Mohamed El Ouafa : « Nous avons une vision concernant la formation des enseignants du privé »

Mohamed El Ouafa, Ministre de l’éducation nationale.

La Vie éco : L’arrêté a parlé d’une suspension provisoire, jusqu’à quand ?  

L’arrêté est toujours en vigueur et sera annulé une fois qu’une nouvelle procédure sera mise en place pour pallier les abus qui sévissent dans ce secteur et qui nuisent, non seulement à l’enseignement public, mais également au secteur privé dans la mesure où en assurant un volume horaire journalier qui dépasse les normes et même ses capacités cérébrales et physiques, un enseignant ne peut nullement avoir un bon rendement dans les deux structures.

Et comment contrôler son respect, sachant que cette interdiction n’est pas du tout respectée, et des enseignants du public continuent à ce jour de donner des cours dans le privé ?

La priorité aujourd’hui pour moi n’est pas de contrôler le respect de cette décision ; la priorité, c’est que toutes les parties prenantes (établissements privés, enseignants, parents d’élèves…) prennent conscience de la gravité de la situation et que tout le monde se mobilise pour redonner confiance à l’école marocaine avec ses deux composantes : publique et privée. Mais une fois qu’une nouvelle procédure d’octroi des autorisations est mise en place, un contrôle systématique va être effectué et tout enseignant et tout établissement qui outrepassera la réglementation en vigueur sera passible de sanctions prévues par la loi. Par ailleurs, les établissements dans lesquels les enseignants ont commencé à donner des cours sont ceux qui ont déjà fait parvenir les listes de ces enseignants au ministère avec toutes les informations nécessaires.

Y a-t-il eu une rencontre entre le ministère et les représentants de l’enseignement privé pour écouter leurs doléances et trouver une solution à leur problème ?

J’ai tenu deux réunions avec les associations professionnelles du secteur. De même que j’ai reçu plusieurs directeurs d’établissements privés et j’ai pris note de leurs doléances, mais je leur ai également expliqué de vive voix le contexte dans lequel s’inscrit cette décision et les raisons qui m’ont poussé à la prendre.
Nous avons aussi discuté des modalités d’octroi des autorisations et des mesures à prendre pour mettre à niveau le secteur. Je tiens à préciser que contrairement à ce qui se dit, j’ai à plusieurs reprises, l’année dernière, dans le cadre de réunions avec les représentants du secteur ou lors de conseils d’administration des Académies régionales de l’éducation et de la formation (Aref), soulevé la question des professeurs de l’enseignement public qui assurent des vacations dans le privé et j’ai demandé aux professionnels du secteur de prendre leurs dispositions pour recruter des professeurs permanents dès cette année.

Cette décision a soulevé la problématique de la formation. Le ministère a-t-il un projet pour aider le secteur privé à former des enseignants dédiés à ce secteur?

Tout à fait. Nous avons une vision concernant la formation des enseignants qui vont assurer de manière permanente des cours dans les établissements privés, vision partagée d’ailleurs par les représentants du secteur. Nous allons la partager aussi avec l’opinion publique dès que le projet sera finalisé. Il est clair que l’enseignement privé ne peut se développer qu’en disposant de ses propres ressources humaines, sachant qu’il pourra toujours faire appel aux enseignants du secteur public, mais dans la limite du quota fixé par la loi et eu égard à la réglementation en vigueur.