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Mehdi Alaoui : «S’inspirer du football pour propulser l’écosystème»

L’écosystème est en construction avec des infrastructures en plein développement, des incubateurs qui se multiplient et une professionnalisation croissante. Cependant, le chemin reste semé d’embûches, notamment en matière d’accès au financement.

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Le Maroc a les talents et les idées, mais la structuration et la professionnalisation des start-up restent des enjeux cruciaux pour passer à l’échelle supérieure. À travers l’amélioration des infrastructures, un cadre juridique renforcé et un accompagnement adapté, le pays peut espérer transformer ses jeunes pousses en champions internationaux. Alors, comment s’inspirer du succès du football marocain pour hisser les start-up vers de nouveaux sommets ? Réponses de Mehdi Alaoui, serial entrepreneur et DG de la StartupStation, structure d’accompagnement des jeunes pousses.

Le Maroc a accompli des avancées significatives dans le développement de son écosystème entrepreneurial, notamment avec l’essor des start-up. Quels sont les principaux défis auxquels cet écosystème fait face aujourd’hui ?
Le paysage des start-up marocaines peut être comparé à celui du football national: il y a eu un avant et un après. Avant, les clubs, à l’image des start-up, manquaient de structure, d’infrastructures solides et de soutien régulier.
Pourtant, le potentiel et le talent étaient là. Aujourd’hui, ce sport a pris un tournant décisif, notamment grâce à des infrastructures modernes et une professionnalisation des clubs, à l’image de l’équipe de Berkane, devenue championne continentale en quelques années seulement.

Ce modèle d’évolution peut inspirer l’écosystème des start-up marocaines. Avant, se qualifier pour une Coupe du monde relevait de l’exploit. De la même manière, la voie des start-up marocaines demeure parsemée d’obstacles. Cependant, tout comme dans le football, il est essentiel de structurer l’écosystème, de lui donner un cadre juridique solide et de développer des infrastructures adaptées.

Aujourd’hui, le Technopark s’étend sur plusieurs sites, et l’objectif est d’atteindre 14 emplacements dans les deux ou trois prochaines années. C’est une phase de professionnalisation des structures d’accompagnement, telles que les incubateurs et les accélérateurs. Ces derniers doivent jouer un rôle similaire à celui des clubs de football : préparer les start-up à entrer dans la «Champions League» des entreprises.

Cependant, il convient de distinguer les incubateurs à vocation sociale de ceux à vocation business. Un incubateur orienté business doit avoir des objectifs clairs et des résultats mesurables. Tout comme un entraîneur de football est recruté pour remporter des titres, un incubateur doit être évalué sur sa capacité à générer du succès pour les start-up qu’il accompagne. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, des ajustements doivent être faits.

En quoi la structuration et le cadre juridique sont-ils essentiels pour faire décoller davantage l’écosystème entrepreneurial au Maroc ?
Aujourd’hui, comme pour le foot, il existe un écosystème en construction avec des infrastructures en plein développement, des incubateurs qui se multiplient et une professionnalisation croissante. Cependant, le chemin reste semé d’embûches, notamment en matière d’accès au financement. Les investisseurs sont encore frileux et beaucoup de start-up peinent à lever des fonds. Il est impératif de structurer davantage l’accompagnement entrepreneurial, comme on a su le faire avec les clubs de foot qui, après un encadrement juridique et une professionnalisation, ont commencé à briller sur la scène internationale. Il en va de même pour l’entrepreneuriat : les incubateurs doivent passer d’une logique associative à une approche business, avec des objectifs de performance. Sans cela, les start-up resteront dans l’ombre.

Le succès du football marocain ne s’est pas construit en un jour. Il a fallu des années de travail pour que le Maroc devienne une nation reconnue sur la scène internationale. De la même manière, l’écosystème start-up doit se doter d’une stratégie de long terme, avec une feuille de route précise. Une des étapes clés est la mise en place d’une «académie des start-up», à l’image des académies de football, qui servira de socle à l’innovation, mais aussi un cadre légal clair pour attirer les investisseurs et soutenir les jeunes structures.

L’impact du succès du football marocain va bien au-delà du sport : il a boosté le tourisme, renforcé l’image du pays à l’international et a même influencé la diplomatie. Il en va de même pour les start-up : un écosystème dynamique et performant aura des retombées économiques et diplomatiques significatives.

Y a-t-il des tendances technologiques émergentes ?
Aujourd’hui, les technologies comme l’intelligence artificielle et la blockchain représentent une opportunité formidable pour les start-up marocaines. Toutefois, ces technologies nécessitent une éducation entrepreneuriale et un cadre d’accompagnement adapté. C’est comme si on donnait des moyens sans donner la méthode pour en tirer parti. On a les talents, les idées, mais sans les infrastructures adéquates, il est difficile de passer de l’individuel au collectif. Comme le Maroc a su construire des académies de foot pour former les talents de demain, il faut une démarche similaire pour les entrepreneurs. Des stratégies comme la digitalisation à l’horizon 2030 sont prometteuses, mais elles doivent être suivies de près pour assurer un réel impact sur le terrain. Ces technologies émergentes peuvent permettre au Maroc de devenir un acteur majeur sur la scène internationale, à condition que les start-up puissent en bénéficier de manière structurée.

