Start-Up
« Notre priorité est de construire le plus grand réseau de distribution de services financiers au Maroc »
Le co-fondateur Ismael Bargach revient sur la croissance fulgurante de la start-up, ses défis réglementaires et son ambition de bâtir le plus vaste réseau de distribution de services financiers au Maroc.
Si vous deviez dresser le bilan depuis votre démarrage en 2021, quel serait-il ?
La vocation d’une start-up est l’hypercroissance. De ce point de vue, nous sommes pleinement alignés avec nos objectifs : WafR enregistre une croissance composée moyenne de 23% par mois depuis plus de cinquante mois. Cela confirme que nous évoluons dans la trajectoire que nous avions anticipée dès le départ.
Notre principal défi a toutefois été réglementaire. Nous sommes entrés dans un secteur fortement encadré, ce qui nous a longtemps limités à un seul service réellement commercialisable : la recharge de crédit téléphonique, moins régulée que les services financiers. Pendant plusieurs années, nous avons tenté d’élargir notre offre, mais les barrières à l’entrée étaient particulièrement élevées.
Aujourd’hui, nous avons franchi ce cap grâce à un partenariat stratégique avec M2T, qui nous permet désormais de proposer de nouveaux services financiers.
Depuis le début, notre conviction est simple : la taille du réseau constitue le levier le plus puissant pour distribuer des services financiers à grande échelle. Nous avons donc d’abord construit un réseau dense de commerçants partenaires avant de multiplier les services proposés.
Jusqu’ici, ce réseau vendait principalement du crédit téléphonique. Désormais, en tant qu’agent principal de M2T, nous allons pouvoir proposer des services comme le transfert d’argent ou le paiement de factures. Cela correspond exactement à la vision présentée à nos investisseurs : bâtir d’abord l’infrastructure de distribution, puis activer progressivement de nouveaux usages.
Vous développez également une application dédiée aux commerçants ?
Oui. L’application actuelle, WafR Pro, est destinée aux commerçants. Nous n’avons pas encore lancé d’application grand public, et c’est volontaire.
Notre analyse est que les applications “consumer” échouent souvent faute d’un réseau physique suffisamment dense pour garantir des opérations fiables de dépôt et de retrait d’argent. Avant de viser les particuliers, il faut disposer d’un réseau massif et habitué aux services financiers.
Notre stratégie est donc séquentielle: construire d’abord le réseau, puis lancer une application destinée aux consommateurs.
Concrètement, quel est aujourd’hui votre cœur d’activité ?
Le principe est très simple. La majorité des Marocains achètent leur recharge téléphonique chez l’épicier du quartier. Historiquement, celui-ci utilisait plusieurs téléphones, un par opérateur avec des soldes distincts.
Nous avons digitalisé ce processus en regroupant tout dans une seule application. Le commerçant peut recharger instantanément n’importe quel opérateur depuis une interface unique, avec un seul solde et une commission immédiate. L’expérience est plus simple, plus rapide et plus rentable pour lui.
Aujourd’hui, 17.000 points de vente sont actifs chaque mois sur notre plateforme, ce qui nécessite une infrastructure technologique et organisationnelle importante.
Plusieurs levées de fonds ont accompagné votre croissance. Quel rôle ont-elles joué ?
Le rôle du financement dans une start-up est fondamental. Une start-up avance par itérations : elle teste, se trompe et ajuste rapidement. Les investisseurs nous ont permis de continuer à expérimenter et à évoluer vite.
Concrètement, ces fonds servent principalement à recruter des talents et à investir en marketing, deux postes difficiles à financer sans capital-risque. Nos premiers business angels nous ont permis de lancer les opérations, puis l’arrivée de fonds comme UM6P Ventures, Plug & Play ou First Circle Capital a accéléré notre structuration.
Nous avons rapidement atteint ce que l’on appelle le product-market fit : lorsque les commerçants ont commencé à adopter massivement notre solution de recharge téléphonique.
Vous avez récemment levé entre 4 et 5 millions de dollars. Quel en est l’objectif ?
Cette levée marque une nouvelle phase. Nous disposons désormais d’un réseau solide de commerçants utilisateurs. L’enjeu consiste maintenant à monétiser davantage ce réseau en y ajoutant des services financiers à plus forte valeur.
Notre stratégie repose sur le network effect : plus le réseau grandit, plus il devient attractif pour les utilisateurs, ce qui accélère encore sa croissance. C’est le même mécanisme que pour Uber, Airbnb ou Instagram.
