Start-Up
Chari : Transformer l’épicier en acteur financier
Levées de fonds record, licence d’établissement de paiement et expansion africaine à la clé, Chari incarne la nouvelle génération de start-up marocaines qui ne se contentent plus de digitaliser un secteur, mais cherchent à en redessiner les fondations.
En quelques années, Chari s’est imposée comme l’une des success-stories les plus emblématiques de la tech marocaine. Née avec une ambition simple, digitaliser le commerce de proximité, la start-up franchit aujourd’hui un cap stratégique : devenir une véritable super-app financière et opérationnelle dédiée aux commerçants. Une évolution qui illustre la montée en maturité de l’écosystème entrepreneurial national.
Fondée par l’entrepreneur marocain Ismael Belkhayat, Chari s’attaque dès ses débuts à un angle mort de l’économie : les milliers d’épiceries et petits commerces encore largement exclus du numérique et du système financier classique. Sonmodèle initial repose sur une plateforme B2B permettant aux commerçants de commander leurs produits en ligne, simplifiant ainsi l’approvisionnement et la gestion quotidienne. Mais la start-up a rapidement élargi sa vision. Aujourd’hui, Chari ambitionne de devenir une plateforme tout-en-un combinant e-commerce, gestion de stock, solutions de caisse, paiement électronique, crédit, microassurance et services financiers intégrés. Une transformation rendue possible par l’obtention d’une licence d’établissement de paiement délivrée par Bank Al-Maghrib, faisant entrer la jeune pousse dans le cercle restreint des fintechs régulées.
Une Série A record pour une start-up marocaine
Le tournant majeur intervient avec une levée de fonds de 12 millions de dollars, la plus importante Série A jamais réalisée par une start-up marocaine.
Ce tour de table réunit des investisseurs internationaux prestigieux, dont Harvard University, Airbnb ou encore Orange Ventures. Un signal fort pour l’écosystème national.
«Cette levée marque notre entrée dans une nouvelle phase de croissance», explique Ismael Belkhayat, CEO de Chari. Derrière l’opération financière, un message clair : les start-up marocaines peuvent désormais séduire des investisseurs globaux, à condition d’adresser des problématiques réelles et scalables. Le processus, long et exigeant, a conduit l’équipe à pitcher auprès de fonds au Japon, aux États-Unis, en Allemagne ou au Moyen-Orient, tout en défendant le potentiel encore sous-estimé du marché marocain.
Au cœur de la stratégie de Chari se trouve un objectif structurant : l’inclusion financière. Grâce à sa licence, la start-up propose désormais des comptes de paiement, cartes Visa et terminaux électroniques adaptés aux commerçants. Les plafonds, modulables selon les justificatifs fournis, permettent d’intégrer progressivement des populations peu ou non bancarisées.
L’épicier devient ainsi un véritable point de service financier de proximité: paiement de factures, recharge téléphonique ou encaissement par carte s’effectuent directement depuis l’application. Une évolution qui accompagne la digitalisation rapide des usages, dans un pays où les commerçants adoptent désormais massivement smartphones et messageries instantanées. Les chiffres témoignent de cette adoption : entre 30.000 et 35.000 points de vente utilisent aujourd’hui les solutions du groupe, dont 12.000 actifs sur l’e-commerce et plus de 5.000 comptes de paiement ouverts.
De Casablanca à l’Afrique francophone
Après avoir consolidé sa base logistique au Maroc, comprenant entrepôts, flotte de livraison et équipes terrain, Chari amorce son expansion continentale. L’acquisition d’une start-up ivoirienne marque le début d’une stratégie africaine axée sur des services digitaux légers en infrastructure.
L’application est désormais active dans six pays : Maroc, Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, RDC et Tunisie, avec une adaptation aux devises et usages locaux. Une preuve qu’une solution conçue à Casablanca peut répondre aux besoins du commerce informel à l’échelle régionale.
Pour Belkhayat, la fintech représente «la mère de toutes les technologies». Paiement intégré, crédit embarqué ou assurance digitale deviennent les briques essentielles de la nouvelle économie numérique. Le Maroc, encore en phase d’amorçage, disposerait selon lui d’un potentiel comparable à celui de hubs africains, comme le Nigéria ou le Kenya, à condition d’accélérer la structuration de l’écosystème.
La prochaine étape pour Chari ? Renforcer ses produits, élargir son réseau et préparer une Série B destinée aux investisseurs late-stage. L’objectif reste inchangé : transformer le commerce traditionnel en infrastructure financière de proximité.
