Préscolaire : la Fondation Zakoura s’active pour combler les insuffisances

La scolarisation des jeunes enfants, de 4 à 6 ans, connaît un important retard. Plus de 40% d’entre eux ne bénéficient pas d’un enseignement préscolaire. «Preschool Heroes 75», «Aneer»…, la Fondation Zakoura multiplie les initiatives pour rattraper les retards. Le ministère de tutelle devrait présenter son projet de réforme à la prochaine rentrée scolaire.

«Preschool Heroes 75» est un appel lancé, en juin dernier, aux entreprises privées en vue de participer au développement du préscolaire au Maroc. Une initiative inédite de la Fondation Zakoura qui consiste à fédérer les collègues d’une même entreprise pour financer la création d’une école préscolaire dans le monde rural. L’employé engagé de chaque entreprise offrira 5,48 DH (le prix d’une bouteille d’eau) par jour durant deux ans. Ce qui permettra de collecter 300000 DH pour financer la création de l’école dont le site est identifié par la fondation qui assure la gestion et le suivi du projet pendant deux ans.

Preschool Heroes 75 permet par le biais d’un financement participatif de s’engager concrètement et durablement en faveur des enfants et de leur réussite. Le programme offre aussi l’opportunité aux donateurs de participer à la vie et au développement de l’école via des visites et des actions volontaires. Cette initiative vient renforcer le partenariat déjà établi avec certaines entreprises de la place dans le cadre du programme du préscolaire de la Fondation Zakoura, baptisé Action nationale pour l’éducation de la petite enfance en zone rurale ou «Aneer», autrement dit source de lumière en amazigh. Ce programme, lancé en 2015, vise l’intégration de 50 000 enfants dans le système scolaire d’ici 2018. Une douzaine de zones enclavées sont ciblées, notamment en milieu rural. Aneer, basé sur un modèle de préscolaire développé en partenariat avec l’Unicef, permettra la création de 500 nouvelles unités de préscolaire à l’horizon 2018. Cela contribuera à la création de 1 000 emplois.

L’essentiel de l’offre relève du secteur privé

Le programme Aneer compte déjà à son actif 83 écoles préscolaires dont 45 sont déjà opérationnelles dans des douars relevant de neuf régions du Royaume. Depuis sa création en 1997, la Fondation Zakoura a développé un savoir-faire en matière de projets éducatifs dans les zones marginalisées. Son réseau compte aujourd’hui plus de 400 écoles déployées à travers le Maroc. Ce qui permet aujourd’hui la préscolarisation de 1 900 enfants. Et d’ici la fin 2016, il est prévu l’ouverture de 150 établissements supplémentaires.

Avec ce programme, la Fondation Zakoura confirme son engagement pour le développement du préscolaire auquel d’autres intervenants, notamment le ministère de l’éducation nationale, l’Unicef, ainsi que plusieurs ONG comme Care Maroc, contribuent.

Il n’est pas à rappeler que la préscolarisation construit les bases d’une éducation réussie : en accompagnant l’éveil des enfants, elle facilite la scolarisation dans les meilleures conditions. Pourtant, selon une étude du ministère de l’éducation nationale réalisée en 2014, le taux national de préscolarisation n’est que de 59% et cache de fortes disparités : seuls 34% des enfants en zone rurale accèdent au préscolaire, et seules 25% des petites filles entrent en classe préscolaire ! Par ailleurs, on apprendra que le préscolaire moderne représente 19,6%, dont 9,6% de structures publiques, et le traditionnel 80,4%. Les pouvoirs publics estiment qu’il faut tenir compte de ces déséquilibres de l’offre qui devraient être corrigés dans le cadre d’une stratégie nationale du préscolaire.

Actuellement, l’offre préscolaire est essentiellement privée. L’intervention du ministère de l’éducation nationale demeure limitée à des salles situées dans des écoles primaires et faisant office de crèches gérées le plus souvent par des associations. Ce qui explique, si l’on revient aux conclusions de l’étude ministérielle, que 40,3% des enfants âgés de 4 en 6 ans sont exclus du préscolaire sur une population potentielle de 1,2 million d’enfants.  Plus grave encore, on pourra également retenir que le nombre de salles affectées a accusé une baisse importante durant les trois dernières années. Elles ne sont plus que 14 012 contre  18 826 il y a quatre ans. Le ministère de l’éducation nationale a procédé à la fermeture d’un certain nombre de salles qui n’ont pas été remplacées.

Par ailleurs, on notera que le préscolaire dispose de faibles moyens financiers. Dans les crèches des écoles publiques, les parents doivent payer 100 dirhams par mois. Ce qui reste insuffisant malgré les contributions des ONG. Au problème financier s’ajoute le manque de formateurs et d’éducateurs qualifiés qui pénalise l’offre préscolaire. Enfin, autre handicap de taille : l’absence d’implication des familles.

Les ONG recommandent une subvention au préscolaire et un accompagnement des parents…

Concernant ce dernier point, le programme Aneer de la Fondation Zakoura prévoit aussi l’accompagnement de 25 000 mères dans le processus d’éveil de leurs enfants et le lancement de 500 associations locales pour la pérennisation des écoles. Une initiative qui se base sur un modèle innovant, à savoir le préscolaire communautaire. Le concept repose sur l’éducation parentale et la sensibilisation et l’implication de la communauté. Ce modèle promeut en effet une ouverture de la classe sur la communauté et se fonde sur l’implication et la sensibilisation des familles et de l’ensemble du douar.

Retard sur le plan des infrastructures, de la formation des éducateurs et de l’implication des familles… Autant de faiblesses auxquelles il faut remédier au moyen de mesures précises. Ainsi, outre l’initiative de la fondation pour la sensibilisation des familles, on peut retenir les recommandations faites par le ministère et aussi certaines ONG visant la mise à niveau du secteur.

