Samira Djouadi veut que les jeunes soient acteurs de leur vie…

Le sport lui a ouvert l’esprit et elle y puise sa force. Sa force pour accompagner les jeunes des banlieues. Elle leur apprend à se dépasser pour construire un projet de vie. Elle raconte son expérience dans l’associatif.

Emue et les larmes aux yeux, elle écoute le témoignage de l’une des lauréates du programme Stopillettrisme, dont elle préside l’association et qui a été dupliqué au Maroc dans la filiale du groupe l’Oréal. «Le social c’est du win-win, cela m’a permis de donner du sens à ma vie et d’aider les autres. Et il en est de même pour tous ceux et celles qui bénéficient de ces programmes», confie Samira Djouadi, fondatrice et présidente de la Fondation TF1. Passée l’émotion, Samira raconte sa fibre sociale, à travers les diverses actions, programmes et associations qu’elle a mis en place. Au fil de la discussion, ponctuée de rires et par le mouvement des boucles dorées de ses cheveux, on ne peut qu’être entraîné par l’enthousiasme de cette Française, d’origine marocaine, née à Aubervilliers, pour l’action sociale. Rien ne prédestinait Samira Djouadi, professeur d’éducation physique, à s’investir dans l’associatif. Pourtant, elle tend, depuis 31 ans, la main aux jeunes des banlieues en situation difficile. Après avoir fait deux années de Sports Etudes dans un lycée de Fontainebleau et avoir décroché un BTS en comptabilité et en gestion d’entreprise, elle a préféré l’enseignement plus tôt qu’un travail dans un bureau. Elle devient alors professeur d’EPS dans un collège.

Le contact quotidien avec les jeunes du collège où elle enseignait l’éducation physique a été le déclic de cette fibre sociale qui l’anime depuis son jeune âge. «Je me suis rendu compte que ces jeunes, nés dans ces quartiers, n’ont aucune motivation, il y a chez eux un fatalisme ancré et un sentiment d’échec qui est acquis et qui expliquent qu’ils n’ont aucune aspiration… Et même la pratique du sport n’est pas jugée utile. Je ne pouvais pas rester les bras croisés à ne rien faire», explique Samira Djouadi. Douze ans après, elle n’a pas hésité à arrêter l’enseignement, pour s’investir davantage dans l’action, sociale sans pour autant couper le cordon avec le sport. Et sans avoir non plus, avoue-t-elle, la moindre idée du comment procéder. Mais très vite, elle crée, en 2000, son association qu’elle nomme «Sport’A Vie». Un jeu de mots fort d’un message adressé aux jeunes banlieusards : il faut que tu sois acteur de ta vie, il faut rêver et rendre son rêve possible… «Je voulais réaliser avec ces jeunes les rêves les plus fous à travers le sport. L’idée était de leur faire vivre tous les grands événements sportifs mondiaux, notamment les Jeux olympiques et les Coupes du monde de football, de les emmener non pas seulement pour suivre les matchs de foot et autres compétitions mais aussi et surtout pour leur faire découvrir des pays, des cultures, de leur apprendre les langues étrangères et de leur faire rencontrer d’autres jeunes de leur âge», explique la présidente de Sport’ A Vie.

Elle décide de trouver des fonds pour son gros projet : «Je vais alors vers les entreprises car, il y a vingt ans, avoir de l’argent auprès de l’Etat et des collectivités demande beaucoup de temps et était un processus lent. Je me suis alors adressée au groupe TF1, parce que la chaîne achetait les droits télévisés des événements sportifs». Pendant six mois, et quotidiennement, Samira, faisant preuve d’endurance, comme lorsqu’elle courrait le demi-fond, a appelé le PDG du groupe, Patrice Lay, pour demander une entrevue. Elle l’a finalement eue à l’usure, puisqu’un jour sa secrétaire lui apprend qu’il acceptait de la recevoir. Sa phrase expéditive, «Madame, je n’ai que dix minutes à vous consacrer», ne l’a pas découragée puisqu’elle réplique, «moi je n’ai besoin que de cinq minutes pour vous présenter mon projet !».

Elle préside pour porter réellement les projets et non pour le prestige…

Cinq minutes ont suffi pour convaincre le patron de TFI dont le groupe devient ainsi le premier partenaire de Sport’A Vie. Samira Djouali va faire son premier déplacement, en 2002, avec 80 jeunes maghrébins, africains et français de souche à Séoul pour la Coupe du monde de football.

Plusieurs autres entreprises ont emboîté le pas au groupe de Martin Bouygues et l’association compte aujourd’hui 40 partenaires. Un réseau de financement qui a permis d’emmener les jeunes âgés de 15 à 18 ans, à Pékin, à Athènes, à Rio, en Allemagne, en Afrique du Sud et en Russie. Et en 2020, ce sont 120 jeunes qui vont se rendre à Tokyo pour les J.O. Sa persévérance lui a ouvert les portes de TF1.

«En effet, en 2007, Patrice Lay me propose un poste: intégrer la régie publicitaire de la chaîne pour faire du commercial», dit Samira que M. Lay avait motivée en disant «si tu as réussi à me prendre de l’argent, tu peux le faire avec les annonceurs». Elle intègre donc le groupe en tant que commercial sans pour autant délaisser son action sociale. «Je voulais donc capitaliser cette opportunité de travailler à la chaîne et un mois après mon recrutement je propose un projet de fondation, parce que la chaîne n’en avait pas et parce qu’elle pourrait améliorer l’image de TF1 auprès des jeunes des banlieues». Projet rapidement validé par Martin Bouygues et Samira est, depuis 2011, déléguée générale de la fondation qui propose un programme d’insertion de jeunes de 18 à 30 ans. La fondation en est à sa 17e promotion et constitue désormais un tremplin vers la vie active.

Pour Samira, le social est fédérateur. Faire du business n’empêche en rien de travailler dans l’associatif. C’est pour toutes ces raisons que Mme Djouadi s’est engagée pour d’autres causes sociales à l’intérieur des entreprises. En 2016, elle crée «Tous en Stage» et elle préside l’association Stopillettrisme. Si Samira, fraîchement décorée en juillet 2019 de la Légion d’honneur, est à la tête des associations qu’elle a créées, ce n’est pas pour le prestige, mais c’est plutôt pour réellement porter ces projets qui aident les jeunes à dépasser leur sentiment d’échec. Son expérience ? Elle souhaite la partager avec son entourage. Elle est la seule d’une fratrie de 8 enfants à s’être engagée dans l’associatif, elle tente donc d’entraîner sa plus jeune sœur à ses côtés. Tout comme elle a réussi, sans difficultés, d’ailleurs, d’avoir son époux à ses côtés. Il est proviseur adjoint dans un lycée et donc sensible aux problèmes des jeunes. A ses trois jeunes enfants, une fille de 22 ans et deux garçons de 16 et 9 ans, elle leur apprend à s’investir pour aider les autres, pour être autonomes et concrétiser leur projet de vie.