Soumia Naà¢man Guessous : Pourquoi n’autorise-t-on pas officiellement le mariage coutumier ?

Le recul de l’à¢ge du mariage auquel nous assistons actuellement pose un réel problème.

Le recul de l’âge du mariage auquel nous assistons et qui ne va pas s’arrêter de sitôt pose un réel problème. Or, le Maroc recèle de plus en plus de filles qui ont 30, 35 ans, voire 40 ans, et qui n’ont jamais goûté aux délices de l’amour. C’est injuste. Il m’est arrivé d’animer deux focus group pour un magazine avec des hommes et des femmes de 35 à 40 ans qui n’ont jamais été mariés.

Ce qui m’a paru injuste, c’est que les hommes disent vivre pleinement leur célibat, mener une vie affective et sexuelle tout à fait réussie, alors que, pour les femmes, c’est tout à fait le contraire : elles se plaignent de solitude, de détresse, d’isolement, de frustrations. Voilà deux catégories de la population avec un même niveau intellectuel et matériel, mais qui vivent leur sexualité aux antipodes l’une de l’autre. Autant la société est dure avec les femmes, autant elle est permissive avec les hommes. Il y a une injustice à réparer.

La solution ? Franchement je ne sais pas. Un jour, j’ai reçu deux femmes journalistes de 36 et 37 ans, toutes deux voilées, pour m’interviewer. A la fin de l’entretien, elles m’ont interloquée par leur requête : elles étaient encore vierges, n’avaient jamais fait l’amour et me sollicitaient pour trouver une issue à cette situation, moi la sociologue qui avait travaillé sur le sujet. Lourde responsabilité ! Elles ne voulaient rien savoir. Elles avancent dans l’âge et ne peuvent résister encore longtemps à l’envie tout à fait humaine de goûter au plaisir du sexe.

Devant mon impuissance, les deux filles me proposent de lancer un colloque auquel prendraient part sociologues, oulémas et sexologues pour résoudre un problème éminemment social. Le désespoir est là. Pour soulager la souffrance de ces Marocaines, nous avons besoin de plus de tolérance, de moins d’hypocrisie. Je l’ai toujours dit : si le sexe hors mariage est interdit par la loi et par la religion, alors l’interdiction doit s’appliquer aux deux sexes, ou alors il faut trouver une solution pour les femmes aussi, pour qu’elles puissent satisfaire leurs besoins sexuels autant que les hommes. Il y en a qui ont sauté le pas : beaucoup d’étudiants à l’université ont opté pour le «zawaj orfi» (mariage coutumier). Pourquoi ne développe-t-on pas cette idée ?