de préparer la relève générationnelle.
Les indicateurs économiques viennent conforter cette dynamique de structuration et attestent du poids croissant du secteur. Selon Tarik Sadik, directeur général de la Maison de l’Artisan, «l’artisanat mobilise près de 20% de la population active et contribue à hauteur d’environ 7% du PIB. Les exportations dépassent le milliard de dirhams cette année, tandis que le secteur représente près de 10% des recettes touristiques en devises, soit environ 13 MMDH. Au total, près de 15 MMDH en devises sont générés, consacrant l’artisanat comme un véritable créateur de richesse et non plus uniquement comme un héritage patrimonial».
Cette dynamique économique repose également sur un ancrage social profond. Pour Jalila Morsli, présidente de la Chambre de l’artisanat de la région Casablanca-Settat, plus d’un million de Marocains vivent des métiers artisanaux. Elle souligne par ailleurs la dimension culturelle du secteur, véritable art de vivre marocain désormais exporté vers l’Europe, les États-Unis et plusieurs pays arabes. L’artisanat se situe ainsi au carrefour de l’économie et du rayonnement culturel, conjuguant création de valeur et projection internationale du savoir-faire national.
Toutefois, au-delà des performances enregistrées, un défi stratégique demeure. Celui qui consiste à réussir le passage d’un secteur historiquement perçu comme à dominante sociale vers un modèle pleinement productif et compétitif. Il s’agit d’accélérer l’intégration dans les dispositifs d’investissement, de s’aligner sur la feuille de route des exportations et de mieux s’adapter aux exigences des marchés internationaux, sans altérer l’ADN du produit artisanal marocain.
De fait, la sauvegarde des métiers ancestraux reste une priorité. Younes Serghini, directeur de l’Atelier Serghini Poterie et Céramique, a mis en garde contre la raréfaction de certains savoir-faire et insisté sur l’urgence de leur transmission. Si la modernisation est nécessaire, elle ne saurait se faire au détriment de l’authenticité, au risque de diluer ce qui fonde la singularité de l’artisanat marocain.
Au final, le secteur se trouve à un moment charnière. Les réformes sont engagées, les performances sont réelles, mais la réussite de la transformation dépendra de la capacité à concilier compétitivité, transmission et fidélité aux traditions. Entre héritage et innovation, l’artisanat marocain cherche désormais à consolider sa place dans l’économie nationale tout en renforçant son positionnement sur les marchés internationaux.