Le préscolaire favorise, selon les spécialistes de la question, l’épanouissement de l’enfant à travers le développement des habiletés sensori-motrices, spatio-temporelles, sémiologiques, imaginatives et expressives. Ce qui nécessite des éducateurs qualifiés. Actuellement, le préscolaire au Maroc fonctionne avec un grand nombre d’éducateurs n’ayant reçu aucune formation spécifique à la petite enfance. Ce qui appelle, de l’avis des spécialistes de la question, à la mise en place d’une formation initiale et d’une formation continue dans ce domaine afin d’assurer une offre adaptée et moderne. Les éducateurs devraient en effet bénéficier d’une formation initiale leur permettant d’acquérir des compétences pour préparer et diriger les activités des enfants, les observer afin de déceler les difficultés d’apprentissage et pouvoir en discuter avec les parents. Il faudra ensuite qu’ils suivent une formation continue pour s’adapter à l’évolution des technologies de communication.

Outre la formation en vue d’assurer des ressources humaines de qualité, il est également question de se pencher sur le financement du préscolaire. Sur ce volet, il est recommandé d’octroyer une subvention aux attributions préscolaires. Cette subvention, en vue d’une rationalisation, serait accordée sur la base de critères précis, notamment la qualité des prestations et l’accessibilité du prix payé par les familles. Ainsi, pour permettre de soutenir leur mise à niveau, la subvention doit couvrir les frais des équipements nécessaires pour assurer une formation de qualité. Par ailleurs, pour encourager les investisseurs à s’implanter et à développer l’offre préscolaire dans des zones éloignées du pays, il est aussi recommandé d’accorder des incitations fiscales au niveau du foncier et même des bâtiments construits. Il importe de signaler que le programme de l’INDH prévoit des mesures de soutien aux projets de création des centres du préscolaire, cependant le financement reste limité. Selon des acteurs intervenants dans l’enseignement préscolaire, les pouvoirs publics sont appelés à mettre en place une stratégie du préscolaire qui permettrait d’identifier un modèle économique viable en vue d’assurer une pérennité du financement, évitant ainsi la fermeture d’établissements préscolaires.

Le ministère de l’enseignement national devrait, selon des sources proches du dossier, présenter à la prochaine rentrée scolaire un projet pour l’enseignement préscolaire. Une initiative très attendue par les ONG qui estiment que «l’implication des pouvoirs publics ne peut que renforcer les initiatives privées et développer ce secteur dont l’importance est indéniable».

L’enseignement préscolaire est une étape fondamentale dans la réussite scolaire des enfants. Or, selon les études de terrain réalisées durant ces quatre dernières années, il apparaît que ce service est inexistant en milieu rural et de mauvaise qualité en périurbain. On retiendra aussi de ces études que le préscolaire échappe souvent à l’appui étatique. Certains indicateurs sont à retenir : 400 000 abandons scolaires sont enregistrés annuellement, 76% des enfants n’ont pas acquis les fondamentaux à l’issue du cursus primaire, et 500 000 enfants sont, chaque année, exclus du préscolaire. Pour les enfants inscrits au préscolaire, les chances ne sont pas les mêmes en raison de la diversité des établissements, l’hétérogénéité des programmes, le manque de ressources humaines et enfin le manque d’implication des familles. D’où une qualité très variable de l’offre préscolaire. Plusieurs types d’établissements dispensent en effet un enseignement préscolaire : le privé, les associations, l’Entraide nationale et les écoles coraniques. Pour ces dernières, on notera que les effectifs qui y sont inscrits s’élèvent à 43 310 enfants selon le MEN. Soit 4% des inscrits globaux. Pour les établissements gérés par le ministère de la jeunesse et des sports, le nombre d’enfants inscrits est de 24 789 alors que dans les établissements relevant de l’Entraide nationale, le nombre d’inscrits atteint 26 748 enfants. Et, toujours selon les statistiques du MEN, ce sont les établissements, publics et privés, qui relèvent de son département qui arrivent en tête avec un effectif global de 685 307, représentant ainsi 59,7% des inscrits au préscolaire. Selon l’étude, seulement 53% des enfants en âge de bénéficier de l’enseignement préscolaire sont inscrits. Quatre enfants sur cinq sont inscrits dans le préscolaire traditionnel. Ce secteur représente ainsi 80,4% de l’offre existante dans les jardins d’enfants associatifs et les jardins d’enfants coraniques. Les écoles coraniques sont, d’une part, les M’sid, structures traditionnelles, placées sous la tutelle du ministère des habbous et des affaires islamiques, et, d’autre part, les Kouttab préscolaires placés sous la tutelle de la Direction de l’appui éducatif du ministère de l’éducation nationale. Le Kouttab préscolaire est une institution qui se situe à mi-chemin entre le M’Sid et le jardin d’enfants. Le M’sid se situe généralement à côté de la mosquée et a pour principale vocation l’éducation religieuse de l’enfant. Ces structures existent surtout en milieu rural. Alors que le Kouttab se situe dans les villes et les petits centres urbains. Par ailleurs, 20% des enfants sont inscrits dans des écoles maternelles modernes. On note aussi l’existence de disparités entre le milieu urbain et les zones rurales où le taux d’inscriptions ne dépasse pas 45% pour les garçons et 25% pour les filles. Selon des sociologues travaillant sur le sujet, «le développement du préscolaire contribue à l’atténuation des inégalités puisqu’il permet aux enfants socialement et culturellement défavorisés de bénéficier d’un cadre compensant les carences éducatives familiales». D’ailleurs, selon ces mêmes sources, «les enfants qui en ont bénéficié restent plus longtemps dans le système éducatif et réussissent mieux leurs études».