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Sport

Mustapha Hadji, le génie qui faisait danser les défenses

Il y a des joueurs qui marquent une génération et d’autres qui marquent un continent. Mustapha Hadji appartient à la seconde catégorie. Ballon d’Or africain, héros de la CAN et du Mondial 98, son nom reste synonyme de talent et de passion.

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Petit pont, passement de jambes, frappe au ras du filet : quand Mustapha Hadji touchait le ballon, le spectacle était garanti. Avec la CAN 2025, impossible de ne pas penser à l’un des plus beaux joyaux du football marocain, celui qui a enchanté les stades et les écrans du monde entier dans les années 90.

Natif d’Ifrane, Mustapha grandit entre les montagnes, les bêtes et les puits. «On faisait avec les moyens du bord», dit-il en souriant. L’école, le travail agricole et le football de poussière sont son quotidien. À 10 ans, il traverse la Méditerranée.

De la nature brute du Moyen-Atlas aux cités minières de Montceau-les-Mines et Creutzwald, le choc culturel est immense, presque irréel. «C’était comme si je passais de Mars à Jupiter», confie-t-il. Quelqu’un lui propose alors une solution simple et géniale : «Fais un sport collectif pour progresser en français !»

Le football devient sa langue, son refuge, son horizon. À 15 ans, Nancy le repère alors qu’il joue encore en DH mosellan. Alain Perrin croit en lui et le transforme peu à peu : le jeune défenseur au pied soyeux devient ce meneur de jeu lumineux, imprévisible, joueur de rêve avant tout.

«Je ne voulais jamais le donner», rigole-t-il aujourd’hui. À Marcel-Picot, il explose, séduit, s’impose. On découvre un garçon au flair rare, à la technique audacieuse, avec ce supplément d’âme que l’on appelle, faute de mieux, le génie.

Naissance d’un Lion
En 1993, Raymond Domenech l’appelle pour rejoindre l’équipe de France Espoirs. Hadji refuse. Son choix est clair, viscéral : ce sera le Maroc. «Le Maroc me promettait un plus beau destin».

Première sélection contre la Zambie, participation au Mondial 94, montée en puissance continue : la trajectoire est lancée. Et 1998 va tout embraser.

Quelques mois avant le Mondial en France, la CAN au Burkina Faso marque un tournant. Face à l’Égypte, équipe invaincue et future championne, Mustapha Hadji inscrit un retourné acrobatique inoubliable, un geste d’exception qui offre la victoire aux Lions (1-0) et qualifie le Maroc pour les quarts.

Un but d’anthologie, encore cité aujourd’hui parmi les plus beaux de l’histoire de la Coupe d’Afrique. Puis vient la Coupe du monde, ce rêve de gosse qui prend vie dans un pays qui est presque le sien.

«Jouer une Coupe du monde, c’est un rêve d’enfant», confie-t-il. Famille et amis dans les tribunes, repères retrouvés, atmosphère familière: tout concourt à l’épanouissement. Sur le terrain, Hadji illumine.

Son but contre la Norvège, une course de 60 mètres côté gauche ponctuée d’une frappe précise dans le petit filet, reste un souvenir impérissable.

«Ce n’était pas le plus beau, mais le plus fort. Quand tu sais que 40 millions de Marocains exultent…, ce n’était même pas pour moi, mais pour tout un peuple».

Le Maroc croit à la qualification après un 3-0 éclatant face à l’Écosse, mais le scénario cruel de la défaite du Brésil contre la Norvège enterre les espoirs. «On est passés de la joie à la tristesse en une fraction de seconde», raconte-t-il.

Transmission
Quand la magie des dribbles s’est tue et que les crampons ont cessé de creuser les pelouses, Mustapha Hadji n’a pourtant pas quitté la scène. Il a simplement changé de rôle, troquant la lumière des projecteurs pour l’ombre bienveillante du staff.

Une autre façon d’aimer le Maroc, une autre manière de continuer le combat. De fait, il continua de servir son pays en tant que membre du staff des Lions de l’Atlas. «Je suis un peu grand frère : j’écoute, j’épaule, mais je garde la distance nécessaire».

Pour lui, l’équipe nationale reste au-dessus de tout. «Ce qu’on gagne avec une équipe nationale, ça n’a pas de prix. Jouer pour son pays, il faut le faire avec les tripes, avec le cœur». Avec la CAN 2025, il admire l’évolution du pays : «Depuis 1988, le Maroc n’avait pas accueilli la CAN. Aujourd’hui, avec les infrastructures et la vision de Sa Majesté le Roi

Mohammed VI, notre pays est devenu un acteur clé du football». Mais il avertit : «Les autres nations africaines ont progressé. Il faudra jouer à 150%, mettre de l’engagement et de la combativité pour aller au bout».

Et lorsqu’il repense aux enfants qui crient son nom, qui rêvent en le regardant, il sourit : «Voir ces gamins courir derrière le bus après un match, les voir rêver, c’est plus beau que toutes les coupes. Offrir de l’espoir, c’est ça la vraie récompense».

Ballon d’Or africain 1998, meilleur joueur de la CAN la même année, vainqueur de la Coupe Intertoto avec Aston Villa en 2001, vice-champion du Portugal avec le Sporting CP en 1997, finaliste de la Coupe du Portugal en 1996, et élu «Joueur de légende» par la CAF en 2011 : la trace laissée par Mustapha Hadji est immense.

Mais au-delà des titres, il restera surtout l’artiste qui a fait danser les défenses, l’homme qui a offert de la beauté à tout un peuple et de l’espoir à des millions d’enfants.


L’héritage des Lions : 50 ans de gloire et de transmission
Bien avant que Mustapha Hadji ne laisse sa trace lumineuse sur le football continental, d’autres Lions avaient déjà façonné les premières pages de cette épopée marocaine.

Leur héritage, patiemment construit, raconte une histoire de talent, d’abnégation et de fierté nationale. C’est dans cette lignée de géants que s’inscrit Hadji et, désormais, ceux qui prennent le relais.

Dans cette continuité, plusieurs figures emblématiques ont ouvert la voie : l’inoubliable Ahmed Faras, légende du Chabab Mohammédia et Ballon d’Or africain en 1975 ; Mohamed Timoumi en 1985, magicien de l’AS FAR dont la grâce guidait le jeu ; puis Badou Zaki en 1986, dernier rempart héroïque du Mondial mexicain.

Il faudra attendre 1998 pour que le Maroc renoue avec la distinction suprême grâce à Mustapha Hadji, au terme d’une année radieuse, illuminée par une Coupe du monde vibrante et une CAN entrée dans la mémoire collective.

Aujourd’hui, vingt-sept ans plus tard, le flambeau passe à Achraf Hakimi, cadre du PSG et pilier des Lions de l’Atlas. Hadji, lui, célèbre une réussite autant individuelle que collective : «Hakimi est constant depuis 5-6 ans au sommet de son art.

Statistiquement, c’est exceptionnel. Mais même si le prix est individuel, il porte la réussite du collectif. On ne réussit pas seul dans le football». Il se souvient aussi du poids symbolique, presque invisible, que porte ce trophée : «À mon époque, affronter une équipe avec un Ballon d’Or, ça changeait le respect. Maintenant, c’est à son tour d’incarner ça».