SUIVEZ-NOUS

Sport

Volontaires : Le Maroc mobilise sa jeunesse pour accueillir l’Afrique en fête

Jeunes Marocains, retraités enthousiastes, étudiants africains…, quelque 15.000 volontaires ont suivi une formation express dans 70 centres du Royaume. Leur mission : accueillir les supporters dans 6 villes et 9 stades. Derrière les 4.000 «core» recrutés par la CAF, cette armée bienveillante incarne un soft power assumé : hospitalité marocaine, échanges panafricains et préparation accélérée au Mondial 2030. Le football unit, la jeunesse rayonne.

Publié le


Mis à jour le

Les jeunes, des retraités reconvertis et même des étudiants africains installés au Maroc se pressent dans les salles de formation, carnets en main, absorbant des leçons sur l’accueil multiculturel et la gestion des foules en liesse.

Ces 15.000 volontaires, issus de tous les coins du Royaume, sont les premiers acteurs d’un événement qui s’annonce épique : du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, 6 villes (Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, Fès, Agadir) et 9 stades vibreront au rythme de 24 équipes, 52 matchs et des centaines de milliers de supporters venus du continent.

Ce programme massif, lancé par la Confédération africaine de football (CAF) en tandem avec le Comité local d’organisation (COL) et l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), n’est pas qu’une logistique froide.

C’est une déclaration d’amour à l’hospitalité marocaine, boostée par une formation professionnelle qui transforme des néophytes en ambassadeurs. Parmi eux, plus d’un millier d’étudiants africains résidant au Maroc, triés pour leur diversité linguistique et culturelle.

Ces sessions, dispensées dans plus de 70 centres OFPPT par 150 formateurs qualifiés, durent deux jours intenses : accueil des invités, orientation dans les stades, communication interculturelle, premiers secours, coordination logistique.

«On nous apprend à sourire en wolof ou en swahili, à désamorcer une dispute entre fans ravis ou furieux», confie un fonctionnaire retraité qui a troqué sa retraite paisible pour cette «fierté nationale». Pour lui, ces ateliers révèlent les coulisses d’un pays qui, après la demi-finale mondiale de 2022, rêve de briller en organisateur.

Soldats de l’ombre
Au cœur de cette effervescence, une distinction s’impose. Le programme officiel de la CAF, ouvert du 17 septembre au 8 octobre sur volunteers.cafonline.com, a sélectionné 4.000 volontaires «core» pour les missions sensibles : accréditations médias, hospitalité VIP, accompagnement des supporters dans les fan-zones et navettes. Critères stricts : 18 ans minimum, maîtrise de l’anglais ou du français, disponibilité totale pendant le tournoi. Mais le Maroc, pragmatique, a élargi le filet.

Les 15.000 formés (4.500 à Casablanca et Rabat chacune, 1.800 à Tanger et Marrakech, 1.275 à Fès, 1.125 à Agadir) formeront un filet de sécurité humain, couvrant les espaces publics, les bus, les guides touristiques.

«C’est une armée bienveillante, pas une milice», ironise un formateur, mettant l’accent sur le «soft power» : valoriser la gastronomie, l’artisanat, l’héritage séculaire, pour «transmettre une image positive» aux visiteurs de 54 nations.

Cette mobilisation s’inscrit dans une vision plus large, pilotée par la Fondation Maroc 2030, créée en août dernier, pour enchaîner CAN et Coupe du monde 2030 (co-organisée avec l’Espagne et le Portugal).

Son objectif? Une réserve de 30.000 volontaires, recyclables pour les deux événements. «Ces jeunes doivent hiérarchiser les urgences et incarner la diversité africaine. Pas de place pour l’arrogance, que de l’empathie», martèle une formatrice.

«Repérer, recenser et former»
«J’en rêvais depuis longtemps, la FRMF et la CAN l’ont fait !», exulte Ahmed Ghayet, chroniqueur et militant associatif. Infatigable défenseur de l’insertion des jeunes – qu’il a souvent appelés à transformer en opportunités ces grands événements sportifs –, il plaidait depuis des mois pour «repérer, recenser et former ces milliers de stadiers, médiateurs, secouristes et guides».

Aujourd’hui, il se réjouit : «Des milliers de jeunes recensés sont en formation. J’ai même proposé des acteurs associatifs chevronnés». Il salue la Fondation Maroc 2030, «qui gère de main de maître ce défi de 30.000 volontaires», et met particulièrement en lumière la start-up marocaine Wanaut, fondée par Ayoub Koutar, un «jeune de France rentré au pays» qui a raflé l’appel d’offres pour la tech événementielle. «Leur professionnalisme force le respect. Soyons fiers d’eux», insiste-t-il.

À l’heure où le Maroc s’apprête à «accueillir l’Afrique chez elle», comme le souligne la CAF, ce volontariat est plus qu’un rouage. C’est un incubateur de compétences : CV boostés, réseaux panafricains et cette fierté d’avoir «fait la fête ensemble». «Ces événements nous qualifient pour la vie», espère une étudiante.

Face aux critiques sporadiques (budgets pharaoniques, priorités sociales), les organisateurs rétorquent par l’impact : emplois temporaires, échanges culturels, et un football qui unit. La balle est dans le camp des volontaires. Et elle roule déjà, vers un tournoi qui pourrait, qui sait, couronner les Atlas Lions.