Réinsértion : Questions à Soumicha Riyaha, Présidente de la section régionale Casablanca-Settat du CNDH

«Les structures pénitentiaires ne tiennent pas compte de l’approche genre».

Soumicha-RiyahaLa Vie éco : Vous avez élaboré un rapport sur les détenues de la région de Casablanca. Quel en est l’objectif et que peut-on en retenir ?

Cet état des lieux vise à apporter une réponse à la problématique suivante : existe-t-il une approche genre dans les prisons marocaines ? Nos analyses, nos enquêtes sur le terrain ainsi que la loi 88-23 organisant les prisons attestent de l’inexistence de cette approche. Donc les spécificités des femmes ne sont pas tenues en compte. A titre d’exemple, seules les deux prisons de Casablanca et Méknès disposent d’un espace pour les femmes ayant des enfants. On retiendra aussi que seule la prison de Oukacha compte une unité d’hospitalisation pour femmes ! A Benslimane par exemple, les femmes n’ont pas du tout accès aux soins. Sans compter qu’il n’y a aucun suivi psychologique des femmes en prison, alors qu’elles en ont beaucoup plus besoin que les hommes en raison de leur fragilité.

Mais au-delà de l’aspect organisationnel ?

Les femmes ne bénéficient d’aucun accompagnement pour préparer leur sortie de prison et particulièrement les mères célibataires qui, le plus souvent, peinent à établir la paternité de leurs enfants. Par ailleurs, la formation dont elles bénéficient reste très primaire : cuisine, travaux d’artisanat et coiffure. Ce qui limite leurs chances de trouver un emploi à la sortie de prison.

Quelles mesures doivent alors être mises en place pour améliorer le quotidien de ces femmes?

Il faudrait réformer la loi 23-98 relative à l’organisation des établissements pénitentiaires de manière à garantir les droits des détenus. Il faut activer la promulgation de la loi contre la violence pour protéger les détenues contre toutes les formes de violence subie à l’intérieur des prisons. Des actions doivent être entreprises pour améliorer les conditions d’hygiène et protéger le droit à la santé. Il faut également adapter les conditions de travail, et en particulier en matière de rémunération et d’accidents du travail, dans les prisons aux dispositions du Code du travail. Il faut aussi prendre des mesures en vue de l’épanouissement personnel des détenues : droit aux activités sportives et culturelles.

Les associations féminines sont-elles ou doivent elles être impliquées dans ce processus?

Tous les acteurs, Etat et associations féminines, sont concernés et devraient garantir un accompagnement de ces femmes aussi bien à l’intérieur qu’après la prison. A l’intérieur, ces femmes ont besoin d’être écoutées. Or pour l’instant il n’y pas de centres d’écoute et pas de suivi psychologique. Pourtant, ces femmes souffrent d’isolement et de rupture avec leurs familles et doivent en parler. A la sortie de la prison, la grande majorité des détenues ne disposent pas de logement ni d’argent. Il est indispensable d’assurer un encadrement pour trouver un emploi et un logement. L’action des associations féminines reste un peu limitée dans la mesure où elles ne se penchent pas suffisamment sur les conditions carcérales des femmes. Et pourtant, il y a matière à…On peut aussi en dire autant des associations caritatives. Car les femmes n’ont pas uniquement besoin de soirées animées à l’occasion de fêtes religieuses et de Ramadan, mais d’un accompagnement et d’une aide concrète pour améliorer et faciliter la vie de cette population qui, il faut le dire, est vulnérable.