En parallèle à la structuration et à la professionnalisation des start-up, comment voyez-vous l’évolution des compétences entrepreneuriales et des talents au Maroc ? Quels sont les efforts nécessaires pour développer une culture entrepreneuriale forte et garantir un vivier de talents capables de porter les start-up marocaines au plus haut niveau ?
L’évolution des compétences entrepreneuriales est cruciale pour accompagner la montée en puissance des start-up marocaines. Nous observons un réel progrès, notamment à travers les programmes de formation dédiés à l’entrepreneuriat, les initiatives des écoles d’ingénieurs et de commerce, ainsi que l’implication des structures comme l’UM6P et ses incubateurs. Néanmoins, il reste encore beaucoup à faire pour renforcer cette dynamique.
D’abord, il est nécessaire de développer une véritable culture entrepreneuriale dès le plus jeune âge, que ce soit à travers l’éducation ou des programmes extrascolaires, pour sensibiliser les jeunes au monde des affaires et à l’innovation. En parallèle, il faut promouvoir l’acquisition de compétences techniques, managériales et de leadership, indispensables pour diriger une start-up.

Il paraît tout aussi essentiel de retenir les talents au Maroc. Trop souvent, les jeunes diplômés partent à l’étranger, ce qui affaiblit l’écosystème local. Pour y remédier, il est essentiel de créer des opportunités locales attractives, avec des perspectives de carrière et des soutiens financiers solides.

Vous avez évoqué le cadre légal, qu’en est-il justement ?
Nous avons besoin d’un Start-up Act qui aide les entrepreneurs en leur offrant un cadre légal adapté et en facilitant l’accès aux investisseurs.

Est-ce que vous pensez que c’est un processus imminent ou qu’il reste encore du chemin à parcourir ?
Le cadre légal a déjà été validé par le Secrétariat général du gouvernement (SGG). Or, il a besoin d’être maintenant géré au niveau du Parlement pour pouvoir avancer.

Quels sont, selon vous, les freins actuels à ce développement ?
Un des principaux obstacles est le cadre réglementaire dans certains secteurs. Par exemple, la fintech, l’insurtech, la healthtech et même le transport sont souvent bloqués par des régulations trop rigides. Il faut déréguler ces secteurs pour permettre leur développement. D’ailleurs, il existe des marchés plus vastes à l’étranger, comme en France, où le cadre est plus souple.

En parlant de compétitivité internationale, vous mentionnez également l’importance des infrastructures ?
Oui, absolument. Prenons l’exemple du Technopark : c’est un excellent modèle, mais il faudrait développer davantage d’infrastructures pour répondre aux besoins croissants des start-up. On parle de créer des technoparks sectoriels, mais aussi de favoriser des partenariats public-privé pour accélérer cette dynamique.

Et en termes de financement, où en est-on ?
Aujourd’hui, il y a environ 17 fonds d’investissement au Maroc, et ce chiffre va augmenter. En 2026, une enveloppe de 500 millions de dollars sera disponible pour les start-up. C’est une excellente nouvelle. Pourtant, il ne suffit pas d’avoir les fonds. Il faut aussi que ces fonds soient bien utilisés dans le cadre d’une feuille de route claire et efficace.

Mais au-delà du financement, il y a aussi l’accès au marché. Quel est votre point de vue sur cette question ?
L’accès au marché se révèle non moins capital. Si les start-up ne peuvent pas vendre leurs produits, elles ne peuvent pas prospérer. Or, l’État, qui est le plus gros acheteur au Maroc, n’achète pas aux start-up, même s’il est prêt à les financer. C’est un paradoxe. Il faut mettre en place des politiques pour faciliter l’achat de produits innovants par l’État et les grandes entreprises.

Et en termes de soutien aux jeunes talents, quelles seraient vos recommandations ?
Il faut des programmes de formation adaptés aux besoins des start-up. On parle souvent de former un grand nombre de personnes, mais les start-up recherchent des jeunes passionnés, engagés, capables de travailler 14 à 16 heures par jour pour réussir. Il serait pertinent de créer des programmes spécifiques pour ces profils.

Enfin, quel rôle devraient jouer les start-ups dans l’économie marocaine à l’avenir ?
Les start-up marocaines ont un énorme potentiel. Mais pour qu’elles réussissent, il faut leur faire confiance. Travailler avec elles doit se faire dans une logique de partenariat et non de simple relation client-fournisseur. Nous avons également besoin d’un cadre fiscal plus adapté à la réalité des start-up pour leur permettre de croître sans être écrasées par des charges trop lourdes. D’autres pays ont pris de l’avance en créant un ministère dédié aux start-up. Il est temps pour nous de suivre cet exemple si nous voulons rester compétitifs.

Quid de notre écosystème, comparativement à d’autres, notamment en Afrique ?
L’écosystème marocain des start-up est en plein essor, mais il reste encore en retrait par rapport à d’autres pays africains ou mondiaux. Les infrastructures sont en développement et des initiatives comme le Technopark sont des pas dans la bonne direction.

Toutefois, si l’on compare avec des pays comme le Kenya ou le Nigéria, où les start-up bénéficient de soutiens financiers et technologiques plus avancés, le Maroc doit encore renforcer ses structures d’accompagnement. En matière de leadership, nous manquons encore de figures qui incarnent cette vision entrepreneuriale. Un écosystème ne se construit pas du jour au lendemain.