Nadia Kadiri : «On assiste aujourd’hui à  une multiplication d’overdoses de cocaïne»

Nadia Kadiri, Psychiatre.

La Vie éco : Tout d’abord, qu’est-ce qu’une addiction ?

N. K.: L’addiction, c’est l’incapacité de contrôler une consommation. Une addiction implique certains facteurs essentiels : le phénomène de dépendance physique et psychique. La dépendance physique se manifeste par des signes de sevrage à l’arrêt de la consommation. Des signes qui diffèrent selon le produit consommé. Il y a également un phénomène de tolérance qui s’installe. Le cerveau s’habitue à la drogue. Ce qui pousse la personne dépendante à augmenter sa dose afin d’arriver au plaisir originel. La dépendance psychologique est définie par l’envie qui est essentielle dans l’addiction. Un constat s’impose : toute personne qui consomme une drogue ne devient pas forcément toxicomane. Sur dix personnes ayant consommé un produit, une seule en devient dépendante. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une prédisposition individuelle à l’addiction, en partie génétiquement programmée, mais aussi d’ordre environnemental. Trois variables décident de la rencontre entre une personne et un produit addictogène. L’individu tout d’abord avec des facteurs biologiques, psychologiques, psychiatriques et génétiques. Il y a ensuite le produit : certains produits créent plus de dépendance que d’autres. Puis enfin, il y a les facteurs environnementaux : problèmes de couple, parents qui consomment ces produits, disponibilité du produit, l’âge, les fréquentations…

Pourquoi prend-on de la coke ?

La cocaïne est une drogue réputée de société. C’est une drogue désinhibante pour ceux qui souffrent de problèmes de manque d’estime. Puis il y a des effets spécifiques à la cocaïne. La cocaïne engendre un effet positif, augmente la vigilance, permet aux fêtards de passer une nuit blanche sans problèmes, augmente tous types d’appétits. J’ai eu des clients qui sont devenus addicts à la cocaïne parce qu’elle leur permettait des trips sexuels qu’ils n’osaient jamais entreprendre en temps normal, à cause de leur timidité.

Selon vous, assiste-t-on à une hausse de la consommation de cette drogue ?

Bien sûr, d’autant plus que son prix a baissé ces dernières années. La cocaïne n’est plus une drogue de riches. Elle touche d’autres milieux. Mais si le prix a baissé, la qualité a également pris un coup. De toute façon, et même si on ne dispose pas de données chiffrées, on assiste aujourd’hui à des overdoses de cocaïne, parfois même mortelles.  

Comment peut-on venir en aide aux cocaïnomanes ?

Il n’y a pas de traitement médical à l’addiction à la cocaïne. Le malade a besoin d’un traitement psychothérapeutique. Au Maroc, on dispose de deux diplômes universitaires dédiés à l’addictologie. Ce sont ces spécialistes qui peuvent prendre en charge ce genre de patients. Mais il faut se dire que l’addiction à la coke n’est que la partie apparente de l’iceberg. Et qu’il faut travailler sur d’autres aspects de l’individu, mais également sur son environnement. Il faut se poser cette question fondamentale : pourquoi cette personne se drogue ? Un spécialiste doit établir un rapport de collaboration avec le malade et travailler sur la motivation, chose essentielle, pour faire sortir le patient de son addiction. Il faut aussi travailler sur les situations à risque comme l’entourage, les soirées… Les personnes dépendantes sont des gens qui souffrent de problèmes relationnels, d’affirmation de soi, parfois de grands soucis matériels et sociaux, résultat de l’addiction à la cocaïne. Il faut réapprendre à ces personnes comment gérer leur temps. Dans ce triste registre, il y a des personnes qui se sont ruinées. Les enjeux économiques de l’addiction à la cocaïne sont très importants.