Pouvoirs
African Lion : Une 20e édition sous le signe de l’excellence
Le coup d’envoi de l’édition 2024 a été donné, le 20 mai à Agadir, pour ce rendez-vous multinational incontournable en Afrique. Immersion dans les coulisses de cet exercice militaire de grande envergure.
Pour la cérémonie d’ouverture de la 20e édition de l’exercice African Lion à Agadir, ni fanfare ni trompette. Mais une cérémonie tout en sobriété et efficacité, car l’essentiel est de lancer les activités officielles de cette édition de 2024, qui s’annonce d’ores et déjà exceptionnelle par le nombre de pays participants, les moyens engagés et la diversité d’exercices prévus qui s’étendent sur toutes les dimensions du champ de bataille : terre, air, mer et cyber.
«Il y a 20 ans, c’est là que tout a commencé», annonce en ouverture de son discours le Général de Division Todd R. Wasmund, commandant général de la Force opérationnelle sud-européenne de l’armée américaine-Afrique. Et depuis 20 ans, l’African Lion est devenu au fil des années un rendez-vous incontournable dans le calendrier des manœuvres et exercices militaires, tant au niveau régional qu’international, suscitant de plus en plus l’attention et l’intérêt des stratèges et experts du domaine de la défense à travers le monde. Car c’est plus d’une vingtaine de pays qui participent cette année à cet évènement, organisé conjointement par le Maroc et les États-Unis, qui s’étend de Benguerir à Tan Tan, en passant par Agadir, Tifnit et Akka. Le Général R. Wasmund a d’ailleurs été très clair lors de son allocution: «Actuellement, l’exercice African Lion est devenu le plus grand exercice multinational, qui se déroule dans le continent africain. Et il n’a pas d’équivalent !».
African Lion est d’abord le fruit de la coopération militaire bilatérale entre le Maroc et les États-Unis pour promouvoir la paix et la sécurité dans la région. C’est sur quoi a insisté le Général de Division Mohammed Benlouali, Chef d’État-major de la Zone Sud dans son discours : «L’exercice African Lion 2024 consacre vingt ans de coopération fructueuse, de partenariat distingué et d’engagement permanent en faveur des valeurs de paix et de sécurité». Mais il est également un espace d’échange et de coopération entre les forces armées de plusieurs pays partenaires qui œuvrent pour les mêmes valeurs de paix et de stabilité. En effet, chaque année, le réseau des partenaires s’élargit continuellement. Et c’est précisément ce qui constitue la force de cette manœuvre d’entrainement multinationale.
UN PROGRAMME DENSE
Les quelque 7.000 éléments des forces armées provenant d’une vingtaine de pays en plus des participants de l’OTAN vont avoir droit à un programme bien chargé : des exercices tactiques, terrestres, maritimes et aériens, combinés, de jour et de nuit, un exercice des forces spéciales, des opérations aéroportées, ainsi qu’un exercice de planification opérationnelle pour les cadres des États-majors de la “Task Force”.
L’édition 2024 connaît aussi l’organisation d’un exercice de lutte contre les armes de destruction massive au port militaire d’Agadir, le déploiement d’un Hôpital médico-chirurgical de campagne (HMMC) à la ville d’Akka, la conduite d’un exercice de simulation «Command Post Exercise» (voir encadré) pour finir par l’exercice final au Cap Drâa le 31 mai 2024 qui verra cette édition se conclure en apothéose par un déluge de feu des armes et équipements militaires engagés dans cette manœuvre d’entrainement. Les officiers marocains et étrangers interviewés en marge de cet évènement ont tous fait part de leur fierté de participer à un exercice militaire multinational de cette ampleur et des bénéfices et enseignements importants qu’ils espèrent engranger suite à leur participation à cette édition de l’African Lion 2024. Le Lt-Colonel Randy Tawaiah de l’armée ghanéenne a exprimé son «plaisir d’être ici». Il ajoute que «le Ghana y participe depuis longtemps et que nous sommes heureux de le faire encore cette année.» Les militaires américains, devenus des habitués de l’exercice en terres marocaines, ne cachent pas leur enthousiasme de revenir chaque année au Maroc. «C’est la troisième année que je participe à African Lion et chaque année, l’exercice s’améliore de plus en plus», nous a déclaré le Lt-Colonel Steven Wang de l’US Army. «Je suis extrêmement impressionné par tous les partenaires marocains : ils sont chaleureux, serviables et ils sont très bons dans ce qu’ils font», poursuit-il. Avant de conclure par l’un des objectifs principaux recherchés par toutes les armées participantes : «Cet exercice nous rend plus forts ensemble !»
POUR RENFORCER L’INTEROPÉRABILITÉ
Cet exercice conjoint, multidomaines, multicomposantes et multinational, mobilise une gamme complète de moyens et de capacités militaires. Son objectif principal est de renforcer l’interopérabilité entre les participants et d’améliorer leur préparation à répondre aux crises et aux conflits, tant en Afrique que dans le reste du monde. En combinant les forces et les compétences de diverses armées, cet entrainement permet aux participants de développer des stratégies communes et d’échanger leur savoir-faire et leurs compétences. Il s’agit d’un cadre idéal pour tester et intégrer de nouvelles technologies militaires, tout en s’adaptant aux différents environnements opérationnels.
Mais le renforcement de l’interopérabilité reste l’objectif majeur à atteindre. L’interopérabilité, c’est la capacité des armées étrangères, engagées au sein d’une coalition, à mener des opérations conjointes en parfaite coordination. Pour y parvenir, il est essentiel que les forces armées s’entrainent ensemble afin d’unifier leur doctrine d’engagement, d’harmoniser leurs procédures et de synchroniser leurs équipements. Ce besoin d’interopérabilité ne se limite pas uniquement aux alliances internationales. Il est tout aussi vital au sein des différentes composantes d’une même armée : terre, air et mer.
AU PROGRAMME DU 2E JOUR : «COMMAND POST EXERCISE»
Dans cette immense salle du «Command Post Exercise» (CPX), dont l’accès est réservé uniquement aux participants à l’African Lion, les cartes et les plans d’action sont projetés sur des écrans géants, les ordinateurs sont de sortie et les militaires participants s’affairent en petits comités pour étudier et préparer le scénario de simulation qui leur a été présenté. Cet exercice sensible de simulation vise à tester l’état de préparation et la capacité des militaires participants à assurer la préparation opérationnelle de la Task force interarmées combinée. Le CPX a pour but de consolider l’interopérabilité entre les participants dans le cadre d’une Task force interarmées combinée (Combined Joint Task Force, ou CJTF) devant contrecarrer une menace conventionnelle de grande envergure, combinée à des actions de groupes terroristes. Les participants issus de diverses nationalités ont collaboré de manière étroite pour renforcer la coordination et perfectionner les compétences en matière de planification et conduite des opérations. Cet exercice complexe de simulation permet le partage d’expertise et de savoir-faire. Il représente un moyen efficace pour la consolidation des connaissances en matière de planification, de conduite et de coordination des opérations entre les différentes composantes : terre, air, mer, et forces spéciales. La préparation aux opérations militaires est un axe important dans la formation des militaires des FAR et le recours à des exercices de simulation apporte beaucoup d’avantages.
Exercice de simulation d’une attaque par arme de destruction massive
